Actualisé 03.07.2020 à 16:33

La police de San Francisco ne publie plus la photo des interpellés

Racisme

La pratique de diffuser le portrait de toute personne arrêtée contribuait à perpétuer les stéréotypes raciaux, selon le chef de la police, qui y met fin.

Sur sa page Facebook, la police de San Francisco diffusait le portrait de toute personne qu'elle arrêtait, même si elle s'avérait innocente par la suite.

Sur sa page Facebook, la police de San Francisco diffusait le portrait de toute personne qu'elle arrêtait, même si elle s'avérait innocente par la suite.

Police de San Francisco/Facebook

La pratique de la plupart des polices américaines de diffuser la photo et le nom de toute personne arrêtée a de quoi surprendre en Suisse. Dans notre pays, on masque le visage et on se limite à l'initiale du nom de famille. Aux États-Unis, on ne se limite pas à publier les portraits des personnes jugées coupables, on diffuse la tête de tous ceux qui sont arrêtés par la police. La présomption d'innocence en prend un méchant coup.

Toutes les polices américaines ne le font pas, car chacune est libre d'agir à sa guise. New York et Los Angeles ne diffusent pas ces portraits, sauf exception. Une autre grande ville vient de les rejoindre, San Francisco, annonce le «Daily Mail». Le chef de la police, William Scott, a publié mercredi 1er juillet un communiqué pour dire qu'il mettait fin immédiatement à cette pratique. «La publication généralisée de photos de police dans les actualités et sur les médias sociaux crée une corrélation illusoire pour les téléspectateurs qui favorise la partialité raciale et surestime considérablement la propension des hommes noirs et bruns à se livrer à des comportements criminels», écrit-il.

Noirs plus facilement arrêtés

Il n'a pas manqué d'ajouter que c'était également mieux pour «le principe fondamental de justice procédurale selon lequel les personnes qui sont soupçonnées d'un crime sont néanmoins présumées innocentes». William Scott, qui est lui-même noir, a déclaré être victime des stéréotypes lorsqu'il n'est pas en uniforme. «Quand vous entrez dans un magasin, la sécurité vous regarde avec suspicion, j'ai vécu cela.»

Selon Jack Glaser, professeur de politique publique à l'Université de Californie à Berkeley, avec qui le chef de la police a travaillé pour moderniser son service, les Noirs sont plus facilement arrêtés par la police, souvent juste sur des soupçons et à tort. Ils sont plus susceptibles de voir le procureur ne pas les poursuivre, les charges étant insuffisantes. Pourtant leur photo a été publiée dans les médias et sur la page Facebook de la police alors qu'ils sont innocents.

Rançonnés par des sites

Ce phénomène de diffusion de photos prend même une autre ampleur puisque certains sites se sont spécialisés dans leur publication et , si une personne s'avère innocente, ne retirent son portrait que contre de l'argent. À tel point que le procureur général de Californie a poursuivi l'un de ses sites pour extorsion, blanchiment d'argent et vol d'identité.

La police de San Francisco continuera toutefois de publier des photos, mais uniquement en cas de besoin, si l'individu présente une menace pour la population ou pour lancer un avis de recherche.

Michel Pralong

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