Suisse: La pandémie met l'emploi sous pression
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SuisseLa pandémie met l'emploi sous pression

Si l'hôtellerie et la restauration ont été le plus sévèrement touchées, les perspectives d'emploi se sont fortement détériorées dans presque tous les autres secteurs de l'économie.

L'hôtellerie et la restauration ont déjà payé un prix élevé durant la pandémie.

L'hôtellerie et la restauration ont déjà payé un prix élevé durant la pandémie.

Keystone

La crise économique qui se dessine avec les mesures de lutte contre la propagation du nouveau coronavirus laissera des traces au niveau de l'emploi. Au-delà des nombreuses sociétés ayant recouru au mesures de chômage partiel, plusieurs groupes suisses ont déjà annoncé des réductions d'effectifs.

Conséquence de la crise sanitaire, le marché suisse de l'emploi a subi une chute vertigineuse au 2e trimestre, le baromètre des prévisionnistes du Centre de recherches conjoncturelles KOF étant tombé à -19,9 points. Ce niveau s'est révélé inférieur à celui affiché au plus fort de la crise financière de 2008-2009.

Sans surprise, l'hôtellerie et la restauration ont été le plus sévèrement touchées. Mais les perspectives d'emploi se sont également fortement détériorées dans presque tous les autres secteurs de l'économie, tels que le commerce de détail et la construction.

Les entreprises de ces dernières branches n'ont pour l'heure procédé qu'à des mesures de chômage partiel, mais elles anticipent de très lourdes suppressions d'emplois au cours des prochains mois, ont indiqué les chercheurs zurichois. Lors de la crise financière de 2008-2009, le repli de l'indicateur s'était étalé sur trois trimestres.

Bond du chômage partiel

Il y a 12 ans, les réductions d'horaire de travail (RHT) avaient fait leur preuve, permettent de prévenir les licenciements massifs en temps de crise, remarquait récemment la banque Raiffeisen dans une étude. A l'époque, 92'000 employés avaient bénéficié du chômage partiel en Suisse pour faire face à l'effondrement de la demande.

Cela a considérablement ralenti et réduit la hausse du chômage qui s'en est suivie et qui a atteint un pic de 64'000 personnes «seulement». Avec la fermeture totale du pays, «nous jouons dans une toute autre ligue», nuançaient cependant les experts de Raiffeisen. Début mai, quelque 187'000 sociétés avaient déposé une demande de chômage partiel pour 1,91 million de salariés.

Si pour l'heure le recours aux réductions d'horaire demeure massif, certains grands groupes ont d'ores et déjà annoncé des coupes dans leurs effectifs. Mardi, Oerlikon a fait part de son intention de biffer quelque 800 emplois dans son activité principale des traitements de surfaces, la division Surface Solutions, qui compte près de 70% des 11'500 employés du groupe industriel schwyzois.

Une liste qui s'allonge

Un autre groupe industriel, le schaffhousois Georg Fischer, s'est attiré de vives critiques au Tessin, où sa filiale Agie a mis fin la semaine dernière à ses relations de travail avec 18 intérimaires. Le fabricant de machines-outils tessinois emploie quelque 500 salariés.

Début avril, Georg Fischer, groupe aussi actif dans les systèmes de tuyauterie ainsi que les composants en alliage pour l'industrie automobile, a introduit le chômage partiel sur ses sites suisses, lesquels emploient 3500 collaborateurs. Les dirigeants de l'entreprise ont décidé de réduire temporairement leur rémunération de 10 à 20%.

Face à la quasi-immobilisation du transport aérien, Swissport, multinationale fournissant des services au sol dans les aéroports, a déjà tranché dans le vif et supprimé 10'000 de ses 64'000 emplois dans le monde. Pas moins de 40'000 employés ont été placés en congés sans solde ou sous d'autres mesures de sauvegarde de l'emploi, comme le chômage partiel.

La compagne aérienne Swiss a pour sa part assuré ne pas envisager dans l'immédiat des licenciements, préférant recourir aux fluctuations en matière de personnel pour réduire ses effectifs.

Des rapprochements et des licenciements

A ces coupes déjà annoncées viennent s'ajouter celles que des rumeurs supposent du côté du groupe de médias zurichois TX Group. Selon le syndicat Syndicom, l'ex-groupe Tamedia prévoit une vaste restructuration, comprenant notamment un rapprochement organisationnel des rédactions du «Bund» et de la «Berner Zeitung» ainsi que des journaux régionaux zurichois et du «Tages-Anzeiger».

Un scénario identique semble se dessiner du côté du voisin NZZ. La direction du groupe doit présenter en juin au conseil d'administration un programme d'économies, lequel devrait entraîner des licenciements. Selon des informations de presse, la coupe atteindrait 10% de l'effectif.

D'autres sociétés suisses ont fait part d'une plus grande réserve en matière d'adaptation de leur effectif aux difficultés économiques qui se dessinent. Clariant a ainsi mis en pause son plan dévoilé en février et visant à supprimer entre 500 et 600 postes. Sa reprise est envisagée en septembre.

(ats)

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