28.08.2020 à 09:30

OmnisportsLa protestation dans le sport américain, une longue histoire

De Jesse Owens aux Milwaukee Bucks, en passant par Mohamed Ali et Tommy Smith, les sportifs américains protestent depuis longtemps contre les injustices raciales dans leur pays, sous différentes formes.

Devenue un symbole de la protestation contre le racisme, la position un genou à terre a été popularisée par Colin Kaepernick (au centre). 

Devenue un symbole de la protestation contre le racisme, la position un genou à terre a été popularisée par Colin Kaepernick (au centre).

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Owens défie Hitler

Plusieurs athlètes refusent de participer aux Jeux olympiques de Berlin de 1936, en raison de l’antisémitisme qui sévit en Allemagne. Pas Jesse Owens, qui compte bien piétiner la prétendue supériorité aryenne prônée par Adolf Hitler. Il remporte quatre médailles d’or, dont celle du 100 m, et prend soin d’embarrasser le Chancelier, devant son «peuple», en ne faisant pas de salut nazi sur le podium. Cela ne l’empêchera pas d’être snobé à son retour au pays par le président Franklin D. Roosevelt.

Jesse Owens (sur la plus haute marche du podium) refuse de faire le salut nazi lors des Jeux olympiques 1963.

Jesse Owens (sur la plus haute marche du podium) refuse de faire le salut nazi lors des Jeux olympiques 1963.

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Les sept de NYU

Novembre 1940. Avant un match de football américain, l’Université du Missouri demande à celle de New York de ne pas aligner le joueur noir Leonard Bates. NYU accepte. Après une réunion du conseil d’étudiants, sept d’entre eux protestent et dénoncent la complicité discriminatoire dont fait preuve leur université. Ils seront suspendus plusieurs mois en 1941, avant d’être honorés par NYU... 60 ans plus tard.

Robinson, le premier activiste

En 1947, Jackie Robinson devient le premier Noir à jouer dans la Ligue professionnelle de baseball (MLB), brisant 50 ans de ségrégation dans le «passe-temps préféré de l’Amérique». Il ne cessera jamais de militer pour les droits civiques, quitte à avertir John Fitzgerald Kennedy qu’«une révolution est en cours dans le pays. Elle ne pourra pas être stoppée avec des chiens policiers», sur l'une de leurs nombreuses correspondances.

La lettre d’Alice Marble

Jusqu’à 1950, aucun Afro-Américain ne pouvait participer à l’US Open de tennis, alors dénommé US National. Une lettre a tout changé. Ne comprenant pas qu’Althea Gibson ne bénéficie pas d’une invitation, Alice Marble, ancienne lauréate de l’épreuve, fustige dans une lettre le fait que Gibson «ne soit pas jugée à l’aune de ses capacités, mais du fait que sa pigmentation de peau est un peu différente». Cette dernière participera bien au Majeur et le remportera même en 1957 et 1958.

Avant les Bucks, Bill Russell

Présents à Lexington (Kentucky) pour un match amical en 1961, Bill Russell et les autres Noirs des Boston Celtics se voient refuser le service dans un restaurant. Conséquence, ils boycottent cette rencontre. Le joueur le plus titré de l’histoire de la ligue est aussi le pionnier de la NBA sur le terrain du militantisme.

Bill Russel en décembre 1964 au côté de son entraîneur, Red Auerbach.

Bill Russel en décembre 1964 au côté de son entraîneur, Red Auerbach.

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Ali refuse d’être enrôlé

En 1967, Mohamed Ali refuse d’être enrôlé dans l’armée américaine pour aller combattre au Vietnam. «Aucun Vietnamien ne m’a jamais traité de nègre», argue-t-il. Reconnu coupable de «fraude», il évite la prison mais se voit dépossédé de son titre mondial des lourds et de sa licence de boxe. Il attendra près de quatre ans avant de pouvoir remonter sur un ring.

Poings levés à Mexico

Le 17 octobre 1968, debout sur le podium du 200 m aux JO de Mexico, Tommie Smith et John Carlos, respectivement médaillés d’or et de bronze, lèvent leurs poings droit et gauche gantés pendant l’hymne américain, afin de protester contre la discrimination raciale aux États-Unis.

Tommie Smith (au centre) et John Carlos (à droite) sur le podium du 200 m aux JO de Mexico, en 1968.

Tommie Smith (au centre) et John Carlos (à droite) sur le podium du 200 m aux JO de Mexico, en 1968.

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Los Suns de Phoenix

Parce que le 5 mai est jour de fête pour la communauté mexicaine aux États-Unis et pour protester contre une nouvelle loi anti-immigration très stricte votée par l’Arizona, les basketteurs de Phoenix jouent leur match des play-off 2010 contre San Antonio, avec «Los Suns» écrit sur leur maillot.

«I can’t breathe»

«Je ne peux pas respirer», tels furent les derniers mots d’Eric Garner, étouffé lors de son interpellation à New York en juillet 2014. À la suite de l’acquittement de policier coupable en décembre, LeBron James et d’autres joueurs de Cleveland s’échauffent avant un match en portant des t-shirts avec ces mots. Sans savoir que six ans plus tard, George Floyd prononcerait les mêmes.

Tête de gonole de la NBA, LeBron James est l’un des sportifs les plus engagés socialement.

Tête de gonole de la NBA, LeBron James est l’un des sportifs les plus engagés socialement.

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Kaepernick s’agenouille

Le 1er septembre 2016, la star NFL des 49ers Colin Kaepernick s’agenouille pour la première fois pendant l’hymne américain, imité par son coéquipier Eric Reid, afin de protester contre les violences policières faites aux Noirs. Ce geste lui coûtera sa carrière, insultes de Donald Tump en prime. Avant de devenir en 2020 le symbole de la lutte contre l’injustice raciale.

Le boycott des Bucks

26 août 2020: indignés par les tirs d’un policier dont a été victime Jacob Blake trois jours plus tôt à Kenosha, dans leur État du Wisconsin, les joueurs de Milwaukee décident de boycotter leur match de play-off contre Orlando. Les équipes NBA suivent, ainsi que d’autres de baseball, football, hockey, et même le tournoi de tennis de Cincinnati qui se met en pause.

(AFP)

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