Actualisé 08.05.2018 à 04:50

La mort du vieux tilleul désole Marylène

Tristesse

Un arbre emblématique devenu dangereux est sacrifié à Auvernier (NE). Les voisins ont beaucoup de peine à se résigner.

par
Vincent Donzé
Marylène Yamoah conteste une «mise à mort» décidée sans consultation citoyenne.

Marylène Yamoah conteste une «mise à mort» décidée sans consultation citoyenne.

Maxime Schmid

Un seul arbre lui manquera et tout sera dépeuplé, car il symbolise pour elle l’amitié et la fidélité, à Auvernier (NE). Marylène Yamoah enlace un vieux tilleul qui va disparaître. L’arbre borde une zone lacustre où les castors sont actifs, mais c’est un bûcheron qui l’abattra aujourd’hui: «Son tronc étant pourri, ce vieil arbre menace la sécurité des passants», assène le paysagiste communal Stéphane Kobel, en glissant un double mètre dans une fente.

Emblématique

Le tilleul condamné n’est pas le seul centenaire du village, mais il est emblématique dans un hexagone constitué de la poste, du tram, d’un kiosque, d’un restaurant, d’un garage et d’une place de jeu. «Il va me manquer», souffle Marylène, de Cortaillod, qui gare sa voiture à l’ombre du tilleul quand ses deux chiens s’y trouvent. Elle n’est pas la seule affectée par la mise à mort du tilleul. Après la publication d’un avis, le 24 avril dernier, des dessins et des messages ont été fixés sur le tronc. «Cet arbre est là depuis que je suis née, il a le droit à la vie tout comme vous et moi», est-il écrit au feutre vert.

«Couper un centenaire, c’est toujours triste, mais un arbre n’est pas éternel: celui-là s’est fendu cet hiver», indique Stéphane Kobel. «En ville, un arbre subit moult contraintes. Malade, il devient dangereux par grand vent», ajoute ce paysagiste. Le forestier qui a établi le diagnostic n’a pas eu besoin de recourir à une bague à ultrason: «Le tronc est totalement pourri», indique son collègue paysagiste, en introduisant son double mètre dans le tronc sur 20 cm.

«Un arbre a une âme!»

Un geste qui a laissé Marylène dubitative: «Un arbre a une âme! C’est tout le village qui s’en trouvera affaibli», plaide-t-elle en appelant les citoyens à la résistance. «Pourquoi ne pas simplement élaguer le tilleur et lui donner une seconde chance?» demande-t-elle.

«Élaguer, c’est pire que tout: les blessures favorisent la pourriture et le risque de cassure est élevé dans les branches qui repoussent», explique Stéphane Kobel. La sentence est irrévocable: le tilleul partira à la déchiqueteuse. Au Restaurant des Poissons, les sommeliers sont déçus: «Il mérite de rester.»

Deux jeunes arbres plantés

Après l’abattage, il s’agira de dessoucher. Une opération qui prendra toute une journée. Deux jeunes tilleuls seront ensuite plantés sur la place réaménagée, entre la poste et le kiosque.

Abattre un arbre malade, c’est un crève-cœur vécu dans toutes les communes. Ainsi, l’hiver dernier à Vidy (VD), des témoins d’Expo 64 ont été sacrifiés pour garantir la sécurité, dont 42 au parc Bourget. Pour la seule ville de Lausanne, ce sont 298 arbres malades qui figuraient sur le plan d’abattage hivernal. Des peupliers davantage que des tilleuls, mais aucun à côté de la poste.

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