La protection du loup s’affaiblit nettement au National

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Loi sur la chasseLa protection du loup s’affaiblit nettement au National

Le prédateur occupe une fois de plus le Parlement en cette session de décembre. Après les États, le National accepte des mesures visant à faciliter sa régulation. La menace d’un référendum plane.

Eric Felley
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Eric Felley
Simonetta Sommaruga a livré une de ses dernières batailles devant le Conseil national avec cette réforme de la loi sur la chasse.

Simonetta Sommaruga a livré une de ses dernières batailles devant le Conseil national avec cette réforme de la loi sur la chasse.

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Après le Conseil des États, le Conseil national a accepté ce jeudi des mesures visant à réguler davantage et plus facilement les loups en Suisse. Après le refus de la nouvelle loi sur la chasse par le peuple en septembre 2020 par 51,9% des voix, les parlementaires ont remis en route un projet législatif spécifique à la question du loup afin de protéger l’agriculture de montagne. Toutes les tentatives du PS, des Vert.e.s et des Vert’libéraux pour conserver la protection du loup ont été combattues par le bloc bourgeois majoritaire qui veut aller de l’avant avec ce projet. Au vote final, le projet est passé par 106 voix contre 74 et 12 abstentions.

Comme des bouquetins

Cette révision partielle de la loi sur la chasse veut calquer la régulation des loups sur celle des bouquetins. Les loups pourraient être ainsi tirés du 1er septembre au 1er janvier. Le Conseil des États a aussi étendu cette période de régulation des loups appartenant à une meute du 1er juin au 31 août en cas d’attaque d’animaux de rente. Cela dit, dans tous les cas, les cantons doivent avoir «l’assentiment préalable» de l’Office fédéral de l’environnement pour agir.

Convention de Berne

La population de ce grand prédateur en Suisse ne cesse de croître avec quelque 200 spécimens et 17 meutes à l’heure actuelle. Face à la multiplication des attaques d’animaux de rente et la présence du loup proche d’habitations, la pression des milieux alpins est de plus en plus forte à Berne pour assouplir les conditions de tir. Les milieux écologistes sont prêts à faire des concessions, mais pas à n’importe quel prix. Le 29 novembre dernier, la Convention de Berne a refusé une demande de la Suisse d’abaisser le statut de protection du loup. Les associations BirdLife Suisse, le Groupe Loup Suisse, Pro Natura et le WWF appellent les parlementaires à respecter cette décision, comme l’a souligné la présidente de Pro Natura, Ursula Schneider Schüttel (S/FR).

De plus en plus de conflits

Au nom de la commission, Pierre-André Page (UDC/FR) a précisé le caractère innovateur de cette révision: «Les loups ne devraient plus être régulés pour les dégâts du passé, mais ceux qu’ils pourraient faire à l’avenir.» Pour Nicolo Paganini (C/SG): «Si l’on ne trouve pas de solutions, le problème ne disparaîtra pas de lui-même». Il évoque une population qui pourrait croître jusqu’à 500 ou 700 loups, ce qui va causer inévitablement un accroissement «des conflits entre les grands prédateurs et les humains». Pour Michael Graber (UDC/VS): «Le fait que les loups s’habituent de plus en plus à l’être humain est problématique. Il faut garantir la sécurité de la population. Les loups qui s’approchent trop des habitations doivent pouvoir être tirés».

Le «syndrome du Chaperon rouge»

Son collègue valaisan Christophe Clivaz (V/VS) a tenté de dépassionner le débat: «Il faut éviter le syndrome du Chaperon rouge pour faire peur à la population. Toutes les études le montrent: les attaques sur l’homme sont extrêmement rares dans toute l’Europe». Pour lui, l’augmentation du nombre de loups est «réjouissante pour la biodiversité, mais entre en conflit avec le pastoralisme». Et de rappeler que la Confédération a donné 20 autorisations de tir cette année.

Le loup «partenaire» de la nature

Les Verts ne sont pas opposés à des tirs ciblés de loups, mais seulement s’ils ont commis des dommages sérieux. «Il ne faut pas que la loi sur la chasse devienne une loi destructrice, estime l’écologiste valaisan. Elle doit proposer des solutions pour régler les conflits que crée la cohabitation avec des espèces menacées». Tout n’est pas «nuisible» dans le grand prédateur, c’est aussi un «partenaire de la nature», a insisté Bastien Girod (V/ZH): «Le loup joue un rôle clé dans la régulation des cheptels de chevreuils et de cerfs, et par ricochet dans la régénération des forêts».

Pour Beat Flach (VL/AG): «Le loup est un animal qui peut apprendre. Des tirs ciblés suffisent à l’éloigner des troupeaux ou des habitations». Mais cette vision a été vivement combattue par les parlementaires alpins, qui préfèrent faire confiance aux chasseurs. «Un loup bien élevé n’en fait pas un agneau», a répliqué Christine Bulliard-Marbach (C/FR). Une proposition de Simone de Montmollin (PLR/GE), demandant que le loup qui cause des dommages significatifs puisse être abattu aussi dans les districts francs, a été refusée de justesse par 96 contre 92 et 7 abstentions.

Soutien du Conseil fédéral

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga soutient cette révision partielle: «La protection des troupeaux permet d’éviter la plupart du temps des attaques, mais pas toujours, c’est pourquoi il faut pouvoir réguler. Le Conseil fédéral est favorable à une régulation proactive. On peut tirer les loups pour qu’ils apprennent qu’ils ne doivent pas s’approcher des zones habitées. Le projet actuel tient compte des critiques faites à la loi rejetée. Mais avant qu’on pense à tirer un loup, il faut la protection des troupeaux». Elle a précisé que ce projet garantissait ainsi les conditions fixées par la Convention de Berne.

Les associations de protection de la nature ne seront pas forcément d’accord avec elle. Vu la tournure de ce projet, il n’est pas impossible qu’un référendum soit lancé.

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