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CafouillageLa prison lui pose un lapin

Un Neuchâtelois s'était préparé à passer un mois en prison pour payer une amende. Le matin du jour J, son canton l'informe que l'établissement ne veut pas de lui.

par
Benjamin Pillard
Sandro Campardo

«Ce qui m'arrive est très burlesque.» Hervé B., 48 ans, n'en revient pas de la «légèreté» avec laquelle la justice neuchâteloise aurait traité son placement en détention. Condamné à 30 jours- amendes pour une affaire de diffamation à la suite d'un «divorce difficile», cet habitant de Colombier (NE) est contraint de purger sa peine en prison, faute de liquidité. «Je n'arrive pas à payer cette amende, je n'ai d'autre choix que d'aller en prison», explique cet ancien employé de banque et courtier en immobilier.

Seulement voilà: alors qu'il s'apprêtait à se faire conduire aux Etablissements de Bellechasse, au nord du lac de Morat (FR), Hervé B. reçoit un appel de l'Office neuchâtelois d'application des peines et mesures (OAPM). «La prison ne vous veut pas, c'est complet», se souvient le quadragénaire. «J'étais dans un café de Colombier, avec des amis, pour un verre de l'amitié. Tout était prévu; j'étais prêt dans ma tête, après m'être séparé de mon chien et dit au revoir à mes amis. Ce n'est pas une simple formalité!»

Les prisons débordent

Une annulation de dernière minute qui contraste avec la tonalité de la convocation de l'OAPM reçue une semaine plus tôt par courrier recommandé: «A défaut de vous présenter avant 10 h, nous nous verrons contraints d'émettre un mandat d'arrêt à votre encontre en vue de l'exécution de votre peine.» «Les choses ne se passent pas toujours comme on le souhaite, commente le chef de l'OAPM, Christian Clerici. Nous vivons une période difficile: les établissements pénitentiaires débordent. Cette surpopulation carcérale rend le placement des détenus extrêmement inconfortable. Si nous essayons de limiter au maximum ces cas, nous ne sommes malheureusement pas à l'abri d'un couac.»

Du côté de Bellechasse, on assure avoir été mis au courant «très tardivement» de la date d'entrée souhaitée par la justice neuchâteloise. «Nous ne sommes pas une prison préventive, mais un établissement d'exécution de peines, le processus d'admission est beaucoup plus lourd», explique Gérald Jung, membre de la direction du pénitencier fribourgeois. Avant d'admettre que l'origine du couac réside principalement dans les effectifs réduits de l'établissement pendant les Fêtes. «Nous essayons de limiter les entrées pendant cette période, l'effectif du personnel étant réduit; à cet égard, le cas de monsieur B., au vu en particulier de la très courte durée de détention prévue, n'a pas été jugé comme prioritaire.»

Nouvel-An gagné

L'OAPM a fini par trouver une solution avec l'établissement vaudois du Simplon. Un report d'une semaine qui a permis au Neuchâtelois de fêter Nouvel-An sans la crainte d'un mandat d'arrêt.

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