Jura: La mouche Suzukii n’a qu’à bien se tenir: son prédateur est identifié!
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JuraLa mouche Suzukii n’a qu’à bien se tenir: son prédateur est identifié!

C’est à Delémont qu’a été désigné le pire ennemi de l’insecte asiatique qui pond des larves dans des fruits frais, au grand désespoir des cultivateurs.

par
Vincent Donzé
La Drosophila suzukii aime les cerises, mais pas seulement.

La Drosophila suzukii aime les cerises, mais pas seulement.

Tim Haye

Minuscule moucheron importé d’Asie en Europe dans des fruits chinois, la «Drosophila suzukii» mène depuis douze ans la vie dure aux cultivateurs. Au contraire d’insectes qui pondent leurs larves dans des fruits pourris, ce qui favorise le compostage, cet envahisseur colonise des fruits frais, en les rendant impropres à la consommation: «Elles parviennent à percer des peaux dures», indique l’entomologiste Lukas Seehausen.

La Suzukii est la seule capable de percer un fruit frais pour y pondre et accentuer sa décomposition.

La Suzukii est la seule capable de percer un fruit frais pour y pondre et accentuer sa décomposition.

Tim Haye

Pommes, poires, prunes, tout y passe. «Elles raffolent en premier lieu des cerises et des baies, mais aussi du raisin», précise Lukas Seehausen. Le climat helvétique lui convient bien, excepté dans les Alpes: «En moyenne montagne, elles parasitent les myrtilles», remarque l’entomologiste qui s’est fait un nom en chassant le frelon asiatique.

Pour endiguer ce tsunami volant, Lukas Seehausen a cherché un prédateur, au centre de recherche international Cabi. La réponse est venue d’une petite guêpe, la Ganaspis brasiliensis, détectée pour la première fois au Brésil, d’où son nom. Ce prédateur installe sa progéniture dans les larves de la Suzukii.

La guêpe Ganaspis est présentée comme un prédateur naturel.

La guêpe Ganaspis est présentée comme un prédateur naturel.

Koïchi Beltrando

À Delémont, les scientifiques ont déterminé deux espèces jumelles de guêpes. Il y a celle qui parasite exclusivement les larves dans les fruits frais, tandis que l’autre s’intéresse aussi aux fruits pourris. Les deux cousines ne se croisent pas. Si leur morphologie est identique, leurs caractéristiques génétiques diffèrent de 6%, ce qui est beaucoup dans un gène.

«La guêpe qui parasite uniquement les Drosophiles dans les fruits frais devrait logiquement être spécifique au Suzukii. C’est donc l’espèce la plus prometteuse pour la lutte biologique en Suisse», précise le chercheur.,

Cet insecte asiatique identifié au Brésil s’attaque à la Suzukii.

Cet insecte asiatique identifié au Brésil s’attaque à la Suzukii.

Koïchi Beltrando

«Un producteur ne peut pas vendre un fruit contenant une larve de mouche», rapporte Lukas Seehausen, au retour d’une équipe partie en Asie à la recherche d’un prédateur. L’antidote étant identifié, il s’agit maintenant d’effectuer des tests en plaçant des cages à l’air libre.

Le Dr Lukas Seehausen dans le laboratoire du Cabi à Delémont.

Le Dr Lukas Seehausen dans le laboratoire du Cabi à Delémont.

DR

Le climat suisse convient-il au prédateur? Le remède est-il pire que le mal? Si les tests confinés sont concluants, une demande sera effectuée au niveau fédéral pour une expérience dans des cages à l’air libre.

Les recherches de Lukas Seehausen et de son équipe servent à évaluer les risques qu’une guêpe telle que la Ganaspis brasiliensis pose à l’environnement, par exemple aux autres espèces des mouches. Les résultats publiés dans «Scientific Reports» tendent à démontrer que le risque encouru est «très faible».

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