Pendularité: «La mobilité est trop bon marché en Suisse»
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Pendularité«La mobilité est trop bon marché en Suisse»

Les trajets qu'effectuent les pendulaires s'accroissent, contribuant à la pollution. Il faut trouver des solutions, selon un expert en transports.

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cht
Plus de un Suisse sur deux prend la voiture pour se rendre à son travail.

Plus de un Suisse sur deux prend la voiture pour se rendre à son travail.

Keystone

Lundi, l'Office fédéral de la statistique annonçait que le trajet quotidien d'un pendulaire pour aller travailler était en 2016 en moyenne de 14,8 km (un aller). Un chiffre en hausse de 1,9 km par rapport à l'an 2000. Or, comme 90% des Suisses sont des pendulaires, cela fait 3,9 millions de personnes qui prennent la route ou les transports tous les jours pour se rendre à leur job. Corollaire: cette mobilité croissante engendre des émissions de CO2, regrette Thomas Sauter-Servaes, un expert du trafic, sur le site de 20 Minuten.

Le spécialiste regrette surtout que 52% des Suisses prennent leur voiture pour se rendre à leur travail. D'autant que le véhicule n'est occupé en moyenne que par 1,1 personne, alors qu'il pourrait en transporter au moins 5. «Cela ne peut pas continuer ainsi. Outre l'aspect environnemental, les longs trajets domicile-travail ont également un effet négatif sur notre santé», avance-t-il.

Facilement évitable

Une situation qui pourrait être évitée, selon lui. En faisant appel à davantage de travail à domicile, de conférences par vidéo, des espaces de travail en commun près de chez soi, dit-il. «De nombreux emplois n'exigent pas de présence physique. Nous savons cela depuis des années, mais rien ne se passe», critique-t-il.

Mais pourquoi ce phénomène? Thomas Sauter-Servaes pointe du doigt les coûts de nos transports: «Le problème est simplement que la mobilité est trop bon marché en Suisse. Parce que les coûts pour l'environnement et la santé ne sont pas ou trop peu inclus dans le prix des billets des transports publics ou dans l'essence», lance-t-il. Du coup, «ni les employés ni les employeurs ne sont intéressés à expérimenter de nouvelles formes de travail alors que les déplacements domicile-travail coûtent si peu cher.»

Tollé de la part de la population

Pourtant, il y aurait des avantages à encourager d'autres formes de travail plus flexibles: «Les employeurs bénéficieraient d'employés moins stressés», explique-t-il. Mais ces derniers doivent aussi se remettre en question: «Suis-je prêt à remettre en question mes habitudes de travail et à essayer de nouveaux concepts», interroge ainsi l'expert.

Thomas Sauter-Servaes en est conscient: rendre plus chère la mobilité susciterait un tollé de la part de la population et aurait peu de chances d'être mis en œuvre. «Car on limiterait la liberté des gens», reconnaît-il. D'autant que ce sont en premier lieu ceux qui gagnent le moins qui seraient les plus pénalisés. En outre, déménager en ville, où de nombreuses personnes travaillent, est rarement une option, car les loyers sont devenus trop élevés pour beaucoup. «Nous nous trouvons donc devant un dilemme et je n'ai malheureusement pas de solution. Mais il faut continuer à chercher de nouvelles approches intelligentes», conclut-il.

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