16.08.2020 à 07:36

Mort de George FloydLa podcasteuse Anja Glover au coeur du débat sur le racisme

La jeune journaliste suisso-ghanéenne, emportée par une vague d’indignation suite au décès de George Floyd en mai dernier, a utilisé son podcast pour parler de la discrimination raciale. Sa démarche l’a propulsée sur le devant de la scène médiatique.

Le podcast d’Anja Glover est entré dans le top 10 suisse en juin dernier.

Keystone

L’Helvetico-ghanéenne Anja Glover s’est retrouvée au coeur du débat sur le racisme en Suisse alémanique. Il a suffi qu’elle évoque le sujet dans quelques-uns de ses podcasts diffusés pendant le confinement après la mort de George Floyd à Minneapolis fin mai.

Anja Glover a fêté son 27e anniversaire le 17 mars dernier au moment où la Suisse se verrouillait pour lutter contre la pandémie. Comme des milliers d’autres personnes, la vie professionnelle de la jeune femme indépendante a été chamboulée. Elle a perdu une bonne part des mandats de son agence de communication, les cours de yoga qu’elle anime ont été repoussés à des jours meilleurs et le festival du chocolat qu’elle a initié a été tout bonnement annulé.

La journaliste indépendante Anja Glover habite à Lausanne après avoir passé son enfance à Willisau, dans le canton de Lucerne.

La journaliste indépendante Anja Glover habite à Lausanne après avoir passé son enfance à Willisau, dans le canton de Lucerne.

KEYSTONE

L’inactivité n’étant pas une option, elle décide de lancer un podcast «Einfach LEBEN» (Simplement vivre/Vivre simplement). «J’avais besoin de parler de ma situation», explique la jeune femme, qui habite à Lausanne après avoir passé son enfance à Willisau, dans le canton de Lucerne. Dès le premier épisode, elle explore des pistes pour vivre plus simplement dans tous les sens du terme. Et les retours sont bons.

Mais la mort de l’Afro-américain George Floyd sous le genou d’un policier à Minneapolis le 25 mai dernier change la donne. Anja Glover est emportée comme le reste du monde par une vague d’indignation, qui réveille en elle la militante. Qui utilisera le podcast pour parler du racisme.

Aux premières loges

L’ancienne étudiante en sociologie écrit et parle depuis longtemps de cette question. Fille d’une Suissesse et d’un Ghanéen, elle est directement concernée. Dans un article paru dans la version alémanique du magazine «Friday», elle y décrit sa vie d’Afro-européenne en Suisse, avec les préjugés et les problèmes auxquels elle est régulièrement confrontée.

Ses interventions gagnent encore en notoriété quand deux podcasteuses alémaniques Kafi Freitag et Sara Satir lui permettent de s’exprimer sur leur plateforme «Kafi am Freitag». Le nombre d’abonnés de leur compte Instagram, qu’Anja Glover gère, prend l’ascenseur: «90% des réactions ont été très, très positives», relève la jeune femme.

Propulsée spécialiste de la question du racisme dans l’emballement général, elle est très sollicitée par la presse, qui se demande si la Suisse est aussi raciste que les États-Unis. La jeune femme répète à plusieurs reprises que le racisme n’est pas une question d’opinion, mais un problème structurel.

«Le racisme en Suisse n’est pas si différent de celui qui existe aux États-Unis. Il n’émane pas des attitudes personnelles des individus, mais de l’organisation de la société elle-même», insiste-t-elle.

Menacée

Quand elle a refusé de participer à un débat sur cette question avec le conseiller national UDC Roger Köppel sur la chaîne de la radio publique alémanique SRF, les réactions ont été féroces: la jeune femme a été menacée et a reçu de nombreux courriers haineux.

Personne n’a d’ailleurs voulu débattre avec le politicien zurichois. L’émission a tout simplement été annulée. Anja Glover a expliqué sur son compte Instagram qu’elle préférait «parler de ce que nous pouvons faire pour lutter contre le racisme» plutôt que d’affronter une autre personne dans un débat très polarisé.

Un peu plus tôt en juin, le débat sur le racisme dans l’émission phare de la TV alémanique «Arena» a dérapé. Le choix des invités comme celui des mots a été clairement remis en question et l’ombudsman a reçu plus de 200 plaintes. Une semaine plus tard, Arena tentait un mea culpa en reprogrammant un débat sur le même sujet en n’invitant que des personnes d’origine africaine cette fois.

Avec un peu de recul, Anja Glover estime que «le plus inquiétant fut l’intérêt des médias pour les commentaires haineux» qu’elle a reçus, «au risque de renforcer la polarisation du débat mais aussi de légitimer et banaliser le racisme comme une opinion.» «Cela n’est pas représentatif de la majorité des réactions du public», souligne-t-elle encore.

Parler librement

Loin des polémiques, Anja Glover voit le podcast comme une zone protégée et une plateforme idéale pour parler librement. «J’ai eu un impact que je n’ai jamais eu avec mes textes», relève-t-elle.

La simplicité technique d’un podcast joue aussi en sa faveur. «Vous n’avez pas besoin d’un studio pour produire un podcast – et vous pouvez être sur une plateforme rapidement. Donc, si les gens vous cherchent, ils vous trouvent.»

Elle a hésité à lancer son podcast en français. Selon elle, la discussion sur le racisme n’en est pas au même point en Suisse romande qu’en Suisse alémanique: «Il y a peut-être encore un peu plus de travail à faire en Suisse alémanique.»

(ATS/NXP)

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