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EconomieLa méfiance se propage dans les Hautes écoles suisses

Le Conseil suisse de la science estime que le «capitalisme académique» qui prime dans les universités recèle des risques.

Aujourd'hui, les universités sont en partie gérées comme des entreprises.

Aujourd'hui, les universités sont en partie gérées comme des entreprises.

Keystone

Une culture de la méfiance nuisible à l'innovation se propage dans les hautes écoles suisses, prévient le Conseil suisse de la science et de la technologie (CSST) dans deux rapports. L'explication est que les prestations des Hautes écoles sont toujours plus jugées d'après des critères économiques.

Aujourd'hui, les universités sont en partie gérées comme des entreprises. Elles disposent dans une large mesure de manière autonome des sommes allouées par la Confédération et les cantons, mais doivent également rendre des comptes au gouvernement et aux contribuables sur les prestations qu'elles fournissent grâce à ces millions de francs.

«Culture de méfiance»

Pour cette raison, on demande toujours davantage aux scientifiques de fournir des évaluations - exigeant beaucoup de temps - sur la qualité de leur enseignement et sur leur productivité scientifique.

Le CSST, organe consultatif du Conseil fédéral pour les questions relevant de la politique de la science, des hautes écoles, de la recherche et de l'innovation, ne mâche pas ses mots: «La propagation d'une culture de la méfiance et un réseau de mesures de contrôle toujours plus dense débouchent sur la médiocrité, pas sur l'excellence», met-il en garde dans un rapport intitulé «La mesure de la performance et l'assurance-qualité dans le domaine de la science».

Liberté et autodétermination

La pression constante à devoir se justifier et le gros investissement en temps que cela exige portent préjudice au travail des chercheurs. Pour de nombreux chercheurs, la liberté et l'autodétermination dont ils jouissent justifient les coûts élevés en personnel et les incertitudes liées à un cursus scientifique, écrit le CSST.

«On ne peut attendre une bonne qualité scientifique des chercheurs sans une importante part de motivation intrinsèque», explique à l'ats la présidente du CSST Astrid Epiney. L'obligation incessante de devoir faire des rapports risque d'altérer cette motivation intérieure, affirme le document.

Privatisation du savoir

Selon le conseil, cette démotivation prend aussi racine dans l'«économisation» des hautes écoles: on attend de la recherche toujours davantage d'utilité économique, ses prestations sont mesurées en chiffres et classements. La part des contributions de tiers - limitées - a également crû ces dernières années, au détriment des contributions de base de la main publique.

Dans ce contexte, les projets à court terme au succès assuré ont davantage de chances d'être financés. Aujourd'hui déjà, il est plus facile pour les chercheurs d'obtenir de l'argent du Fonds national pour des petits projets sans risques. Ceux-ci sont plus simples et plus rapidement à évaluer.

«La recherche axée sur le long terme, visant des connaissances fondamentalement nouvelles et imprévisibles, pourrait se retrouver reléguée au second plan», avertit le rapport. Cette recherche doit être assurée par un financement public de base suffisant, opposé au financement de projets plutôt orienté vers le marché.

Le conseil de la science n'est absolument pas opposé à une recherche compétitive et à des fonds de tiers, souligne Astrid Epiney: «Pour nous, seule la focalisation unilatérale sur cet aspect est problématique».

Démanteler le régime de contrôle

Le CSST propose de démanteler le «régime de contrôle» au profit d'une culture basée sur la confiance mutuelle et le dialogue. Au lieu de multiplier les évaluations, il est plus judicieux d'appliquer à l'avance déjà, lors de la nomination des scientifiques, des exigences qualitatives élevées. Ensuite, il s'agit de leur accorder la liberté organisationnelle.

(ats)

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