23.09.2020 à 00:26

Sebastian KurzLa répartition en UE des demandeurs d’asile «ne marchera pas»

Le chancelier autrichien a accordé mardi, à la veille de la présentation du projet de la Commission européenne sur les réfugiés, un entretien exclusif à l’AFP.

Sebastian Kurz le 22 septembre 2020 à Vienne.

Sebastian Kurz le 22 septembre 2020 à Vienne.

AFP

La répartition des demandeurs d’asile en Europe «ne marchera pas», a déclaré mardi le chancelier autrichien Sebastian Kurz dans un entretien exclusif à l’AFP avant la présentation du projet de la Commission sur les réfugiés.

«Nous pensons que la répartition en Europe a échoué et que de nombreux États la rejettent», a estimé le chef du gouvernement autrichien, âgé de 34 ans, en référence aux pays d’Europe centrale qui refusent d’accueillir des migrants arrivés en Grèce ou en Italie. «Cela ne marchera pas ainsi, mais en protégeant mieux les frontières extérieures, en luttant ensemble contre les trafiquants et en envoyant de l’aide sur place», a ajouté Sebastian Kurz, un conservateur, à la chancellerie à Vienne.

La présidente de la Commission européenne, l’Allemande Ursula von der Leyen, a proposé d’abolir le règlement de Dublin, pilier contesté de la politique d’asile dans l’UE. Cet accord veut que les demandes d’asile soient traitées par le premier pays de l’UE dans lequel le migrant est arrivé. Le «nouveau Pacte sur la migration et l’asile» doit être dévoilé mercredi. Il entend rendre obligatoire la «solidarité» de tous les pays de l’UE avec les pays de première arrivée de migrants, lorsque ces derniers sont «sous pression».

Mais cette «solidarité» pourra également prendre la forme d’aides au retour dans leur pays d’origine pour les personnes n’ayant pas droit à l’asile. Selon Sebastian Kurz, la Suède, l’Allemagne et l’Autriche sont les pays ayant proportionnellement reçu le plus grand nombre de réfugiés dans l’Union européenne depuis cinq ans. L’Autriche, qui compte 8,7 millions d’habitants, «a accueilli plus de 200’000 personnes ces 5 dernières années. Nous devons d’abord les intégrer avant de pouvoir prendre en charge de nouveaux arrivants», a-t-il insisté.

Opposition

Sur le plan économique, l’Autriche s’est opposée l’été dernier au plan de relance proposé par la France et l’Allemagne pour aider les pays principalement touchés par la pandémie de coronavirus. Avec les Pays-Bas, elle a pris la tête d’une coalition de pays dits «frugaux», qualifiés «d’égoïstes» par le président français Emmanuel Macron. Elle a finalement donné son feu vert au projet après avoir négocié une baisse de sa contribution.

«Il ne s’agit pas d’être contre qui que ce soit, mais l’Union européenne, c’est plus que l’Allemagne et la France, et c’est une bonne chose», a affirmé Sebastian Kurz. «L’Allemagne et la France sont les États les plus forts et les plus grands, ils ont donc une certaine prétention à la direction, mais d’autres États ont la même possibilité d’apporter leurs idées et de rechercher des majorités», a-t-il ajouté.

«Nous essayons de nous coordonner en groupes. Nous sommes bien intégrés dans celui des frugaux et nous sommes également un pays qui a traditionnellement toujours eu de bons contacts avec l’Est. C’est pourquoi je me réjouis aussi de la bonne coordination avec les États du Visegrad (Slovaquie, Pologne, Hongrie et République tchèque)», a-t-il expliqué.

Coalition inédite

S’agissant du processus de prise de décision au sein de l’UE, Sebastian Kurz s’est montré ouvert à la proposition d’Ursula Von der Leyen qui a demandé aux États membres de l’UE d’avoir «le courage» de renoncer à leur droit de blocage, et ce pour permettre de sanctionner les violations des droits humains en dehors de l’UE. «Sur les questions de politique étrangère, il est certainement possible de discuter de l’opportunité de l’unanimité ou de l’opportunité d’autres formats de prise de décision», a réagi Sebastian Kurz.

Le jeune chancelier est également revenu sur ses années à la tête de l’État autrichien ou au sein du gouvernement. «Je suis encore relativement jeune, mais je pensais avoir déjà vécu beaucoup de choses avec la crise migratoire de 2015, deux négociations de coalition, une fois avec le Parti de la liberté (FPÖ, extrême droite) et une fois avec les Verts», a-t-il confié.

En janvier, après avoir gouverné avec l’extrême droite, Sebastian Kurz a formé une coalition inédite avec les écologistes, considérée par les observateurs comme un «laboratoire» en Europe. Mais «la crise du coronavirus dépasse maintenant toutes les expériences précédentes. C’est un très grand défi», a-t-il estimé.

France: 88 migrants secourus en une journée dans la Manche

Quatre-vingt huit migrants ont été secourus mardi lors de cinq opérations dans le détroit du Pas-de-Calais alors qu’ils tentaient de rejoindre les côtes britanniques depuis la France sur des embarcations de fortune, ont annoncé les autorités. Sains et saufs, tous les naufragés ont été pris en charge par la police aux frontières (PAF) du Pas-de-Calais.

Depuis le 1er janvier, au moins 1317 migrants ont été interceptés par les autorités françaises après avoir tenté de traverser la Manche à l’aide d’embarcations de fortune ou à la nage, selon un décompte de l’AFP.

(AFP/NXP)

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