Agressions sexuelles: «La plainte n'est pas la seule voie»

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Agressions sexuelles«La plainte n'est pas la seule voie»

L'affaire Weinstein a libéré la parole de millions de victimes. En France, les plaintes ont augmenté de 30%. Mais la guérison peut aussi prendre d'autres chemins.

par
Melina Schröter
Une victime de harcèlement sexuel doit trouver comment se reconstruire, même si ça ne passe pas par la justice.

Une victime de harcèlement sexuel doit trouver comment se reconstruire, même si ça ne passe pas par la justice.

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Le hashtag ne suffira pas, il faudra porter plainte, entend-on depuis les débuts de l'affaire Weinstein. En France, les plaintes pour violences sexuelles ont fait un bond de 30% en octobre par rapport à l'an dernier. Des procédures ouvertes pour des faits allant du viol au harcèlement sexuel.

En Suisse, pour l'heure on n'observe pas le même phénomène. Les polices cantonales romandes n'enregistrent aucune augmentation des cas depuis un mois, même si ces données sont à prendre avec précaution, les statistiques 2017 n'étant connues précisément qu'en 2018.

Alors, tout ça pour ça? Pas forcément. «Lorsqu'une affaire d'agression sexuelle est médiatisée, on observe une augmentation du nombre de consultations, explique Marco Tuberoso, responsable prévention à l'Espace de soutien et de prévention des abus sexuels (ESPAS), à Lausanne. Après l'affaire Weinstein, on pensait que ça serait le cas. Mais, pour l'instant, nous n'avons pas vu d'augmentation. Cependant, cela ne signifie pas que rien n'a changé. Il y a plusieurs voies de reconstruction pour les personnes ayant subi une agression sexuelle. La procédure juridique en est une. Mais ça n'est pas la seule. Dans certains cas, la compassion de la société, le fait de raconter ce qui est arrivé et d'entendre que ça n'était pas normal suffit à mettre ça derrière soi. Parfois les personnes victimes conditionnent leur guérison aux aveux de leur agresseur. Mais quelque part c'est être victime une seconde fois, lui donner le pouvoir.»

Trouver son propre chemin

Autrement dit, chaque personne victime d'agression sexuelle devra trouver son chemin propre vers la guérison. Avec quelques informations à garder à l'esprit:

Ne pas rester seul: La loi fédérale sur l'aide aux victimes d'infractions assure une aide psychologique, juridique et sociale. «Dans les centres LAVI, il n'est pas nécessaire d'avoir été juridiquement reconnu comme une victime pour bénéficier des aides. Une prise en charge psychologique peut ainsi être proposée sans que la personne doive en plus payer pour ce qu'elle a subi.»

La prescription: L'affaire Weinstein a fait remonter chez des victimes des affaires déjà anciennes, ce qui pourrait décourager un dépôt de plainte pour des actes anciens. Légalement, les actes commis sur des mineurs de moins de 12 ans depuis le 1er décembre 2008 sont imprescriptibles. Pour les enfants de 12 à 18 ans au moment des faits, la prescription est de quinze ans. «Mais une personne qui a subi des actes prescrits peut tout à fait être entendue comme témoin dans le cas d'une procédure judiciaire concernant d'autres victimes. Tout en sachant qu'elle ne pourra pas être elle-même considérée légalement comme victime.»

La preuve:Une absence de preuves matérielles n'exclut pas une démarche juridique. «À l'ESPAS, il ne nous appartient pas de mettre en cause les faits évoqués. C'est à la justice de déterminer la véracité d'une accusation. Mais une victime ne doit pas renoncer à porter plainte parce qu'elle pense ne pas avoir de preuves physiques de son agression. D'autres éléments seront analysés pour déterminer la vérité.»

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