Polémique: La lutte contre l’écriture inclusive monte à Berne
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PolémiqueLa lutte contre l’écriture inclusive monte à Berne

Huit parlementaires romands ont signé une motion, qui demande au Conseil fédéral de s’aligner sur l’Académie française. Le Conseil fédéral botte en touche pour la RTS.

par
Eric Felley
Pour Benjamin Roduit, les règles de la langue française sont fixées par l’Académie et il faut s’y tenir.

Pour Benjamin Roduit, les règles de la langue française sont fixées par l’Académie et il faut s’y tenir.

lematin.ch/felley

Professeur de français, le conseiller national Benjamin Roduit (PDC/VS) monte au front contre l’écriture inclusive dans la Berne fédérale. Dans une motion qu’il vient de déposer, il cite l’Académie française qui met en garde contre cette tendance apparue depuis plusieurs années: «La multiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité».

Dans un texte cosigné par huit de ses collègues romands, il demande: «Le Conseil fédéral est chargé de maintenir dans ses correspondances et dans tous les documents issus de son administration et des institutions dépendantes les règles et directives de la langue française sans y déroger en faveur d’une écriture dite «inclusive» ou langage épicène». Pour le genevois Yves Nidegger (UDC/GE), qui l’a cosignée, l’écriture inclusive est «moche, lourde et paralysante. La Révolution française avait changé le calendrier pour faire table rase du passé. Après avoir guillotiné beaucoup, on en est revenu». Christine Bulliard-Marbach (PDC/FR) l’a aussi fait: «Pour moi, ce n’est pas un sujet de prime importance, mais c’est l’occasion d’avoir l’opinion du Conseil fédéral sur ces questions qui font débat».

La RTS est autonome pour choisir ses mots

L’opinion du Conseil fédéral a justement été exprimée à l’Heure des questions. Répondant à Jean-Luc Addor (UDC/VS) au sujet de la polémique à la RTS, Simonetta Sommaruga a précisé: «La Confédération doit respecter l’autonomie des programmes de radio et de télévision garantie par la Constitution. Il revient donc uniquement à la SSR, ou à la RTS, de décider quels mots et expressions sont utilisées dans les émissions». D’une manière générale: «Le recours à des formulations non sexistes n’est pas un phénomène nouveau, a rappelé la conseillère fédérale. La question est débattue depuis longtemps en Suisse. Tant la Confédération que les administrations cantonales et les universités ont déjà réagi à ces développements sociaux dans leur utilisation de la langue».

La lisibilité sur l’idéologie

Mais pour Benjamin Roduit, cette évolution est le fait d’une idéologie: «La langue française ne doit pas être utilisée à des fins politiques et que la déconstruction du langage pour des raisons idéologiques ne doit en aucun cas trouver écho dans notre administration. La lisibilité de la langue doit l’emporter sur l’idéologie et la démarche n’empêche en aucun cas la féminisation de certains mots pour plus d’égalité».

Ce reproche est évidemment adressé à la gauche et son combat féministe. Pour Baptiste Hurni (PS/NE): «À chaque étape l’idéologie est présente dans l’évolution de la grammaire, elle se trouve aussi dans le choix des mots. Le langage est en évolution constante et il faut s’adapter». Pour son collègue Mathias Reynard (PS/VS), lui aussi professeur: «Je m’efforce depuis des années de m’exprimer dans un langage inclusif. Quand je commence un discours par «chères Valaisannes, chers Valaisans», ou devant ma classe quand je dis «bonjour à toutes et tous», je n’ai pas l’impression d’être lourd. Je suis surpris par l’énergie que mettent certains pour exclure la moitié de la population de la langue».

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