Korab Rashiti: «La référence au dictateur allemand n’existe pas»

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Korab Rashiti«La référence au dictateur allemand n’existe pas»

En comparant le socialisme d’aujourd’hui au nazisme, un député bernois francophone a braqué les projecteurs sur lui. Entretien.

par
Vincent Donzé
«Kora Rashiti mêle le socialisme d’aujourd’hui au nazisme d’antan», a titré «Le Journal du Jura».

«Kora Rashiti mêle le socialisme d’aujourd’hui au nazisme d’antan», a titré «Le Journal du Jura».

lematin.ch/Vincent Donzé

Faire rimer socialisme et nazisme, c’est une déclaration qui vaut une volée de bois vert à Korab Rashiti (UDC), jeune député bernois romand de Gerolfingen. Sur les réseaux sociaux, ce politicien a affirmé que le socialisme est un mouvement politique «historiquement rangé à gauche», mais «à l’origine de toutes les dictatures». Ses publications sur Facebook lui ont valu des remontrances.

Quand on lui demande un rendez-vous, Korab Rashiti prend des pincettes: «Le sujet est délicat et demande beaucoup de nuance». Et plus loin: «C’est plutôt un thème destiné à la pensée intellectuelle et le grand public à du mal à faire la nuance». Essayons malgré tout:

Pourquoi cette comparaison entre socialisme et nazisme?

«J’ai commencé par définir une idéologie comme le socialisme, à comparer puis à dresser la liste des dictatures qui utilisent le populisme, des constructions économiques qui sont des falsifications, des demi-vérités, des…».

Attendez: le populisme est associé à l’UDC, non?

«Ce parti a évolué: je ne me reconnais pas dans l’UDC d’il y a 20 ans…»

Celle du Zurichois Christoph Blocher?

«Oui, en général. Se focaliser sur une catégorie d’immigrés, c’est de la discrimination, parce qu’on s’attaque à une communauté en particulier. Il y a une fâcheuse tendance aujourd’hui au sein des partis de gauche à avoir un focus sur une minorité de la population: les riches! On les montre du doigt systématiquement, mais qui sont les riches? À partir de combien d’argent est-on riche? Et si on les taxe davantage les riches, ça va mieux se passer? Ça, c’est du populisme, et à chaque époque sa cible».

Votre opinion est-elle influencée par votre origine?

«Mon enfance était heureuse à Bienne, sans problème significatif. Mes parents ne m’ont pas influencé, même si mon père, écrivain et journaliste, a fait de la politique, organisateur des premières manifestations pour scander la libération du Kosovo, à Macolin, qui ont abouti à la fin de la guerre en 1999. Mais j’étais trop occupé à cette époque, avec une passion pour l’histoire, l’économie et la philosophie. Je passe mon temps libre à lire et à tout comparer. À 18 ou 20 ans, je me suis annoncé au Parti socialiste romand sans être actif, mais j’ai vu des énoncés éloignés de la réalité et de la nature humaine. Beaucoup de mensonges, de fausses vérités. Avec le temps, j’ai compris comment se construit un discours socialiste. Une fois que ça commence, il y a un échec économique qui rend le pouvoir totalitaire…».

Et à l’été 2020…

«…en pleine pandémie, j’ai adhéré à l’UDC, tout en restant libertaire, sans accepter toutes les idées du parti. En matière énergétique, je veux décentraliser et privatiser».

Pourquoi avoir croisé le fer avec l’historien Raphael Racine?

«On est amis sur Facebook. Une semaine auparavant, une Verte argovienne a posté «Fuck SVP». Après une réplique du conseiller national UDC argovien Andreas Glarner, j’ai écrit sur le ton de la plaisanterie qu’avec la gauche, on n’aurait plus d’électricité et qu’il ne leur manquait plus que la moustache pour revenir dans les années 20, en postant une photo du socialisme de 1917. En évoquant une époque moustachue, mais je pensais plus à Staline qu’à Hitler».

On a fait d’une souris, une montagne?

«Oui, dans le fil de la discussion, j’ai pris l’exemple de Slobodan Milosevic en Yougoslavie, socialiste devenu national-socialiste, qui a mené au génocide de Srebrenica. Qu’on remette l’église au milieu du village, entre les extrêmes: le fascisme est une émanation du socialisme».

Quelle étiquette acceptez-vous?

«Je suis un libéral pur, un libertarien de l’école autrichienne, une école de pensée d’un Juif autrichien placé sur la liste noire des nazis».

N’êtes-vous pas clivant?

«Je dis des vérités qui dérangent. Prenez la Constitution qui garantit la propriété: par quels consensus veut-on dérober une partie de la propriété des gens? La politique, c’est du droit! Les trois cantons fondateurs se sont mis d’accord par contrat, avec l’accord de chaque propriétaire. Le pacte s’est construit sur le respect de la propriété. Il faut un cadre, qui n’est plus respecté».

Êtes-vous le défenseur des riches?

«Non, celui des individus. La plus petite minorité, c’est l’individu. La démocratie tranche selon la loi du plus fort, mais les 49,9% conservent des droits fondamentaux intangibles. On appelle ça le droit naturel, qui protège l’individu, peu importe le régime en place».

On appelle à votre démission, alors?

«C’est quoi le rôle d’un député? D’être le porte-parole d’une tendance politique. Dans mes déclarations, je n’ai offensé personne. Je parle de la gauche multiple et plurielle, sans attaque haineuse. La référence au dictateur allemand n’existe pas. J’ai posté une citation que j’ai effacée parce qu’il manquait la mention de la source».

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