19.10.2018 à 17:05

La PME du blanchiment qui passait par la Suisse est jugée

Genève

Le tribunal correctionnel de Paris a prononcé vendredi des peines allant jusqu'à huit ans de prison et de lourdes amendes dans une affaire tentaculaire de drogue et d'évasion fiscale.

Photo d'illustration.

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Keystone

Sauf procès en appel, c'est l'épilogue d'un dossier baptisé «Virus» par les policiers. Il a commencé comme une banale enquête sur un trafic de drogue, puis s'est transformé au fil des investigations en une affaire impliquant de simples exécutants, des têtes pensantes, des fraudeurs et des banquiers occultes.

La peine de prison la plus lourde, parmi la quarantaine de prévenus, a été infligée à Rachid Mimoun, accusé d'avoir joué les importateurs de drogue entre le Maghreb et la France. D'autres accusés ont écopé de plusieurs années de prison, à des amendes allant jusqu'à un million d'euros et à des confiscations de patrimoine - dont un appartement sur la très huppée avenue Montaigne, à Paris, pour l'un des accusés.

Parmi les condamnés figurent quatre frères d'une même famille originaire de Casablanca, Albert, Mardoché, Meyer et Nessim El Maleh, leur sœur Fréha et le mari de cette dernière. Les enquêteurs ont considéré qu'ils étaient au cœur de ce système de blanchiment par l'intermédiaire d'une société de gestion d'avoirs financiers installée à Genève.

La police française a levé ce lièvre début 2012 en enquêtant sur un trafic de stupéfiants en provenance du Maroc - des tonnes de résine de cannabis acheminées par la route via l'Espagne. C'est en suivant l'argent remis par les trafiquants destinataires de ces cargaisons à des collecteurs de fonds qu'ils ont mis au jour le fonctionnement très perfectionné d'un réseau dont profitaient des évadés fiscaux, parmi lesquels des entrepreneurs, un trader, un concessionnaire automobile, un assureur, un avocat d'affaires et une ancienne élue de Paris.

Apparente légalité

Une partie du produit en euros du trafic de drogue était achetée contre des dirhams par des hommes d'affaires marocains désireux d'échapper au contrôle des changes dans leur pays ou de minorer leurs importations en payant au noir des commerçants chinois, en particulier dans le secteur du textile. Une troisième catégorie de bénéficiaires était constituée par les clients d'une officine suisse dirigée par la famille El Maleh.

Selon l'accusation, les avoirs gérés par cette société de gestion totalisaient quelque 800 millions de dollars en 2008 (soit environ autant de francs) et la société comptait parmi ses cadres et conseillers des avocats et collaborateurs de grandes banques suisses. «Notre métier consistait à donner une apparence de légalité à des fonds dont nous connaissions l'origine illégale», a dit aux enquêteurs une employée.

Les clients de cette société désireux de sortir leur argent de Suisse pouvaient récupérer en France, par l'intermédiaire de Mardoché El Maleh, des liquidités en euros issues du trafic de cannabis, contre un virement de leur compte helvétique vers un compte étranger géré par un banquier occulte. La majorité des personnes mises en cause ont nié avoir eu connaissance de l'origine des fonds.

(ats)

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