17.11.2017 à 06:52

TabagismeLa prévention commence à 12 ans

Les campagnes anticlopes ciblent de plus en plus un public très jeune, notamment avec des concours. Le nombre d’ados qui fument diminue légèrement.

von
Pascale Bieri
Quarante mille jeunes de 12 à 16 ans vont relever le défi «Expérience non-fumeur».

Quarante mille jeunes de 12 à 16 ans vont relever le défi «Expérience non-fumeur».

AFP

«T’aurais pas un bonbon?» On s’attend d’avantage à cette question, dans la bouche d’un enfant de 12 ans que… «T’as pas une clope?!» Pourtant, c’est à des élèves dès cet âge-là que s’adresse le concours «Expérience non-fumeur», lancé par l’Association suisse pour la prévention du tabagisme (AT). Ceux qui y participent s’engagent à ne pas toucher à une seule cigarette durant les six mois qui viennent.

Au total, plus de 40 00 jeunes de 12 à 16 ans vont relever le défi, dans toute la Suisse. Tous fumeurs? «Non, répond Thomas Beutler, conseiller scientifique pour l’association. Deux cent trente classes se sont inscrites pour participer à ce concours; il y a des élèves fumeurs dans environ 10% d’entre elles. Par conséquent, pour les uns, le défi consiste à ne pas commencer de fumer, pour les autres à y renoncer au moins jusqu’au 8 mai 2018.»

Mais, à 12 ans, est-on vraiment concerné par cette problématique? Les spécialistes n’en doutent pas. «Les enfants sont confrontés très tôt au tabac, que soit par leur entourage, parents ou camarades plus âgés qui fument déjà, ainsi que par la pub. Il est donc important de les informer sur ce produit pour qu’ils ne commencent pas à fumer. Ou, tout au moins, le plus tard possible», souligne Corine Kibora, porte-parole d’Addiction Suisse.

D’après les chiffres, les jeunes sont 0,5% à tirer sur une clope au moins une fois par semaine à l’âge de 11 ans et 2,3% à 13 ans. Le pourcentage passe ensuite à 10% pour les 15 ans. «La prévention précoce est importante, car l’on sait que la majorité des gens commencent à fumer entre 15 et 20 ans. À partir de 20-22 ans, presque plus personne ne s’y met», ajoute Thomas Beutler.

Souffle et porte-monnaie

Les messages qui touchent le jeune public n’ont rien à voir avec ceux qui parlent aux adultes. «À cet âge-là, on est immortel! Il est peu efficace de mettre en avant les risques de cancer ou d’horribles photos de maladie. Il est préférable de leur parler du souffle qui diminue, du porte-monnaie, de la pression du groupe à laquelle ils ne sont pas obligés de se soumettre, pour contrecarrer les messages de l’industrie du tabac que sont la liberté, la séduction, la jeunesse, la bonne santé», assure Corine Kibora.

Mais quel peut-être l’impact d’un concours tel qu’«Expérience non-fumeur», dont le gain final est «une haleine fraîche» et, éventuellement, un bon voyage CFF, qui sera offert, suite à un tirage sort, à cent des classes qui auront relevé leur défi non-fumeur jusqu’au bout? «L’effet de la prévention est très difficile à quantifier, assure Thomas Beutler. Les moyens financiers dont on dispose ne représentent qu’une goutte d’eau face à ceux de l’industrie du tabac, qui ne communique pas uniquement par des affiches, mais aussi du sponsoring, des concours, des fêtes organisées… Je pense que nous sommes arrivés à la limite de ce que nous pouvons faire sur le plan comportemental, pour réduire le nombre de jeunes fumeurs. Il manque des mesures au niveau de la loi.» Toutefois, au final, la consommation du tabac à légèrement baissé dans la catégorie des moins de 16 ans ces dernières années. Corine Kibora explique cela par différents facteurs, dont la mise en avant des mensonges de l’industrie du tabac, l’interdiction de fumer dans les lieux publics qui a contribué à débanaliser le tabac. Ainsi qu’une meilleure éducation de la part des parents.

Karin Erb, responsable de projet à l’Association suisse pour la prévention du tabagisme, abonde dans ce sens: «Il est prouvé que les enfants et les jeunes dont les parents sont fortement opposés à la cigarette se mettent plus rarement à fumer. Interdire ne sert à rien. Cela risque plutôt de produire l’effet contraire. En revanche, les parents peuvent fixer des cadres comme interdire de fumer à l’intérieur, et parler des conséquences négatives du tabagisme.»

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