Santé: La grippe atteint son pic en Suisse
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SantéLa grippe atteint son pic en Suisse

Précoce et «punchy», l’épidémie aurait pu être pire. Au lieu du virus B qui circule, on craignait un H3N2 mutant non présent dans les vaccins. Explications.

par
Pascale Bieri
Fièvre, courbatures, épuisement… la grippe de cet hiver est particulièrement pénible.

Fièvre, courbatures, épuisement… la grippe de cet hiver est particulièrement pénible.

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L’épidémie de grippe a atteint son apogée. Et cette année, elle a débuté tôt, aux environs de Noël, et frappé vite et fort. Toutefois, on a eu chaud. Elle aurait pu être nettement plus méchante. Dans un premier temps, on s’attendait, en effet, à ce que le cru 2017-2018 soit placé sous une souche H3N2, qui avait muté depuis la fabrication du vaccin. Autrement dit, même les personnes vaccinées n’auraient pas été protégées.

Finalement, c’est un virus B qui a pris le dessus. Et, plus précisément, le B Yamagata. Résultat: une partie des vaccins sont dans la cible. Autrement dit, ceux qui ont reçu une dose quadrivalente – qui comprend deux souches B –, ont été immunisés, avec une réponse plus ou moins bonne en fonction des individus. En revanche, ce n’est pas le cas de ceux qui ont reçu un vaccin trivalent, où c’est le B Victoria qui a été choisi.

Toujours en augmentation chez les enfants

Par ailleurs – on ne cesse de l’entendre ou de le lire – cette année, la grippe s’attaquerait tout particulièrement aux jeunes enfants.

Et effectivement, les statistiques de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) montrent que ce sont bien les 0-4 ans qui sont le plus frappés par les virus de cet hiver, avec actuellement une incidence de 546 consultations pour 100 000 habitants, alors que chez les 30-64 ans, on en est à 322/100 000 et à encore moins pour les 65 ans et plus (156). De plus, alors que l’épidémie vient d’amorcer une baisse globale, elle continue de croître chez les enfants.

Toutefois, assure le Dr Samuel Cordey, responsable du Centre national de référence de l’influenza (CNRI), cet acharnement infantile n’a rien d’exceptionnel. «Les virus de la grippe touchent souvent davantage les petits. Cela s’explique notamment par la proximité qu’il y a entre eux, à la crèche, et le fait qu’ils mettent tout à la bouche.» De fait, les chiffres montrent que ces dernières années, les bambins sont toujours les plus touchés.

Étrange copie

Au moment du pic que la grippe vient de franchir, on enregistrait 365 consultations pour 100 000 habitants, soit cinq fois et demie plus que le seuil minimum épidémique. Et, étonnamment, l’épidémie suit une courbe identique à celle de l’hiver dernier – même si la souche qui circulait prioritairement en 2016-2017 était une H3N2. Pourtant, généralement, les scénarios varient passablement d’année en année, tant en termes de calendrier que d’intensité. «C’est assez curieux, convient l’expert du CNRI, et totalement inexplicable.»

Toutefois, il n’est encore pas exclu qu’une souche A vienne prendre le relais et provoquer une nouvelle épidémie.

Quant à l’efficacité réelle des vaccins, il est encore trop tôt pour le dire. D’autant que l’on sait que l’efficacité dépend non seulement du bon choix des souches, mais qu’elle varie également en fonction des individus. L’hiver dernier, le taux de réussite de la couverture tournait autour de 20-30%. Mais la vaccination continue d’être recommandée, y compris à titre de solidarité, pour éviter de contaminer les plus faibles car, selon l’OFSP, elle tue 1500 personnes chaque année.

Vaccin universel? Un jour peut-être

Un virus mutant de la grippe, c’est ce que des chercheurs américains et chinois viennent de créer dans l’espoir de développer un vaccin à même de protéger contre l’ensemble des souches virales.

Les virus grippaux ont en effet la fâcheuse particularité de muter constamment. Par conséquent, il ne suffit pas d'avoir eu une fois la maladie pour être définitivement immunisé. D’où l’idée de créer, en laboratoire, un supervirus, qui, une fois injecté, déclencherait chez les personnes vaccinées une protection à large spectre.

Utopiste? Une telle immunité n’est en tout cas pas pour demain, selon le Dr Samuel Cordey. «Peut-être dans 5 ou 10 ans…». De plus, difficile, selon lui d’imaginer un vaccin qui fonctionnerait une fois pour toutes, ou avec juste un ou deux rappels. «On voit que l’immunité des vaccins antigrippaux diminue après quelques mois. Par conséquent, même si on trouve un vaccin permettant de lutter contre toutes les souches, il est fort probable qu’il faille le renouveler, tous les ans ou tous les deux ans.»

Reste que la création d’un vaccin universel contre la grippe est plus que jamais d’actualité, et de nombreux laboratoires se sont déjà lancés dans la course.

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