Russie - Les organisations d’Alexeï Navalny jugées comme «extrémistes»
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RussieLes organisations d’Alexeï Navalny jugées comme «extrémistes»

Les juges russes ont opéré un tour de vis mercredi sur le statut des organisations de l’opposant au Kremlin, toujours emprisonné.

«On se débrouillera, on évoluera, on s’adaptera», a réagi Alexeï Navalny après la décision de la justice russe.

«On se débrouillera, on évoluera, on s’adaptera», a réagi Alexeï Navalny après la décision de la justice russe.

AFP

La justice russe a désigné mercredi comme «extrémistes» les organisations de l’opposant emprisonné Alexeï Navalny, point d’orgue de la liquidation de son mouvement qui ouvre la voie à une répression accrue de ses partisans. L’opposant, qui purge une peine de deux ans et demi de prison pour une affaire de fraude qu’il juge politique, a aussitôt fait savoir sur Instagram qu’il «ne reculera pas».

Ce jugement, à l’issue d’une audience à huis clos, intervient après des mois de répression ayant visé l’opposition russe, marquée par l’envoi d’Alexeï Navalny, 45 ans, en colonie pénitentiaire, l’exil de plusieurs cadres de son mouvement, mais aussi des mesures ciblant la presse indépendante et d’autres voix critiques.

L’UE condamne une «décision infondée»

L’Union européenne a condamné jeudi la «décision infondée» de la justice russe qui a désigné comme «extrémistes» les organisations de l’opposant emprisonné Alexeï Navalny, dans un communiqué. L’Union dénonce la «volonté délibérée du gouvernement de supprimer l’opposition indépendante et de mettre fin à l’influence du réseau politique d’Alexeï Navalny avant les élections à la Douma en septembre», selon un communiqué du chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell.

Cette décision confirme la politique de «répression systématique des droits humains et des libertés qui sont garantis par la constitution russe», souligne Josep Borrell. Il appelle Moscou à «respecter» ses engagements internationaux, notamment vis-à-vis du Conseil de l’Europe et de l’OSCE. L’UE demande une nouvelle fois la libération «immédiate et inconditionnelle» du principal opposant au Kremlin.

À quelques mois des législatives de septembre, un tribunal de Moscou a ordonné mercredi la liquidation des organisations d’Alexeï Navalny, notamment son Fonds de lutte contre la corruption (FBK), connu pour ses enquêtes retentissantes sur le train de vie et les malversations des élites russes, et ses bureaux régionaux, qui s’occupent d’organiser les manifestations et des campagnes électorales.

Audience de 12 heures

«Il a été reconnu que ces organisations non seulement diffusaient volontairement des informations incitant à la haine et à l’hostilité envers les représentants du pouvoir, mais commettaient également des crimes et délits extrémistes», a déclaré aux journalistes un représentant du Parquet, Alexeï Jafiarov, après l’annonce de la décision.

Un message publié mercredi soir sur le compte Instagram d’Alexeï Navalny a appelé ses partisans à continuer à le soutenir, et à se rallier aux consignes de vote de son équipe pour les élections législatives de l’automne. «On se débrouillera, on évoluera, on s’adaptera. Mais on ne reculera pas devant nos objectifs et nos idées. C’est notre pays et nous n’en avons pas d’autre», lisait-on encore.

Les États-Unis ont condamné une décision de la justice russe «particulièrement inquiétante», tandis que le Royaume-Uni l’a qualifiée de «perverse». «Cette décision place les employés, les bénévoles et des milliers de sympathisants à travers la Russie sous la menace de poursuites pénales et d’incarcération pour l’exercice de droits humains fondamentaux garantis par la Constitution russe», a dit le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price, appelant une nouvelle fois à la libération «immédiate et inconditionnelle» de l’opposant.

Commencée dans la matinée, l’audience de mercredi a duré plus de 12 heures, selon les avocats de l’équipe Komanda 29, qui défendait notamment le FBK et qui a annoncé son intention de faire appel de la décision. Les avocats ont dénoncé dans un communiqué «un procès à huis clos avec certains documents classés secrets». «Lors de la dernière audience, toutes les requêtes de la défense ont été rejetées et aucune preuve suffisante de culpabilité n’a été présentée», ont-ils estimé. Le Parquet a salué, lui, un jugement «légal et justifié».

Risque de prison

L’issue de cette procédure laissait peu de doutes, le réseau de bureaux régionaux d’Alexeï Navalny ayant déjà été classé fin avril dans la liste des organisations «extrémistes» du service de surveillance financière. En conséquence, le réseau avait procédé à son autodissolution pour éviter des poursuites à ses membres. La justice a ordonné mercredi la liquidation des organisations restantes, dont le FBK.

Les collaborateurs de formations jugées «extrémistes» risquent en Russie de lourdes peines de prison et sont privés de participation aux élections depuis une loi promulguée la semaine dernière par le président Vladimir Poutine. Pour l’opposition, ce texte vise à neutraliser les candidats dangereux pour le pouvoir avant les législatives de septembre, qui s’annoncent délicates pour le parti du Kremlin, Russie Unie, en recul dans les sondages dans un contexte de stagnation économique.

La répression de l’opposition en Russie a visé ces derniers mois non seulement le mouvement d’Alexeï Navalny, mais aussi d’autres détracteurs du Kremlin, tel Andreï Pivovarov, arrêté pour avoir collaboré avec l’organisation Open Russia («Russie Ouverte») de l’ex-oligarque en exil Mikhaïl Khodorkovski, jugée «indésirable». Autre figure de la contestation inquiétée par la justice: Dmitri Goudkov, un libéral qui prévoyait de se présenter aux législatives. Après avoir été arrêté, puis relâché, il a finalement décidé de fuir en Ukraine, où il a dénoncé mercredi auprès de l’AFP la dérive «dictatoriale» de Vladimir Poutine, déterminé à «détruire» l’opposition russe.

L’organisation de Navalny promet de continuer de «combattre» la corruption

Le Fonds de lutte contre la corruption, principale organisation de l’opposant russe Alexeï Navalny, a assuré jeudi qu’il allait poursuivre son combat, au lendemain de son interdiction pour «extrémisme» par la justice russe. «Nous nous sommes réveillés un sourire destructeur aux lèvres. Nous continuons de combattre la corruption», a écrit le FBK sur Twitter, ironisant sur le «danger public» que l’organisation constitue aux yeux de la justice russe.

(AFP)

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