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ExtrêmismeLa justice absout le salut nazi

Le Tribunal fédéral a définitivement annulé la condamnation d'un néonazi qui avait tendu le bras droit au Grütli en 2010. A quoi sert la loi contre le racisme?

par
Raphaël Pomey
RADICAL Une réunion de militants nationalistes au Grütli en 2007. Saluts patriotiques ou nazis?

RADICAL Une réunion de militants nationalistes au Grütli en 2007. Saluts patriotiques ou nazis?

La frontière entre subtilité et absurdité est parfois ténue. Bien que la Suisse dispose d'une norme pénale antiraciste, le Tribunal fédéral (TF) a annoncé hier sa décision d'acquitter un admirateur pourtant démonstratif d'Adolf Hitler. En 2010, alors que le parti nationaliste PNOS se réunissait sur la prairie du Grütli, cet homme avait tendu le bras droit vingt secondes en guise d'hommage au «Führer».

Public, puisque des promeneurs se trouvaient à proximité, le salut avait entraîné sa condamnation par la justice uranaise pour discrimination raciale: il avait écopé de 10 jours-amende à 50 francs ainsi que d'une bûche de 300 francs. Logique? Pas aux yeux du TF. Fin avril, ce dernier a décidé d'annuler la peine, au motif que le militant ne faisait «que montrer sa position d'extrême droite», et non pas de la pub pour ses idées. Pour rappel, en Suisse, les signes et symboles extrémistes ne sont pas poursuivis par la loi, à la différence de la propagande, suite à une volte-face du Conseil fédéral sur la question en 2010.

«Une image pas terrible»

Après le vote sur l'interdiction des minarets et celui sur la limitation de l'immigration, la Suisse va-t-elle de nouveau avoir mal à son image? C'est le sentiment de François Cherix, du Nouveau Mouvement européen suisse (Nomes): «La démocratie directe est déjà régulièrement instrumentalisée par les extrêmes. Auprès des pays voisins, cette décision va encore renforcer l'idée d'un Etat qui banalise les dérives.» Il s'inquiète aussi du dévoiement du symbole de la prairie du Grütli.

Les militants radicaux sont évidemment à mille lieues de telles craintes. Ceux de Genève Non Conforme, par exemple, voient dans cette décision «un pas important vers la liberté d'expression». Quant à Philippe Brennenstuhl, tête romande du PNOS, il dit n'avoir «rien à f…» de cette affaire, qui porte sur un salut que ne pratiquent pas ses militants: «Ce monsieur n'avait rien à voir avec notre rassemblement. Nous pratiquons le salut patriotique suisse à trois doigts, pas celui des nazis.»

Reste l'incompréhension d'un pompier volontaire genevois renvoyé pour une «quenelle», le geste des fans de Dieudonné, en 2013: «On a été virés comme des chiens pour un geste qui n'est pas antisémite. Et là, on innocente un mec pour un salut nazi. Ce doit être le fils d'un type important, sinon je ne comprends rien.»

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