01.08.2020 à 15:35

Hockey sur glace

La lettre ouverte étonnante du directeur de la NL

Denis Vaucher, directeur de la National League, a pris sa plus belle plume vendredi et écrit une lettre ouverte aux politiciens suisses, dans un «style» qui a laissé pas mal de monde pantois.

par
Robin Carrel
Mais pourquoi, Monsieur Denis Vaucher?

Mais pourquoi, Monsieur Denis Vaucher?

KEYSTONE

Vendredi à 15h09, le téléphone clignote. Le petit icône en forme d’enveloppe informe qu’un mail est arrivé. Rien de bien transcendant, c’est un des habituels communiqués de presse de la Ligue suisse de hockey sur glace, qui demande aux Sept Sages d’autoriser plus de mille spectateurs lors de la reprise du 18 septembre, avec son traditionnel français fédéral aléatoire et ses fautes qui vont avec. Jusque-là, tout va plutôt assez bien.

Exactement 51 minutes plus tard, rebelote, encore un courriel de Denis Vaucher le directeur de la National League. Mais là, c’est la stupeur. Dans un style très «donaldtrumpien», avec des passages en gras et d’autres avec la touche «caps lock» de son ordinateur enfoncée, le boss de la NL y va de son couplet patriotique, chantant les louanges de son sport, dans une «lettre ouverte à l’occasion de la Fête nationale». Celle-ci a été reprise in extenso par nombre de clubs de NL, sans que personne ne semble avoir sourcillé le moins du monde.

Autant vous le dire tout de suite, on n’a pas compris, après plusieurs lectures, où le Monsieur voulait en venir. Apparemment, la crise du coronavirus lui a cassé son jouet et il a très envie de le dire très fort, même si le nombre de cas remonte en flèche, comme si la Suisse n’avait pas enterré 1705 décès en quelques mois. Honnêtement, on n’a pas trouvé d’autres explications.

Ça commence ainsi: «Le 1er août, les Suisses célèbrent l’anniversaire de la Confédération. Traditionnellement, les fusées éclairent le ciel, des feux de joie sur les hauteurs symbolisent notre cohésion communautaire et sociale et les représentants gouvernementaux adressent d’innombrables allocutions à nos concitoyennes et concitoyens. Cette année toutefois, l’esprit n’est pas à la fête. Si les fusées et les feux de joie seront certainement bien moins nombreux, les allocutions officielles se tiendront néanmoins, devant un public certes plus modeste, voire de manière virtuelle.» Jusque-là, ça va encore, même si on est légitiment en droit de se dire «Mais pourquoi?!»

«Si le pain ne manque pas dans notre beau pays, qu’en est-il des jeux?»

Denis Vaucher

Le problème, en parlant de feux d’artifice, c’est qu’ensuite, ça part dans tous les sens et très fort d’entrée. Jugez plutôt: «Notre Suisse bien aimée, comme tu as changé!

Début août, nous honorons traditionnellement les stars de la saison précédente et entamons la nouvelle période de jeu avec les camps et les entraînements sur la glace. La cérémonie des Awards n’aura pas lieu cette année, étant donné que les play-offs ont été annulés et qu’aucune équipe n’a été couronnée Championne suisse 2020.

Notre hockey sur glace si passionnant, combien de coups as-tu encaissé!

Aujourd’hui, les yeux vers l’horizon, nous voyons clairement se dessiner les nuages menaçants. La crise du Covid-19 a surgi comme un coup de tonnerre dans un ciel clair et la grêle qui a suivi a fortement endommagé notre récolte.

Notre économie si forte, comme tu as souffert!

Une lueur d’espoir persistait toutefois: réduction de l’horaire de travail, concepts de protection et crédits de cautionnement nous ont permis de garder la tête hors de l’eau à court terme. Nous respectons les distances sociales et, ce qui va de soi pour nous les sportifs, les règles d’hygiène.

«Du pain et des jeux pour le peuple». Si le pain ne manque pas dans notre beau pays, qu’en est-il des jeux? Des matchs à huis clos ne représentent guère l’esprit de notre sport. Or, nos dieux du hockey sur glace aspirent à jouer devant un public nombreux.

Nos supporters incroyables, où sont vos formidables tifos?

Mesdames et Messieurs les représentants des gouvernements fédéral et cantonaux!

Rendez au peuple les jeux qu’il convoite tant! Aidez-nous à retrouver le chemin de la normalité dans le hockey sur glace, avec des concepts de protection, l’obligation du port du masque et le traçage des contacts dans les stades!»

Denis Vaucher plaide pour sa paroisse et c’est normal. Mais la forme… Car le directeur ne s’arrête pas en si bon chemin. Tel un certain fanatique de Twitter qui aurait élu domicile à la Maison Blanche de Washington il y a bientôt quatre ans, le directeur de la National League pense important d’appuyer sa «démonstration» par une conclusion majuscule, au propre comme au figuré.

«Pour nous, il n’existe qu’UN SEUL feu d’artifice: celui qui a lieu sur la GLACE. En août 2021, nous espérons vivement pouvoir fêter les stars de la saison écoulée et non pleurer la disparition de nombreux clubs.
Sur nos monts, quand le soleil, annonce un brillant réveil – CELUI DE NOS FANS!
Nous vous remercions cordialement d’offrir un avenir au hockey sur glace suisse grâce à
votre soutien!»

Crié comme ça en fin de texte, c’est clair que ça fait peur. Espérons que les politiciens de tous bords seront aussi effrayés que nous et voteront largement pour une reprise des sports professionnels en Suisse avec la possibilité de faire entrer 50% des spectateurs habituels avec un masque. Autrement, on ne veut même pas savoir ce dont est capable de nous produire Denis Vaucher pour le Jeûne fédéral (deux jours après la reprise des activités hockeystiques) ou Noël.

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2 commentaires
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Wayne Gretzky

02.08.2020 à 06:46

Bel autogoal du directeur de la NL ! Il aurait peut-être dû sortir de son bureau ou lire les nouvelles depuis quelques mois et il se serait rendu compte qu'il s'est passé des choses autrement plus grave en Suisse et dans le Monde que l'arrêt de certaines, voire beaucoup d'activités, et pas seulement le hockey. A vouloir prêcher pour sa paroisse d'une manière aussi maladroite ne fait que desservir la cause qu'il croit défendre.

Utopie

01.08.2020 à 19:26

Ne serais ce pas le moment de revenir vers un monde un peu plus humain et les « dieux du sport «  redevenir des etres humains plutôt et non royalement payé. Il fut un temps où le hockey ou le sport en général nous faisait rêver. Il se jouait avec le cœur et pas beaucoup d argent et le rêve était bien présent .