Publié

SportLa loi qui veut rendre le VTT illégal

Berne veut modifier sa loi cantonale sur les forêts, qui empêcherait la pratique du vélo en dehors des routes. Un projet qui suscite un énorme tollé.

par
Sandra Imsand
Colin Hawkins/Getty Images

«Cette loi criminaliserait les vététistes, c'est inadmissible!» s'exclame Samuel «Noodlez» Hubschmid, de l'association Trailnet. Comme beaucoup de passionnés de la petite reine, le Bernois de 35 ans ne décolère pas. En cause, la proposition de modification de la loi cantonale sur les forêts, et en particulier l'alinéa 2 de l'article 22. Alors que jusqu'à maintenant, il était interdit de pédaler en dehors des «sentiers pédestres», le texte interdirait dorénavant la pratique du cyclisme en dehors des «routes forestières».

Un changement qui peut paraître minime, mais qui met en danger la pratique du VTT dans son intégralité. «On compte plus de 55 000 vététistes actifs dans le canton. Qui passent environ 95% de leur temps en dehors des routes», explique Samuel Hubschmid, qui œuvre également comme conseiller externe pour le Bureau de préventions des accidents.

«Je ne renoncerais pas!»

Mais pourquoi vouloir modifier cette loi? «Les vélos causent des dommages aux sentiers, surtout quand le terrain est humide, explique Rudolf von Fischer, chef de l'Office des forêts du canton de Berne. De plus, nous constatons une augmentation des conflits entre les cyclistes et les autres usagers de la route.» «C'est faux, rétorque Samuel Hubschmid, il n'existe aucune statistique qui va dans ce sens. Au contraire, il y a beaucoup moins de problèmes qu'auparavant.» De plus, le Bernois estime que cette loi porterait un grave préjudice au tourisme du canton qui essaie justement d'être attractif dans ce domaine en faisant construire des pistes.

Du côté des cyclistes, l'incompréhension règne. «C'est inacceptable. Cette loi est contradictoire avec toutes ces campagnes qui encouragent la population à faire de l'exercice», explique Yvonne Birker, vététiste spécialiste de descente. D'ailleurs la Bernoise ne renoncerait pas à pédaler en forêt, même si la loi entrait en vigueur. «J'adore être dans la nature, alors c'est sûr que je continuerais. Mais je trouverais ça dommage, je ne suis pas une criminelle parce que je fais du sport!» Quant au montant maximal de l'amende auquel s'exposent les contrevenants, 20?000?francs, Rudolf von Fischer se veut rassurant. «Tout le monde nous parle de cela. Mais il s'agit simplement de l'amende maximale pour le plus grave délit commis en forêt. Il ne viendrait pas à l'idée d'une personne saine d'esprit de facturer 20?000?francs à un cycliste!»

La modification de la loi est actuellement en consultation jusqu'au 2 mars. Le chef de l'Office des forêts a déjà reçu énormément de lettres indignées. «Nous prenons ce courrier très sérieusement. Notre but n'est pas d'interdire le vélo ou de porter dommage à l'industrie du tourisme, mais de trouver une solution.» Il pense d'ailleurs organiser une table ronde pour discuter du projet. Du côté de Trailnet, qui mène la campagne contre cette loi, on se dit confiant. «Au vu des oppositions à ce projet et des raisons avancées, il est très improbable que la loi soit acceptée en l'état actuel», pense Samuel Hubschmid. Et si elle passait toutefois la rampe au Grand Conseil, l'association n'exclut pas de lancer un référendum.

Ton opinion