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Poursuite«La police a tabassé mon fils»

Le chauffard de 17 ans qui roulait à plus de 180 km/h en ville de Genève a déposé une plainte contre la police.

par
Valérie Duby
Michel Perret

Le chauffard de 17 ans qui a circulé à 180 km/h dans les rues de Genève à fin 2011, au volant d’une voiture volée, a quitté l’hôpital il y a une semaine, après un séjour de plus de trois semaines. Il a été transféré au foyer de Prêles (BE) avant de s’en évader et de se rendre, deux jours plus tard. Il est actuellement en détention à la prison de la Croisée (VD).

C’est en lisant dans «Le Matin» le récit de la folle course-poursuite que sa famille a compris qu’il s’agissait de Kamel*. «Nous n’avions pas de nouvelles, il s’était déjà échappé de Prêles avant Noël», explique sa sœur, Sarah, 24 ans. La jeune femme et son papa, Kaddour, ne se font pas d’illusions. Ils savent que Kamel n’est pas un saint: il a déjà volé deux voitures. «Il fait des conneries, oui. Il les assume et il doit payer pour ça. Mais ce qui s’est passé à Genève, ce n’est pas normal: il a été tabassé par la police», ajoute le père.

Besoin d’explications

La famille de Kamel veut savoir. Elle veut comprendre pourquoi le jeune homme a fait trois semaines d’hôpital, pourquoi la police n’a pas alerté l’ambulance plus tôt alors qu’il venait de faire un malaise dans les locaux de la brigade de sécurité routière après une arrestation musclée. La semaine dernière, Sarah et Kaddour se sont rendus au Grand-Saconnex. Ils ont vu le lieu où Kamel avait abandonné le véhicule sur l’autoroute avant de prendre la fuite en courant à travers champs pour se planquer dans une cabane de jardin, située à environ 500?mètres de l’embardée. C’est là que le chien policier l’a repéré.

La suite? Le rapport de police indique que le fuyard a donné deux coups de pied au chien et que son maître l’a lâché. Il indique encore «qu’étant donné la dangerosité de la situation (l’obscurité et un individu prêt à tout)» un gendarme a dû faire usage de son bâton tactique à sept reprises, sans qu’il ne soit précisé où les coups ont été donnés.

Le rapport médical, lui, relate la version de Kamel qui explique «s’être rendu en se mettant à genoux». Il fait état de blessures et d’hématomes, notamment à l’avant-bras, à la cuisse droite et gauche, au visage et au crâne. «Il a vu la mort de près», assure Sarah, précisant que son frère avait le nez cassé, la lèvre fendue et un trou «gros comme une main à la cuisse». «Un policier lui a quand même tiré dessus», poursuit Kaddour. Effectivement, pour tenter de stopper la voiture, un policier avait fait feu sur l’avenue Louis-Casaï. Mais Kamel avait poursuivi sa route.

Pendant son séjour à l’hôpital, le jeune homme a dénoncé ces faits au Tribunal de la jeunesse, lequel a transmis la procédure au Ministère public genevois. Une plainte pour coups et blessures a été déposée. «La seule chose que je puisse dire à ce stade, indique l’avocat de Kamel, c’est que mon client n’est pas connu pour des actes de violence.»

Du côté de la police genevoise, on ne commente pas une affaire en cours. Jean-Philippe Brandt, porte-parole, fait quand même remarquer que le chien policier n’est engagé que «lorsqu’il y a des soucis. Si cette personne estime avoir fait l’objet de violences, elle a le droit de déposer une plainte.»

L’instruction de cette affaire se poursuit devant la justice. Kamel reste prévenu de violations graves de la loi sur la circulation routière, de mise en danger de la vie d’autrui et d’opposition aux actes de l’autorité.

RAPPEL DES FAITS

25 décembre 2011 Kamel vole une voiture à Eysins (VD).

26 décembre Le véhicule est repéré à Genève à 5 h 20. La police poursuit le chauffard qui roule à contresens, avec des pointes à plus de 180 km/h.

26 janvier 2012 Il sort de l’hôpital et est incarcéré au foyer de Prêles (BE) dont il s’échappe. Il est maintenant détenu à la prison de la Croisée (VD).

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