03.03.2016 à 12:31

Attentats de ParisLa police a-t-elle négligé des infos capitales?

En 2014, un informateur a prévenu une policière belge que Salah et Brahim Abdeslam s'étaient «complètement radicalisés».

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Quatre ans après les attentats du 13 novembre 2015, les victimes se reconstruisent pas à pas, en attendant le procès. (Mercredi 13 novembre 2019)

Quatre ans après les attentats du 13 novembre 2015, les victimes se reconstruisent pas à pas, en attendant le procès. (Mercredi 13 novembre 2019)

Keystone
L'avocat d'Abdeslam demande à ce que le procès où doit comparaître le seul survivant du commando des attentats de Paris, prévu lundi prochain à Bruxelles, soit reporté. D'autre part, «le transfèrement de Salah Abdeslam et sa remise aux autorités judiciaires belges est annulée», a affirmé de son côté sur son site internet la chaîne publique RTBF. Le prévenu ne sera pas extrait de sa cellule en France pour l'audience en Belgique. (13 décembre 2017)

L'avocat d'Abdeslam demande à ce que le procès où doit comparaître le seul survivant du commando des attentats de Paris, prévu lundi prochain à Bruxelles, soit reporté. D'autre part, «le transfèrement de Salah Abdeslam et sa remise aux autorités judiciaires belges est annulée», a affirmé de son côté sur son site internet la chaîne publique RTBF. Le prévenu ne sera pas extrait de sa cellule en France pour l'audience en Belgique. (13 décembre 2017)

archive/photo d'illustration, AFP
Salah Abdeslam, seul survivant des commandos djihadistes des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, sera remis à la Belgique le temps de son procès pour une fusillade pendant sa cavale, mais des discussions continuent sur les conditions de ce transfert sous haute sécurité. (27 novembre 2017)

Salah Abdeslam, seul survivant des commandos djihadistes des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, sera remis à la Belgique le temps de son procès pour une fusillade pendant sa cavale, mais des discussions continuent sur les conditions de ce transfert sous haute sécurité. (27 novembre 2017)

AFP

La police belge a-t-elle négligé en juillet 2014 des informations capitales concernant les frères Abdeslam qui, si elles avaient été mieux exploitées, auraient permis d'éviter les attentats de Paris ? La question agite les médias belges, mais les autorités attendent le verdict d'une enquête de la «police des polices» pour trancher. «Si on devait constater qu'il y a eu des manquements de la part de la police, je serai votre partenaire pour rectifier cela», a lancé jeudi le ministre belge de l'Intérieur, Jan Jambon, interrogé en séance plénière du Parlement.

Le ministre a expliqué attendre les conclusions du «Comité P», l'instance indépendante de contrôle de la police. Celui-ci présentera lundi 7 mars un rapport intermédiaire sur les attentats du 13 novembre à un petit groupe de députés, qui se réuniront à huis clos.

«J'ai pu le consulter hier et, dans ce rapport, on ne dit rien» des révélations égrainées par différents quotidiens, a ajouté M. Jambon. «Je pars de l'idée que le Comité P va également étudier par la suite ces informations, donc attendons ses rapports», a-t-il plaidé.

Piste négligée?

Le «Comité P», la police des polices belge, enquête sur une information de juillet 2014 concernant une possible radicalisation des frères Salah et Brahim Abdeslam, deux des auteurs des attentats de Paris, qui aurait été négligée par la police antiterroriste, rapporte jeudi la presse belge.

Dans la nuit du 10 au 11 juillet 2014, seize mois avant les attaques qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés, une agente de la police judiciaire reçoit un appel d'un informateur «proche de la famille Abdeslam de Molenbeek», rapportent les quotidiens La Dernière Heure(«DH») et Het Laatste Nieuws.

Cet informateur explique que les frères Abdeslam sont «complètement radicalisés» et projettent de se rendre en Syrie, qu'ils sont «sous l'influence» du djihadiste de Molenbeek Abdelhamid Abaaoud (tué le 18 novembre 2015 lors de l'assaut policier de Saint-Denis) et qu'ils «ont des plans pour une attaque», selon la même source.

La policière, alors en «congé maladie», transmet le soir même l'information à ses collègues de la section antiterroriste de la police judiciaire (DR3), précisent les journaux.

Inquiétude de la policière

Selon le Laatste Nieuws, le Comité P a entendu mercredi la policière qui avait relayé les informations, dans le cadre d'une enquête visant à déterminer comment celles-ci avaient ensuite été exploitées.

Au lendemain des attentats du 13 novembre, lorsqu'il apparaît que Brahim Abdeslam s'est fait exploser boulevard Voltaire à Paris et que son frère Salah a réussi à prendre la fuite vers Bruxelles après avoir convoyé plusieurs djihadistes dans la capitale française, la même policière enverra un e-mail à ses supérieurs pour s'enquérir de la suite qui avait été donnée à ses informations de juillet 2014, selon la DH et Het Laatste Nieuws.

Interrogé mardi sur des informations de presse allant dans le même sens, le parquet fédéral, chargé du volet belge de l'enquête sur les attentats, avait minimisé l'importance des informations, qualifiant «d'inexactes» les conclusions suggérant qu'«on aurait pu éviter les attentats de Paris».

«Informations de source douteuse»

L'information ne faisait aucune référence à un quelconque attentat ou projet d'attentat et ne mentionnait pas le nom «Abdeslam». Seule une vague mention non concrète faisait état de deux frères, dont l'un était probablement en train de se radicaliser», avait indiqué le parquet.

Le parquet soulignait que la «première mention d'un départ possible des frères Abdeslam date de janvier 2015» et qu'elle avait fait l'objet de vérifications à l'issue desquelles «aucune infraction liée au terrorisme n'avait pu être mise en évidence». «La réaction à cette information a été adéquate», a réaffirmé jeudi le parquet.

Le directeur général de la police judiciaire, Claude Fontaine, est monté au créneau pour défendre ses troupes «contre certains éléments mensongers qui se basent sur des «informations» de source douteuse» publiée par la presse.

Soulignant «l'engagement particulièrement soutenu» des enquêteurs pour éviter des attentats, le patron de la PJ a expliqué dans un rare communiqué de presse que le secret professionnel l'empêchait de «révéler des détails sur l'enquête pour réfuter de telles contrevérités». «Nous appliquerons les améliorations éventuellement proposées (par le Comité P) en toute loyauté», a-t-il toutefois promis.

(AFP)

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