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SyrieLa Ligue arabe suspend sa mission d'observation

La Ligue arabe a annoncé samedi par un communiqué qu'elle suspendait «avec effet immédiat» sa mission d'observateurs en Syrie en raison de l'escalade des violences dans ce pays.

Le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe la plupart des courants de l’opposition, a décidé sous la direction de Bourhan Ghalioun d'exiger une protection internationale pour les civils syriens.

Le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe la plupart des courants de l’opposition, a décidé sous la direction de Bourhan Ghalioun d'exiger une protection internationale pour les civils syriens.

AFP

La mission d’observation de la Ligue arabe en Syrie a été suspendue samedi en raison de la recrudescence des violences dans le pays, au moment où l’opposition s’apprêtait à se rendre à New York pour demander au Conseil de sécurité de l’ONU une protection des civils.

«La décision de suspendre la mission des observateurs a été prise après une série de consultations avec les ministres arabes des Affaires étrangères en raison de la recrudescence des violences dont sont victimes les civils», a annoncé le secrétaire général de la Ligue arabe, Nouri al-Arabi, dans un communiqué, accusant le régime syrien d’avoir «choisi l’option de l’escalade».

Le chef de la mission d’observation de la Ligue arabe en Syrie, le général soudanais Mohammed Ahmed Moustapha al-Dabi, avait déclaré vendredi que les violences avaient augmenté «de manière importante» depuis mardi, en particulier à Homs et Hama (centre) et à Idleb (nord-ouest).

Des milliers de morts

«La situation actuelle, en terme de violences, n’aide pas à préparer une atmosphère (... permettant) d’obtenir que toutes les parties viennent s’asseoir à la table des négociations», principal objectif du plan arabe de sortie de crise, avait-il ajouté. Depuis mardi, les violences ont fait au moins 193 morts, dont 137 civils, selon des chiffres compilés à partir d’informations officielles et de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les 165 observateurs de la Ligue arabe ont été déployés à partir du 26 décembre avec l’accord de Damas pour surveiller l’application d’un plan de sortie de crise prévoyant l’arrêt des violences, la libération des détenus, le retrait des chars des villes et la libre circulation des médias étrangers. Mais aucune de ces clauses n’a été mise en oeuvre par Damas.

Samedi matin, sept soldats, dont un officier, ont été tués près de Damas dans une attaque menée contre un bus de l’armée par un «groupe terroriste armé», a rapporté l’agence officielle Sana.

Dans le centre du pays, des affrontements entre l’armée et des déserteurs ont fait également huit morts: cinq militaires tués à Houla et trois déserteurs morts à Rastane, a déclaré le chef de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

D’autre part, un civil a été tué dans une embuscade de l’armée dans la province de Deraa (sud) et un enfant est mort lorsqu’un obus s’est abattu sur sa maison dans le village de Qouria, dans la province de Deir Ezzor (est), selon l’OSDH.

Vendredi, les violences avaient fait 56 morts, 44 civils tués par les forces de l’ordre à travers le pays et 12 membres de la sécurité morts dans deux attentats distincts, selon Rami Abdel Rahmane.

Le régime syrien ne reconnaît pas l’ampleur de la contestation populaire qui ne faiblit pas depuis mars, et affirme lutter contre des «gangs terroristes» cherchant à semer le chaos dans le pays.

Après plus de dix mois de révolte et des milliers de morts selon l’ONU - dont au moins 384 enfants d’après l’Unicef - Paris, Londres, Berlin et plusieurs pays arabes ont présenté vendredi au Conseil de sécurité un projet de résolution qui reprend les grandes lignes du plan annoncé il y a une semaine par la Ligue arabe. Mais Moscou s’oppose à ce texte.

Demande de protection

Dans ce contexte, le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe la plupart des courants de l’opposition, «a décidé de se rendre demain (dimanche) devant le Conseil de sécurité, sous la direction de Bourhan Ghalioun, pour présenter l’affaire syrienne (...) et exiger une protection internationale pour les civils syriens», a déclaré Samir Neshar, membre du comité exécutif du CNS.

Pour appuyer cette revendication, Samir Neshar a appelé à des manifestations dimanche devant les ambassades syriennes et russes à travers le monde ainsi que les représentations de l’ONU. La situation en Syrie était par ailleurs au menu d’une réunion samedi à Istanbul des pays arabes du Golfe et de la Turquie, qui ont condamné la répression des manifestations.

«Il a été décidé d'interrompre avec effet immédiat les travaux de la mission de la Ligue arabe en Syrie, en l'attente de l'exposé de la situation devant le conseil de la Ligue», a déclaré le secrétaire général de l'organisation, Nabil Elarabi, dans le communiqué.

Les premiers éléments de cette mission sont arrivés en Syrie le 26 décembre, avec pour tâche de déterminer si le régime du président Bachar al Assad cessait ou non la répression du mouvement de contestation en cours depuis la mi-mars.

Selon les Nations unies, la répression a fait plus de 5000 morts au total. Durant la seule journée de vendredi, pas moins de 56 personnes ont été tuées dans les violences, selon des militants et des habitants.

(ats)

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