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SantéLa pilule gratuite pour les ados?

Le Vert Antonio Hodgers dépose une motion pour que les jeunes femmes de moins de 20 ans aient accès sans frais à la contraception.

par
Cléa Favre
Le Genevois veut diminuer le nombre de grossesses non désirées.

Le Genevois veut diminuer le nombre de grossesses non désirées.

Laurent Crottet

Un accès gratuit et anonyme à la contraception pour toutes les femmes de moins de 20 ans. C'est l'objet de la motion déposée hier par Antonio Hodgers. Le conseiller national (Vert/GE) s'est inspiré des mesures prises récemment par la France. Son objectif: réduire le nombre de grossesses non désirées. «Celles-ci constituent toujours des drames, qu'elles aboutissent à un avortement ou que les jeunes filles décident de garder l'enfant. Cela a un impact psychologique», explique-t-il.

Des coûts largement compensés

Contrairement à la législation française, le Genevois a décidé de ne pas cantonner l'accès gratuit à la seule pilule. «L'Etat doit rester neutre quant au choix du contraceptif.» Anneau, implant et autre stérilet seront donc aussi concernés. Tout comme la pilule du lendemain. Son initiative a trouvé grâce aux yeux de certains parlementaires de droite, comme Luc Barthassat (PDC/GE): «Une fois que les jeunes filles auront pris l'habitude d'utiliser une contraception, on peut imaginer qu'elles continueront après 20 ans.» Il ajoute, pragmatique: «Si on veut uniquement parler chiffres, les coûts de cette mesure compenseront largement les coûts supportés par la société pour les IVG.»

Du côté de l'UDC, la motion ne séduit pas. Pour Guy Parmelin, conseiller national, c'est une question de responsabilité individuelle. «Certains oublient dans ce pays qu'on ne peut pas tout avoir gratuitement. Les jeunes aussi doivent être conscients que tout ne peut pas être financé par l'Etat.» Le Vaudois ajoute qu'en comparaison européenne, la Suisse «fait le maximum». En effet, selon les derniers chiffres, on a compté l'an dernier 4,4 IVG pour 1000 adolescentes âgées de 15 à 19 ans. «Mais si l'on comptabilise les jeunes filles qui gardent l'enfant malgré tout, on peut doubler ce taux», fait valoir Antonio Hodgers.

Oui, mais avec un encadrement

Chez les acteurs de la prévention, l'idée plaît. «Faciliter l'accès à la contraception est très positif», réagit Catherine Stangl, responsable du service de planning familial de Neuchâtel et vice-présidente de l'association Santé sexuelle. «A condition, tempère-t-elle, d'assurer la sécurité médicale dans la distribution. On a vu les problèmes suscités par la pilule. Le conseil de spécialistes est indispensable.» Catherine Stangl est en revanche un peu plus partagée sur la gratuité de la pilule du lendemain: «C'est une bonne chose, mais il faut tenir un discours clair: la pilule d'urgence ne peut en aucun cas devenir un moyen de contraception. Pour la simple et bonne raison qu'elle est la moins efficace de toutes les solutions.»

La contraception des jeunes est en tout cas une question à prendre à bras-le-corps. On sait en effet qu'une première grossesse précoce accroît les risques d'IVG répétées par la suite.

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