Actualisé 09.12.2016 à 04:48

Corée du SudLa présidente affronte une motion de destitution

La présidente Park Geun-hye est accusée d'avoir favorisé les desseins d'une amie de longue date.

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L'ex-présidente sud-coréenne Park Geun-hye a été condamnée vendredi en appel à 25 ans de prison pour corruption. (Vendredi 24 août 2018)

L'ex-présidente sud-coréenne Park Geun-hye a été condamnée vendredi en appel à 25 ans de prison pour corruption. (Vendredi 24 août 2018)

AFP
Park Geun-hye a déposé devant la justice de son pays un document par lequel elle renonce à faire appel de sa condamnation. L'ancienne présidente a pris 24 ans de prison pour corruption. (16 avril 2018)

Park Geun-hye a déposé devant la justice de son pays un document par lequel elle renonce à faire appel de sa condamnation. L'ancienne présidente a pris 24 ans de prison pour corruption. (16 avril 2018)

Keystone
Park Geun-hye a été condamnée à 24 ans de prison. Elle a été reconnue coupable de corruption, abus de pouvoir et de coercition. (Vendredi 6 avril 2018)

Park Geun-hye a été condamnée à 24 ans de prison. Elle a été reconnue coupable de corruption, abus de pouvoir et de coercition. (Vendredi 6 avril 2018)

Keystone

La présidente sud-coréenne Park Geun-Hye, jadis appelée «Reine des élections», était menacée vendredi d'être emportée par un retentissant scandale de corruption devant le Parlement qui s'apprêtait à se prononcer sur une motion de destitution.

Empêtrée depuis de longues semaines dans cette affaire qui fascine le pays, Park Geun-Hye doit affronter la perspective d'être le premier chef de l'Etat sud-coréen démocratiquement élu à être mis dehors.

Si la motion est votée par les députés, elle devra encore être validée par la Cour constitutionnelle, ce qui pourrait prendre jusqu'à six mois. Mais Park Geun-Hye serait immédiatement suspendue de ses fonctions qui seraient confiées au Premier ministre. Elle n'aurait plus de présidentiel que le titre.

Quelle que soit l'issue du vote, il s'agit d'une étonnante disgrâce. Park Geun-Hye est entrée à la Maison bleue, la présidence sud-coréenne, en affirmant ne rien devoir à personne et être «mariée à la nation».

Violations de la Constitution

La motion de l'opposition l'accuse de violations de la Constitution et de délits pénaux, échec à protéger le peuple,corruption, abus de pouvoir... Elle doit être adoptée par les deux tiers des 300 membres de l'Assemblée nationale.

La semaine dernière, le texte avait obtenu le soutien des 171 députés indépendants et de l'opposition. Il lui manquait donc celui de 29 membres du parti conservateur de Mme Park, le Saenuri. Les députés Saenuri anti-Park ont soufflé le chaud et le froid sur leurs intentions mais semblent désormais décidés à voter le texte. Tous les députés de l'opposition ont menacé de démissionner en cas de rejet du texte.

«Cette destitution est le chemin du salut pour ce pays et pour le peuple», a déclaré Chu Mi-Ae, président du Parti démocratique, principale formation de l'opposition.

La marche tumultueuse vers ce vote s'explique en bonne partie par les millions de personnes qui sont descendues dans la rue pour exiger le départ de la présidente.

Spéculations sur le vote

L'anonymat du vote alimente les spéculations sur le fait que certains puissent voter «non» en ayant affiché leur soutien au «oui» pour complaire à l'opinion publique. «Il est difficile de prédire l'issue», a déclaré à la radio MBC le député du Saenuri Hong Moon-Jong. «Le texte pourrait recueillir un petit peu moins que 200 voix ou passer de justesse».

Le scandale est centré sur Choi Soo-Sil, amie proche de la présidente. Arrêtée début novembre, cette confidente attend son procès pour extorsion et abus de pouvoir.

La «Raspoutine» sud-coréenne est accusée d'avoir utilisé ses relations d'amitié avec la présidente pour forcer les groupes industriels à verser environ 70 millions de dollars à des fondations douteuses, et de s'être servie de ces dernières comme tirelire personnelle. Elle est aussi soupçonnée de s'être mêlée des affaires de l'Etat.

La présidente est suspectée de complicité et pour la première fois, un chef de l'Etat en exercice a été qualifié de «suspect» par le parquet.

Soupçons de corruption depuis longtemps

Les soupçons de corruption collent comme un sparadrap depuis des décennies à la classe politique sud-coréenne, et la Maison bleue n'est jamais apparue comme un sanctuaire de probité. Depuis les premières élections libres en 1987, tous les présidents ont eu à répondre, après leur mandat, d'accusations de corruption touchant souvent le comportement de leurs proches.

Au pouvoir de 2003 à 2008, Roh Moo-Hyun s'est même suicidé en 2009 alors que le parquet enquêtait sur des versements suspects à son épouse et sa nièce.

Dans une société où la classe politique entretient traditionnellement des rapports malsains avec le gratin économique, ces familiers avaient coutume de se servir de leurs liens avec le chef de l'Etat pour obtenir des faveurs.

Choc des révélations

Fille du dictateur Park Chung-Hee, au pouvoir de 1961 à 1979, Mme Park ne devait pas, sur le papier, être rattrapée par ces travers. Ses deux parents furent assassinés, en 1974 et 1979, elle n'avait ni mari ni enfant, n'entretenait plus de relations avec son frère et sa soeur et se croyait invulnérable au népotisme.

«Je n'ai pas de famille à surveiller, pas d'enfant qui hériteront de mes biens», avait-elle dit lors de sa campagne en 2012. «Je veux me consacrer à la Nation et au peuple».

Cette image a séduit l'électorat conservateur, qui percevait Mme Park comme la survivante vertueuse d'une histoire personnelle tragique. Le choc suscité par les révélations sur l'étendue de l'emprise de Mme Choi n'en a été que plus grand.

(ats)

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