Birmanie - La junte militaire refuse de rencontrer l’émissaire de l’ONU
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BirmanieLa junte militaire refuse de rencontrer l’émissaire de l’ONU

Alors que l’émissaire de l’ONU, Christine Schraner Burgener, est en tournée en Asie, la junte militaire birmane refuse de la rencontrer. Washington appelle le Conseil de sécurité à agir pour «sauver la vie des Birmans».

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Les manifestants demandent le retour de Aung San Suu Kyi, renversée lors d’un coup d’état le 1er février. 

Les manifestants demandent le retour de Aung San Suu Kyi, renversée lors d’un coup d’état le 1er février.

STR/AFP

La junte militaire au pouvoir a affirmé vendredi refuser de rencontrer l’émissaire de l’ONU pour la Birmanie, en tournée diplomatique en Asie. Washington de son côté exhorte le Conseil de sécurité à agir.

La tournée de Christine Schraner Burgener, qui vise à tenter de trouver une issue à la crise, intervient dans un contexte d’inquiétude croissante sur la situation en Birmanie, secouée par des manifestations quotidiennes depuis le coup d’État le 1er février qui a renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi.

La diplomate a entamé par la Thaïlande sa tournée qui devrait la conduire aussi en Chine, alliée traditionnelle de l’armée birmane.

Mais elle ne sera pas reçue en Birmanie, où elle réclame de se rendre depuis plus de deux mois, pour rencontrer en tête-à-tête les généraux.

«Nous n’avons pas permis cela. Et nous n’avons nullement l’intention de permettre cela maintenant», a déclaré vendredi à l’AFP le porte-parole de la junte, Zaw Min Tun.

Mme Burgener a confirmé que la junte avait refusé sa visite. «Je regrette que Tatmadaw m’ait répondu hier qu’ils ne sont pas prêts à me recevoir», a-t-elle dit sur Twitter, employant le nom officiel de l’armée en Birmanie. «Je suis prête pour le dialogue. La violence ne mène jamais à des solutions durables».

Un lourd bilan

Au moins 614 civils ont été tués par les forces de sécurité lors des manifestations, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

Mais le bilan pourrait être plus lourd: plus de 2’800 personnes ont été arrêtées. Beaucoup, sans accès à leurs proches ou à un avocat, sont portées disparues.

De plus, le sang a de nouveau coulé vendredi matin. Selon les secours, au moins quatre personnes ont été tuées lorsque les forces de sécurité ont détruit des barricades de contestataires dans la ville de Bago, à environ 65 km au nord-est de Rangoun.

Cette féroce répression continue de faire des remous au sein de la communauté internationale.

Dernier incident en date: l’ambassadeur birman à Londres, favorable à Aung San Suu Kyi, a été évincé de son poste, suscitant jeudi la condamnation de Londres, qui n’a cependant eu d’autre choix que d’accepter la décision de la junte.

Le Royaume-Uni a indiqué qu’il offrirait sa protection à l’ambassadeur déchu, «étant donné le comportement d’intimidation» à son égard. Mercredi soir, des diplomates proches de la junte s’étaient emparés de l’ambassade.

De leur côté, les États-Unis ont annoncé des sanctions contre une entreprise d’État birmane de production de pierres précieuses, disant vouloir priver la junte de cette manne.

«Sauver la vie des Birmans»

À l’initiative du Royaume-Uni, une réunion informelle du Conseil de sécurité de l’ONU s’est tenue vendredi, au cours de laquelle les États-Unis ont exhorté cette instance à agir rapidement et à faire monter la pression sur la junte militaire afin de sauver la vie des Birmans.

«Est-ce que le Conseil va tergiverser sur la formulation dans une nouvelle déclaration ou va-t-il agir pour sauver la vie des Birmans?», a demandé l’ambassadrice américaine à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield.

La réunion devait entendre Daw Zin Mar Aung, membre civil élu du Parlement birman et un universitaire, Sai Sam Kham. Daw Zin Mar Aung doit s’exprimer au nom du groupe de résistance baptisé CRPH, le Comité pour représenter le Pyidaungsu Hluttaw, l’organe législatif birman.

Le CRPH assure avoir déjà rassemblé quelque 270’000 éléments prouvant des violations des droits humains «de grande ampleur». Il a déjà entamé cette semaine des discussions avec des enquêteurs de l’ONU.

Le pays dans le chaos

La junte estime qu’elle répond de manière proportionnée à de violentes manifestations. Lors d’une conférence de presse vendredi dans la capitale Naypyidaw, des membres des forces de sécurité ont montré des armes qu’ils disent avoir pris à des manifestants.

Le porte-parole de la junte a en outre accusé le personnel médical de «tuer des gens de sang-froid» en refusant de travailler.

Dans le cadre de la mobilisation pro-démocratie, des dizaines de milliers de travailleurs sont en grève et des secteurs entiers de l’économie paralysés.

Lorsqu’elle a pris le pouvoir, la junte a instauré l’état d’urgence pour un an mais Zaw Min Tun a indiqué sur CNN qu’il pourrait être prolongé d’un an, tout en assurant que des élections seraient organisées.

(AFP)

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