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Présidentielle françaiseLa marge étroite de Hollande pour tenir ses promesses

Sur fond de croissance morose, François Hollande va devoir jouer serré pour concilier ses promesses de nouvelles dépenses et ses engagements à assainir les finances de la France, sur lesquels l’attend la zone euro.

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Toute l'équipe de campagne a salué les partisans du candidat socialiste.

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La Bastille était noire de monde pour acclamer les héros du jour.

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Le socialiste, élu après dix ans de gouvernements de droite, a énuméré dimanche soir les "défis", "nombreux" et "lourds", qui l’attendent en plaçant en tête "le redressement d’abord de de notre production pour sortir notre pays de la crise, la réduction de nos déficits pour maîtriser la dette".

Mais son refus d’inscrire une règle d’or budgétaire dans la Constitution et son programme de dépenses supplémentaires, pour un coût qui atteindra 20 milliards d’euros par an à l’horizon 2017, lui ont valu des critiques chez ses adversaires et à l’étranger.

Lors du débat d’entre-deux-tours face à Nicolas Sarkozy, François Hollande avait précisé que le retour à l’équilibre des recettes et dépenses annuelles de l’Etat, des collectivités locales et de la Sécurité sociale représenterait "90 milliards d’efforts" au total sur cinq ans.

"Nous ferons 40 milliards de prélèvements supplémentaires et 50 milliards d’économies sur la dépense", avait-il précisé. François Hollande veut limiter la progression de cette dernière à 1,1% par an hors inflation, contre une hausse tendancielle de 2%. Quant aux recettes, il compte sur des rentrées induites par un retour de la croissance et sur des augmentations de prélèvements, en particulier sur les ménages aisés et les grandes entreprises.

La difficulté, c'est la croissance

Dès sa prise de fonction, il demandera à la Cour des comptes un "audit" sur l’exécution du budget 2012 afin de ne "surtout pas déraper par rapport à nos objectifs", a indiqué son entourage. Il prendra des mesures dès l’été en faisant adopter une loi de programmation des finances publiques.

"La difficulté majeure, c’est la croissance", relève Henri Sterdyniak, de l’Observatoire français des conjonctures économiques. Le FMI ne prévoit qu’une croissance de 1% l’an prochain en France, contre 1,7% pour M. Hollande qui, à compter de 2014, espère même au moins 2% par an.

La politique de hausse des impôts sur les plus riches laisse aussi peu de latitude, "beaucoup" ayant été fait par Nicolas Sarkozy en fin de mandat, souligne l’économiste. Le nouveau président veut introduire une tranche d’impôt à 45% pour les revenus supérieurs à 150.000 euros par part et un super-impôt à 75% pour la partie des revenus dépassant un million par an. Il entend également relever l’impôt de solidarité sur la fortune et plafonner les niches fiscales.

Doutes sur la stratégie

"Il y a un sentiment général dans les marchés que la dépense est déjà bien trop forte. Donc, même s’il fait plus d’impôts que de dépenses, il y aura beaucoup de doutes sur la validité de la stratégie", estime Christian Saint-Etienne, professeur à l’Université Paris Dauphine.

"François Hollande a annoncé une gestion extrêmement stricte des finances publiques", affirme M. Sterdyniak, "le problème est de savoir s’il va pouvoir tenir". Pour lui, les politiques d’austérité des partenaires commerciaux de la France rendent la tâche "très très difficile".

M. Hollande avait centré sa campagne sur la renégociation du pacte européen de discipline budgétaire, afin d’y ajouter un volet de croissance. "L’Europe nous regarde et au moment où le résultat a été proclamé, je suis sûr que dans bien des pays européens, cela a été un soulagement, un espoir, l’idée qu’enfin l’austérité pouvait ne plus être une fatalité", a-t-il lancé dimanche soir.

Outils de stimulation à mettre en place

Dans son entourage, on appelle à la mise en place "très rapidement" au niveau européen "d’outils de stimulation de la croissance par l’investissement et par l’emploi" pour se donner les moyens d’atteindre les objectifs budgétaires.

"Et s’ils n’étaient pas atteints, il n’y a pas que chez nous qu’ils ne le seraient pas et ce serait alors un problème européen et non pas français", estime-t-on. "Le grand enjeu en Europe et pour la France dans les quelques années à venir, c’est de trouver des moteurs de croissance par l’industrie verte, les économies d’énergie, la rénovation urbaine. Sinon, on est morts", lance pour sa part M. Sterdyniak.

les résultats définitifs

François Hollande a remporté l’élection présidentielle avec 51,62% des voix contre 48,38% pour Nicolas Sarkozy, selon les résultats définitifs pour la France entière publiés lundi par le ministère de l’Intérieur.

Le candidat socialiste a recueilli 18’000’438 voix et le président sortant, 16’869’371, soit une différence de 1’131’067 voix.

La participation a été de 80,34%, soit un peu plus de 37 millions de votants, et l’abstention de 19,66%, soit un peu plus de neuf millions.

Les bulletins blancs ou nuls ont représenté 5,80% des votants et 4,66% des inscrits, soit plus de 2,1 millions de personnes. Ces résultats sont soumis à la validation du Conseil constitutionnel avant leur proclamation. (ats)

(AFP)

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