08.09.2018 à 18:02

MotocyclismeLa griffe du chat

C’est un chat, qui retombe toujours sur ses pattes. Un félin qui, à peine relevé, se met à courir comme un fou, pour se dégager du piège dans lequel il a momentanément été pris.

Pour les autres, pour ses concurrents, il est d’abord mistigri, mauvaise carte qui fait perdre le dernier à l’avoir entre les mains. Oui, parce que face à lui, l’acrobate, il est de plus en plus difficile de gagner. D’espérer l’ultime mot.

Mais il peut aussi devenir Raminagrobis, dont M. de La Fontaine contait qu’il était «un chat vivant comme un dévot ermite, un chat faisant la chattemite, un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras, arbitre expert sur tous les cas.»

Un dévot ermite, Marc Marquez? Dévoué à sa passion, c’est sûr. Un saint homme qui aurait trop abusé des bonnes choses? Pas vraiment, même s’il est gourmand, glouton de victoires. Un arbitre expert sur tous les cas? Assurément, quand, installé sur sa moto, il baisse la visière de son casque. Plus rien ne compte, alors, que ce que voient ses yeux: le premier virage, le suivant, l’adversaire avec lequel il va faire joujou, qu’il doive sortir les griffes et jouer l’agressif, ou qu’il l’emmène par la malice dans une situation qui devient tellement inconfortable qu’il finit par lâcher, l’opposant. Parce qu’il a compris qu’une fois encore, il n’y a rien à faire face au margay, un chat sauvage des Amériques réputé pour son extrême souplesse.

Il est tout cela à la fois, Marc Marquez. Qui peut tomber à grande vitesse, rouler-bouler une demi-douzaine de fois dans un bac au sable pas raffiné. Et se relever immédiatement. Parce qu’un chat a plusieurs vies. Et parce que, au moment où il s’est retrouvé à voler dans le ciel italien, il a directement imaginé ce que serait ses prochains faits et gestes. Courir en direction des stands, trouver un allié motorisé – le scooter d’un photographe – pour accélérer le déplacement, traverser le paddock à coups de klaxons, courir encore pour s’engouffrer dans son stand (son papa, Juliá, tenait déjà la porte ouverte), sauter sur sa moto de réserve et repartir à l’assaut.

Parce que qu’un chat a plusieurs vies. Et parce que ses griffes sont tellement aiguisées que jamais il ne desserrera l’étreinte.

Marc Marquez, le chat. Pas minou, sacré matou!

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