CoVid-19: La population loin d'être immunisée, selon une étude genevoise
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CoVid-19La population loin d'être immunisée, selon une étude genevoise

Il y aurait 10 fois plus de personnes contaminées que recensé et une sur dix seulement a des anticorps. Les enfant seraient tout autant infectés.

par
lematin.ch
Si les proportions correspondent, il pourrait y a avoir près de 50 000 habitants du canton de Genève qui ont été contaminés.

Si les proportions correspondent, il pourrait y a avoir près de 50 000 habitants du canton de Genève qui ont été contaminés.

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Les Hôpitaux universitaires genevois (HUG) mènent depuis le 6 avril une étude sur la propagation de l'épidémie au sein de la population genevoise. Chaque semaine, ils testent un groupe de 1335 personnes pour détecter leur séroprévalence, à savoir si elles ont développé des anticorps au coronavirus. Si oui, cela veut forcément dire qu'elles ont été contaminées, même si elles n'ont pas toujours eu de symptômes.

Les résultat des deux premières semaines avaient déjà été communiqués: ils révélaient une séroprévalence globale de 3,1% au bout de la première semaine et de 6,1% à la deuxième. Les chiffres au bout de trois semaines viennent de faire l'objet d'une prépublication dans Medrxiv. La séroprévalence est passée à 9,7%, soit près d'un dixième des participants à l'étude.

Il y aurait 48 500 cas à Genève

En l'extrapolant à la population genevoise, soit 9,7% des 500 000 habitants du canton, cela représenterait donc 48 500 personnes qui ont développé des anticorps alors que, au 24 avril, les chiffres officiels faisaient état de 4741 cas confirmés dans le canton. Il y aurait donc 10 fois plus de personnes contaminées que recensées. Mais c'est une estimation qui semble correspondre à d'autres calculs faits en Europe, comme l'indique ce mathématicien et épidémiologiste.

«Ces chiffres correspondent à nos propres estimations et à d'autres faites en Europe», a twitté Adam Kucharski.

Mais l'étude genevoise apporte d'autres informations importantes. Ainsi, trois semaines après le pic des cas confirmés, seule une personne sur 10 a développé des anticorps, «même dans l'un des les zones européennes les plus touchées». Or, en supposant même, ce qui n'est pas encore garanti, que les anticorps puissent nous amener à être immunisés contre la maladie, ces chiffres montrent que «l'épidémie est loin de s'éteindre simplement en raison de l'immunité collective». Il ne faut donc pas croire que si les cas sont en nette diminution en Suisse, c'est parce qu'une bonne partie de la population est immunisée, loin de là. Rappelons toutefois que les anticorps mettent de 1 à 3 semaines pour se développer et que les HUG «s'attendent à voir des augmentations significatives de la séroprévalence au cours des prochaines semaines».

Inquiétude pour les enfants

Les chiffres montrent également que le taux de séroprévalence est sensiblement le même chez les 5-19 ans que chez les 20-49 ans. Ce qui veut dire que, même s'ils présentent beaucoup moins de symptômes que les adultes, les enfants sont tout aussi infectés. Si ce n'est peut-être pas si grave s'agissant du coronavirus lui-même, l'étude s'en inquiète vu les cas de syndromes inflammatoires (type Kawasaki) qui sont apparus chez les enfants récemment et qui pourraient être liés au CoViD-19. Une donnée à envisager s'agissant «du débat mondial sur les opportunités et les modalité de réouverture des écoles», écrivent les auteurs.

Les plus de 50 ans présentent un taux de séroprévalence significativement plus faible. Cela pourrait vouloir dire deux choses: soit les mesures de confinement, fortement recommandées aux personnes plus âgées, ont empêché qu'elles soit autant contaminées. Soit celles-ci développent moins facilement des anticorps, «ce qui nécessite une enquête plus approfondie».

À prendre en compte pour le déconfinement

Les tests se poursuivront jusqu'à fin mai et l'analyse de ces chiffres pourra ainsi être affinée, ainsi que l'évolution de la pandémie. Mais, si les auteurs reconnaissent toutes les limites de cette étude, qui ne fait l'objet donc que d'une prépublication et n'a pas été validées par des pairs, ils estiment toutefois «qu'une présentation préliminaire de ces résultats sera nécessaire pour informer en temps opportun les décideurs politiques mondiaux sur la manière d'adapter la planification des prochaines phases.»

Et, «alors que les hospitalisations ont diminué à Genève et dans d'autres lieux similaires dans le monde», ces résultats montrent que la situation immunologique n'a, elle, pas beaucoup changé, la grande majorité des personnes n'ayant aucun signe d'infection passée. Des données qui devraient sérieusement être prises en compte «alors que la Suisse et le monde cherchent à assouplir les restrictions visant à freiner la transmission».

Michel Pralong

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