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RéouvertureLa Maison d’Ailleurs se mue en une galerie de monstres

Le musée d’Yverdon-les-Bains peut dévoiler sa nouvelle exposition, «Je est un monstre», dès ce mardi 1er décembre. Visite.

par
Laurent Flückiger
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L’une des deux affiches de l’exposition. Celle-ci a été dessinée par l’artiste français Benjamin Lacombe.

L’une des deux affiches de l’exposition. Celle-ci a été dessinée par l’artiste français Benjamin Lacombe.

Benjamin Lacombe
Histoires de fantômes du Japon – Couverture 2019

Histoires de fantômes du Japon – Couverture 2019

© Benjamin Lacombe
Généalogie d’une sorcière – Méduse 2008

Généalogie d’une sorcière – Méduse 2008

Benjamin Lacombe

Bonne nouvelle: dans le canton de Vaud, les musées rouvrent ce mardi 1er décembre. Après un départ manqué le vendredi 13 novembre, la Maison d’Ailleurs, à Yverdon-les-Bains, peut donc présenter aux visiteurs ses sorcières, créatures et autres bêtes de foire. Ludique et richement illustrée, l’expo «Je est un monstre» est peut-être la présentation la plus aboutie de Marc Atallah, depuis son arrivée il y a dix ans à la tête de la bâtisse de la place Pestalozzi 4. D’ailleurs, il le dit: «C’est une expo extrêmement personnelle. J’ai quasi tout designé, jusque très loin dans les détails.»

En détournant, par son titre, le «Je est un autre» de Rimbaud, l’exposition cherche à non pas à nous horrifier mais à nous faire réfléchir à nos propres monstruosités et à nous montrer que, bien souvent, les monstres, c’est nous. Aussi, le musée a choisi de travailler avec les œuvres des artistes français Benjamin Lacombe et belge Laurent Durieux, dans une scénographie inspirée des cirques du XIXe siècle.

Chaque salle a son ambiance

Les pièces, les couloirs et les escaliers de la Maison d’Ailleurs ont été repensés, alors que, pour la première fois, aucun texte n’est affiché. Libre à vous de suivre ou non la visite avec le fascicule remis à l’entrée, sorte de petit programme de cirque qui décrit les numéros à voir dans les salles qui ont chacune leur propre ambiance. On y suit la mutation du monstre, d’abord figure symbolique dans l’antiquité qui vient avertir de quelque chose, ensuite émanation de Satan au Moyen Âge, puis freak spectacularisé et créature de fiction.

On regarde le Quasimodo dessiné par Lacombe. «Le vrai monstre, c’est Frollo, incarnation humaine de la monstruosité de l’Église», décrypte Marc Atallah. On admire les affiches des Universal Monsters («Dracula», «Frankenstein», «La momie»…) revisitées par Durieux. «À partir des années 1920, ces films anesthésient le pouvoir critique du monstre et ne cherchent plus qu’à horrifier», annonce-t-il. On s’engouffre dans trois pièces dédiées au «Magicien d’Oz». «Il y a deux théories, explique le directeur du musée: le monstre vient figurer les peurs de l’enfant ou il montre la monstruosité des adultes. Pour ma part, je penche pour la deuxième.»

La première de trois expos

Au dernier étage, nos deux artistes se sont surpassés. Le célèbre travail de Benjamin Lacombe sur «Alice au pays des merveilles» et «Blanche-Neige» côtoient des œuvres moins connues autour de «L’herbier des fées» et sa toute dernière création, «La famille Appenzell». En face de cette salle des monstres de contes, Benjamin Durieux expose affiches sérigraphiées de superhéros et de films comme «Metropolis», «Ex Machina» ou «Les dents de la mer». «King Kong se fait tuer par la ville et la civilisation», décrit Marc Atallah à propos d’un autre long-métrage célèbre, alors qu’à côté, sous un projecteur, un rouge si vif qu’il en paraît irréel entoure un Godzilla émergeant d’une explosion.

N’en jetez plus: «Je est un monstre» fera date dans l’histoire de la Maison d’Ailleurs. Et pas seulement pour sa qualité. Elle est la première de trois expos que compte encore monter Marc Atallah avant un possible départ. «Je n’ai encore rien décidé, reconnaît-il. Mais si je dois partir, je peux partir en laissant cette sorte de legs qui résume ce que j’ai essayé de faire au musée: avec les monstres je vous accueille, avec la transformation je vous guiderai pour avoir une autre conscientisation et je terminerai par la révolte…»

«Je est un monstre», Maison d’Ailleurs, Yverdon-les-Bains, jusqu’au 24 octobre 2021 (du mardi au dimanche, 11h-18h). Infos: ailleurs.ch

Une deuxième exposition inaugurée

Une image tirée du jeu vidéo Sega Master System «Where in the World is Carmen Sandiego?» (1988).

Une image tirée du jeu vidéo Sega Master System «Where in the World is Carmen Sandiego?» (1988).

En parallèle de «Je est un monstre», l’Espace Jules-Verne de la Maison d’Ailleurs accueille le troisième volet de l’expo «Rock Me Baby» imaginée par l’artiste vaudois Sébastien Mettraux et qui porte un regard croisé sur la machine à écrire, ancien fleuron industriel du Nord vaudois, à travers les arts visuels, l’histoire et l’industrie, la culture populaire, et la mémoire collective.

Cette troisième partie se concentre sur le cinéma, le jeu vidéo et la littérature de science-fiction. L’exposition comprend également une installation interactive de la designer Lucile Burnier.

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3 commentaires
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Georges Alexandre

02.12.2020 à 19:37

D'abord. juste une toute petite rectification : Frankenstein ce n'est pas le monstre, mais, dans le roman de Mary Shelley, le docteur qui l'a créé. Ensuite une petite pensée pour Pierre Versin, l'auteur de livres fantastiques qui a été le véritable inventeur de la Maison d'ailleurs. le docteur qui la créé.

Huk123

02.12.2020 à 14:28

il va y avoir beaucoup de Suisses allemands exposés...