Football: «La prochaine étape c’est quoi? On joue en grenat?»
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Football«La prochaine étape c’est quoi? On joue en grenat?»

Président du Blue-White Fanatic Kop, Keyvan Moghaddam regrette la décision d’Ineos d’avoir modifié le logo du Lausanne-Sport. Interview.

par
Tim Guillemin
Les fans du Lausanne-Sport, ici le Blue-White Fanatic Kop, sont très fâchés.

Les fans du Lausanne-Sport, ici le Blue-White Fanatic Kop, sont très fâchés.

Keystone

Principal groupe de supporters du LS, le BWFK a édité mercredi un communiqué condamnant le changement d’emblème du club vaudois. Son président Keyvan Moghaddam a accepté de répondre à nos questions.

Pourquoi avoir édité ce communiqué?

Déjà, j’aimerais commencer par dire qu’il faut prendre les choses dans leur contexte et bien réfléchir. La volonté du nouveau propriétaire de marquer sa présence est compréhensible. Ineos veut donner un coup de boost au club et tout le monde trouve cela très bien. Mais là, avec ce logo, on ne parle pas d’une simple redynamisation. Une limite a été franchie.

Laquelle?

Vous savez, les supporters n’ont plus que trois symboles auxquels se rattacher : le blason, les couleurs, le nom du stade. Avant, on pouvait parler d’identité locale, de joueurs formés au club. Mais aujourd’hui, dans le monde du foot-business, il n’y a plus guère qu’un club comme Bilbao qui puisse proposer ces valeurs-là à ses supporters. Les autres, non. On s’y est habitués. Mais là, Ineos vient de s’attaquer au blason et aux couleurs. Ce pas-là, il a du mal à passer chez nous.

Avez-vous prévu des actions concrètes ?

Pour l’instant, non. Comme je vous l’ai dit, on ne veut pas sur-réagir émotionnellement. On va prendre le temps de la réflexion.

Le logo du club a pourtant évolué au fil des années…

Oui, bien sûr. Le club est même passé par une faillite et a dû changer de nom. Mais il a toujours conservé ce côté populaire, proche des gens. Là, on vient de basculer dans le monde du foot-business avec une entreprise qui vient mettre son identité visuelle dans le logo d’un club. Personnellement, je trouve que la transition est un peu rapide. De nouveau, je comprends les motivations d’Ineos, mais ce changement n’est pas approprié. On passe un peu du tout au tout.

C’est le prix à payer pour être compétitif, peut-être?

Mon avis est que ce n’est pas approprié. On ne veut pas faire de sensationnel et d’émotif, on n’est pas dans «Top Models». Nous disons simplement qu’il s’agit d’une atteinte à l’histoire du club, à la tradition. Vous connaissez beaucoup d’autres clubs où l’identité visuelle a été adaptée au nouveau propriétaire ?

Il y en a…

Oui, mais ils sont une minorité. Tant mieux. Le tollé a été énorme chez nous, car nous ne sommes pas habitués à ce football-business. Nous ne sommes pas naïfs, nous avons bien compris qu’Ineos était là pour faire une plus value, pas parce qu’ils sont supporters du Lausanne-Sport. Ils veulent faire du business. Ok, pas de souci. Mais je pose une question : c’est quoi la prochaine étape ? On joue en grenat ? On a un peu l’impression qu’Ineos arrive avec ses gros souliers.

Vous êtes choqué?

Non, ce n’est pas le bon mot. Plus rien ne m’étonne dans le foot-business. Mais on doit faire entendre notre voix. Regardez ce qui s’est passé à Leeds. Ils ont fait machine arrière le soir-même.

Vous y croyez à Lausanne?

Sincèrement, non. Ineos a réfléchi à son concept, il y a des investisseurs derrière. S’ils ont créé ce logo, c’est qu’ils ont sans doute de bonnes raisons de le faire. L’avis des supporters, je ne pense pas qu’il soit important dans le monde du sport business.

S’agit-il du premier faux-pas d’Ineos après une campagne de transfert réussie?

Oui, on peut le dire comme ça. De nouveau, il faut prendre du recul et élargir le débat. Les signaux envoyés par Ineos jusque là étaient positifs. Celui-ci est négatif. Il ne faut pas tout remettre en cause, mais souligner avec force que ce nouvel emblème va à l’encontre de ce que le club représente.

La pétition a déjà récolté plus de 2000 signatures…

Et on s’en réjouit. On a beaucoup de soutien de Suisse alémanique et de l’étranger. Donc est-ce que c’est vraiment une mauvaise chose, tout ce buzz autour de notre club ? On peut se poser la question. Quand je vois le nombre de personnes qui viennent au match, je me dis que finalement cette polémique peut générer un début de quelque chose.

On vous sent énervé mais pas fou de rage, on se trompe?

Disons que je tire un constat désabusé de ce qu’est devenu le football aujourd’hui. On le sait, on ne peut pas jouer les premiers rôles et refuser le football business. Mais à ce que je sache, Novartis n’a jamais placé son logo sur celui du FC Bâle…

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