Mort de Bernard Tapie: Constantin (Sion) réagit
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Football«La mort de Bernard réveille des souvenirs du temps qui passe»

Président de l’OM au début des années 90, Bernard Tapie est mort dimanche matin d’un cancer, à l’âge de 78 ans. Les premières réactions du monde du sport suisse.

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Sport-Center
Photo d’illustration de Christian Constantin.

Photo d’illustration de Christian Constantin.

Yvain Genevay/Tamedia

Christian Constantin (président de Sion qui a affronté Tapie et l’OM en Coupe d’Europe)

«Bernard était tellement mal foutu que l’on savait que ça allait bien finir par arriver. Cela réveille des souvenirs du temps qui passe, il avait fait son dernier match de Coupe d’Europe comme président de l’OM contre nous. Il m’avait dit si tu m’élimines, tu peux me propulser dans la dette. On s’est toujours charrié avec ça lorsqu’on se parlait par la suite (il rigole). J’ai passé tellement de moments et d’échanges sympathiques avec lui, c’était toujours très agréable. Le plus fort? Ce match retour à Marseille (il rigole franchement). Il y avait toutes les composantes d’un vrai film semi-dramatique. L’OM devait absolument se qualifier contre Sion pour que Tapie reste protégé. Il était déjà sous le feu des projecteurs, et il y avait un combat politico-sportif là derrière. On aurait pu en faire un joli feuilleton. Il y avait de la nervosité, après le match, et il était très fâché car il avait été éliminé. C’était un peu le moment où tu joues au poker, et qu’un seul doit sortir du chapeau. Tout ce théâtre qui a accompagné ce match, dans la préparation, les alertes à la bombe, les CRS qui arrivaient… c’était quelque chose.

Mon surnom de «Tapie des Alpes»? Je men suis toujours foutu. Quand il a eu vent que l’on m’appelait comme ça, il me disait: «les mecs comme nous, on est souvent traités comme certains bestiaux de foire qui arrivent dans les villages.» Dans le sens où des gens envieux veulent nous taper dessus et quand ils rentrent chez bobonne, ils disent qu’ils ont pu mettre une claque à la bête. C’était le fait darmes de leur vie. Bernard aimait dire qu’il ne fallait pas accorder d’importance aux jaloux, ou envieux, ou au jugement gratuit de l’être humain, même si cela fait partie de la vie.»

Freddy Rumo (avocat qui l’a côtoyé dans le cadre de l’affaire VA-OM)

Freddy Rumo.

Freddy Rumo.

Archives LMS

«J’ai plein, plein de souvenirs de Bernard Tapie. Je l’ai connu à Paris, alors que je faisais partie de la commission de compétition de l’UEFA. Après, nous sommes restés en contact. Et il n’avait pas hésité à venir à La Chaux-de-Fonds avec son avion privé pour préparer un dossier. Je l’avais défendu devant un Tribunal à Berne, puisque l’UEFA était basée en Suisse. On avait gagné dans le cadre d’une mesure superprovisionnelle. J’ai souvent été invité à son domicile parisien, aussi. Lorsqu’on arrivait, son service de sécurité venait nous chercher à l’aéroport et nous amenait à son hôtel particulier.

Je garde de lui l’image d’un combattant, opiniâtre, entreprenant et imaginatif. Avec lui, c’était une sorte de perpétuelle fuite en avant. Je l’ai connu supergénéreux dans l’action, à toujours vouloir construire quelque chose. Il a été énormément jalousé, et le déferlement des critiques a commencé quand il est entré en politique. On a beaucoup mis en avant son côté gouailleur ou goguenard, mais ce n’est pas ce que je retiens de lui. Et quand j’ai appris son décès ce dimanche matin, j’ai eu de la peine, sincèrement.»

Pascal Richard (ex-cycliste de l’équipe La Vie claire, dirigée par Tapie de 1984 à 1988)

Pascal Richard.

Pascal Richard.

VQH/Alain Gavillet

«Ce sont de tristes circonstances, même si ce n’est pas une surprise. Bernard a eu la force de toujours se battre, il a été un patron d’exception. Des gens comme ça sont ceux qui nous font apprendre et avancer. Ce sont des révolutionnaires, ils bousculent leur monde et travaillent avec bon sens. Dans toute action sportive, il y a des gagnants et des perdants, et Bernard Tapie était souvent un gagnant. Il avait un charisme énorme, c’était un visionnaire. Il a décidé d’engager des Américains car il avait bien vu que le marché américain était plus important que celui français ou européen. Il était vraiment gagné par la passion. Je me souviens d’une fête pour clôturer le Tour de France en 1987, j’étais présent même si je n’avais pas participé. Mon coéquipier Jean-François Bernard avait terminé troisième cette année-là. J’étais devant l’hôtel avec lui et on regardait l’intérieur des vitres d’une magnifique Porsche noire. Bernard est arrivé derrière nous, il a dit «belle voiture, non?» et il a tendu les clés à JF. Il lui a dit «tu mérites, tu as fini troisième, c’est cadeau». Il avait une sensibilité pour toutes ces choses. Parfois il venait aux entraînements, il était passionné.

Quand on atteint son statut, on finit forcément par gêner. C’est comme un grand sportif qui fait un petit geste de travers, tout est réseauté. Une tête d’affiche, tout le monde veut sa tête, c’est comme dans le peloton. La seule chose que j’ai à lui reprocher, c’est de se lancer dans la politique. Pour moi, cela a lancé sa descente aux enfers. Il a été jalousé par des gens qui ont du pouvoir. Je n’ai pas compris pourquoi il a décidé de s’y lancer, c’était un homme brillant. Dans une situation comme le Covid ces dernières années, les business man doivent trouver des solutions. Bernard avait une manière différente de voir les choses, il était très bon pour faire une analyse rapide et agir dans le bon sens. Il faut sentir les choses, et il en était capable. Après, on ne peut pas plaire à tout le monde, mais il a eu un parcours excellent. Avoir quelqu’un comme ça vous permet d’apprendre quelque chose de différent, et j’ai eu de la chance de le connaître.»

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