Indonésie  – La nouvelle capitale menace d'expulsion des milliers d'indigènes
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Indonésie La nouvelle capitale menace d'expulsion des milliers d'indigènes

La création de Nusantara au milieu de l'une des plus grandes forêts tropicales du monde menace au moins 20'000 indigènes indonésiens, s'alarme un groupe humanitaire.

Une image de synthèse du futur palais présidentiel indonésien, qui devra être bâti à Nusantara. 

Une image de synthèse du futur palais présidentiel indonésien, qui devra être bâti à Nusantara.

AFP

Au moins 20'000 personnes appartenant à 21 groupes indigènes indonésiens risquent d’être expulsées de leurs terres pour laisser place à la construction d’une nouvelle capitale à Bornéo, île qui abrite l’une des plus grandes forêts tropicales au monde, ont averti vendredi l’Alliance des peuples indigènes de l’archipel (AMAN). Ils mettent le doigt sur les lois autorisant le déménagement de Jakarta et qui ne protègent pas suffisamment les droits fonciers des communautés.

Le groupe humanitaire a lancé cet avertissement après que le Parlement a approuvé mardi le transfert de la capitale qui occupera plus de 56'000 hectares dans la province de Kalimantan Est, sur l’île de Bornéo, partagée entre l’Indonésie, la Malaisie et Brunei. Baptisée «Nusantara» – qui signifie «archipel» – la nouvelle capitale politique doit être construite à quelque 2000 kilomètres de Jakarta, qui devrait rester la capitale économique.

«Criminalisation» des militants indigènes

«Le projet va déclencher des problèmes, comme la confiscation des terres coutumières et la criminalisation des populations autochtones lorsque ces dernières défendront leurs droits», a déclaré vendredi à l’AFP Muhammad Arman, directeur de la politique, du droit et du plaidoyer pour les droits de l’Homme de l’AMAN. «Ils perdront également leurs emplois traditionnels, notamment dans l’agriculture».

«Double peine»

Les données compilées en 2019 par l’association attestent qu’au moins 13 terres coutumières, administrées par les indigènes, se trouveraient dans la nouvelle capitale. Les communautés autochtones de Bornéo étaient déjà en conflit contre des entreprises qui ont obtenu des contrats de plantation sur environ 30'000 hectares de leurs terres. «C’est comme une double peine pour ces communautés. D’abord, elles doivent se battre contre les entreprises et, à l’avenir, elles devront affronter leur propre gouvernement pour le projet de la nouvelle capitale», a déclaré M. Arman.

Capitale futuriste

Une enquête récente menée par des groupes de défense des droits, dont AMAN, a révélé qu’au moins 162 permis d’exploitation minière, de plantation, de sylviculture et de centrales électriques au charbon avaient été accordés dans la zone de la nouvelle capitale. Au total, plus de 256'000 hectares ont été réservés en vue d’une expansion du projet. Les premières maquettes de la nouvelle capitale montrent un projet utopiste de ville intelligente construite au milieu des arbres, mais peu de détails ont été confirmés à ce stade.

Écosystèmes menacés

La construction du projet, qui devait débuter dès 2020, a été ralentie par la pandémie. Elle devrait s’étaler par étapes jusqu’en 2045. Les écologistes désapprouvent car le projet pourrait endommager les écosystèmes de la région, où les exploitations minières et les plantations d’huile de palme menacent déjà les forêts tropicales qui abritent des espèces menacées comme les orangs-outans.

(AFP)

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