03.11.2013 à 08:44

La Question jurassienne n'engendre pas les passions

Votation du 24 novembre

Dans le canton du Jura, seules les affiches des partisans donnent de la couleur à la campagne sur la votation du 24 novembre.

ARCHIVES / PHOTO D'ILLUSTRATION, Keystone

L'idée d'ouvrir le débat sur un nouveau canton, réunissant les territoires du Jura et du Jura bernois, soulève peu de passions. Un désintérêt qui inquiète les politiques locaux.

La fraîcheur des salades suscite davantage de discussion que la Question jurassienne au marché de Porrentruy (JU). En cette matinée ensoleillée, un petit groupe discute au milieu des stands remplis de légumes et de produits du terroir. L'évocation de la prochaine votation provoque des haussements d'épaules.

«Ça ne m«intéresse pas beaucoup. Et puis, ils n«ont pas la même mentalité que nous. Je voterai contre», affirme Jeannette, une habitante de Porrentruy. Alfred, un apiculteur de Courgenay venu vendre son miel, semble à la fois mal à l«aise et indécis. En cas de oui, il craint des luttes. «Ceux du sud voudront aussi des places. Il faudra partager et elles seront chères.»

Une votation comme une autre

En traversant le Jura, le visiteur s'étonnera de n'apercevoir aucun signe, ou presque, de la campagne de votation. Il croisera ici ou là une des affiches colorées du comité «Construire ensemble». Dans les Franches-Montagnes aussi, c'est le calme plat.

La ferveur des années 70 a laissé la place à un tiède intérêt. Autour des tables, le thème est rarement évoqué. «C'est devenu une votation comme une autre», commente Philippe Aubry, rédacteur en chef du journal local «Le Franc-Montagnard».

«Même les partis entrent dans la campagne à reculons», critique Yann Rufer, coprésident et porte-parole du PLR. Ce désintérêt général déçoit Géraldine Beuchat, présidente du PCSI: «C'est une chance unique de pouvoir voter sur son avenir institutionnel. Les gens ne se rendent pas compte du dynamisme que ça pourrait créer pour la région».

Un processus vraiment pas sexy

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette indifférence populaire. Il y a d'abord l'objet lui-même. Le processus sur lequel la population est appelée à voter est complexe, difficile à expliquer et pas vraiment sexy, admettent les partis.

Rassemblés sous la bannière du comité interjurassien pour le «oui», ils promettent cependant de mettre les bouchées doubles à moins de trois semaines du scrutin pour expliquer les enjeux aux citoyens et les inciter à se rendre aux urnes.

Adversaires inexistants

La campagne ne décolle pas à cause de l'absence de contestation dans le Jura, pense le libéral-radical Yann Rufer, qui parle même d'une «chape de plomb». L'opposition n'est pas visible dans la région. Elle existerait pourtant, notamment chez les fonctionnaires.

«Il y en a trop, il y aura forcément des suppressions de postes. Des fonctionnaires vont dire non, c'est sûr», prédit Rémy Meury, député POP et président de la Coordination des syndicats. Prudents, gouvernement et comité se contentent de répéter que «rien n'est encore décidé».

Pour certains, la Question jurassienne n'est plus vraiment d'actualité. «C'est du café froid, un combat d'arrière-garde», juge Romain Schaer, président de l'UDC, ajoutant qu'«il y a d'autres défis plus importants pour les deux régions». Yann Rufer renchérit. Dans un monde globalisé, l'enjeu se trouve plutôt dans une entité cantonale élargie, comme BEJUNE.

Une campagne qui ne fait pas envie

Au-delà du désengagement, il y a aussi la campagne agressive et «peu courtoise» de l'UDC du Jura bernois. Philippe Receveur, ministre jurassien de l'environnement, s'inquiète du rejet qu'elle suscite auprès de la population. «On ne va pas forcer la mariée», s'énervent d'anciens militants.

Finalement, le sentiment que les jeux sont faits semble également répandu. Il pousse à la démobilisation, alors que le refus dans le Jura bernois se dessine toujours plus clairement. Un récent sondage donnait ainsi le «non» à 60% et le «oui» à 24%. Des chiffres que le gouvernement veut prendre avec des pincettes, soupçonnant l'enquête parue dans les journaux du groupe biennois Gassmann d'être orientée.

Pour le gouvernement, le taux de participation et le pourcentage de «oui» seront les enjeux de la votation, affirme le ministre PDC. Le PLR estime d'ailleurs que l'exécutif jurassien joue sa crédibilité. Un «oui» en dessous du 60% dans le Jura serait un échec: «Ça signifierait que les gens s'en fichent». Pour Rémy Meury, une chose est sûre: «Heureusement qu'il y aura le vote sur la vignette: ça va sauver la participation!».

(ats)

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