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Relève«La police a besoin de colosses»

Le lieutenant-colonel Alain Bergonzoli va s'occuper de la formation des policiers genevois. Il nous dit ce que doit être le policier d'aujourd'hui. Rencontre à l'Académie de police de Savatan.

par
Valérie Duby

Pendant un ou deux ans, vous allez partager votre temps entre l'Académie et le centre de formation de la police genevoise. Ce n'est pas trop pour un seul homme?

J'ai une grande résistance au stress… Et puis cela me permettra d'avoir un œil sur les deux systèmes.

Quelle est votre mission à Genève?

Etablir un diagnostic de la formation des policiers genevois, faire des propositions dont certaines sont urgentes. Il faut arriver à comprendre pourquoi Genève n'arrive pas à trouver des candidats. Il s'agit aussi, dans le cadre de la réforme «Phénix», de mettre sur pied une formation commune pour les gendarmes, les inspecteurs et les agents de la police de sécurité internationale.

Les policiers, surtout ceux de la PJ, ne sont pas très chauds…

C'est une décision politique. A l'Académie de police, où nous formons déjà les Valaisans et les Vaudois ainsi que les policiers militaires, nous avons déjà mis en œuvre un concept qui évite toute division!

Comment expliquer qu'un jeune avec une matu ne réussisse pas son examen de français pour entrer à la police?

Si c'est vrai, c'est incompréhensible. Je ne suis pas encore arrivé à Genève mais l'idée est, peut-être, d'avoir des cours préparatoires de culture générale, de civisme et de français. Une préparation spécifique comme pour entrer à l'Ecole hôtelière, par exemple.

Reste que le métier de policier ne fait quand même plus rêver…

Il faut sortir de cette spirale négative qui a une influence sur l'engagement. En Suisse, contrairement à la France, nous ne sommes pas très cocardiers. Mais ne pourrait-on pas institutionnaliser la reconnaissance professionnelle et introduire une culture du mérite, en décernant des distinctions et des citations, par exemple, aux policiers qui ont arrêté les agresseurs de la septuagénaire de Chêne-Bourg quelques heures seulement après qu'elle a été attaquée à son domicile?

Pour vous, que doit être un policier?

On a besoin de gens bien dans leur tête, aptes à répondre aux situations les plus sensibles. Chacun son métier. Les pasteurs ou les curés ont le leur, les policiers aussi! On va me prêter l'image du casque et du bouclier, j'assume. Et puis je ne parle pas de Rambo mais de gens forts dans leur tête, à l'image des colosses!

A terme, les Genevois pourraient-ils être formés à Savatan?

Il y a, à l'évidence, des synergies à intensifier. Peu importe où la formation a lieu, du moment qu'il existe un tronc commun. Nous devons revenir aux fondements de notre métier, à ses valeurs: la protection des citoyens. Les gens ont de plus en plus peur. Nous sommes dans une Europe qui s'ouvre, nous devons accepter que les risques vont augmenter, et nous devons y répondre.

La question du jour:

Quel type de policiers souhaitez-vous?

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