Hockey sur glace: La reprise des entraînements, mode «Labricole»
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Hockey sur glaceLa reprise des entraînements, mode «Labricole»

Les clubs romands de Ligue nationale coachent leurs joueurs à distance. Les bouteilles d’eau remplacent parfois les haltères.

par
Sport-Center
Voici à quoi ressemble l'entraînement de bien des hockeyeurs de National League et de Swiss League.

Voici à quoi ressemble l'entraînement de bien des hockeyeurs de National League et de Swiss League.

Instagram GSHC.

Fin avril. Chaque année, à pareille époque, il y a habituellement un air de rentrée des classes dans les clubs de hockey sur glace. Une petite grillade au cours de laquelle les nouveaux sont présentés aux vétérans, une séance de photos afin de mettre à jour les sites des clubs, un discours du coach et la présentation du programme d’entraînement des mois chauds: en 2020, cette routine a cependant subi une entorse. Le barbecue et le passage face à l’objectif, cela sera pour plus tard. Mais, avec un air d’agence Labricole, les séances de transpiration ont été maintenues avec les moyens du bord.

Self-service au fitness

«Notre problème majeur, explique Gary Sheehan, l’entraîneur d’Ajoie, c’est que les joueurs ne disposent pas de matériel lourd chez eux.» Afin de les équiper, le club ajoulot a permis à ses hockeyeurs de se servir dans la salle de fitness habituellement utilisée au Voyeboeuf. «Nous avons procédé de la même manière, poursuit Dany Gélinas, le coach du HC Sierre. Les gars ont tout pris, on voit qu’ils avaient vraiment envie de s’entraîner.» Directeur sportif et entraîneur en chef de FR Gottéron, Christian Dubé a également proposé cette solution à ses troupes. «Les voitures se sont bien chargées», rigole-t-il. A Genève, l'entraîneur Patrick Emond tient les mêmes propos: «Tout le matériel a trouvé preneur.»

Encore faut-il savoir comment utiliser ces barres et ces poids de façon optimale. Encore faut-il ajuster la méthodologie à tous les joueurs qui demeurent sous-équipés bien malgré eux. «Nous avons suggéré des exercices, mais faisons surtout confiance à la responsabilité individuelle, souffle Sébastien Pico, CEO du HC Viège. Un joueur doit avoir conscience que son corps est son outil de travail et qu’il ne pourra pas se présenter avec sept kilos de trop lorsque nous pourrons à nouveau nous réunir.»

L'eau à la rescousse

D’autres organisations encadrent davantage leurs hockeyeurs confinés. A Ajoie, les joueurs assistent tous les lundis et jeudis matins à une séance vidéo au cours de laquelle Jordan Eschmann, le préparateur physique, distille ses conseils tout en dévoilant des astuces. «Les poids sont notamment remplacés par des bouteilles d’eau que l’on glisse dans un sac à dos avant de réaliser des exercices, raconte Gary Sheehan. Il y a également plein de choses à faire avec une chaise, une corde à sauter ou son canapé.» Les joueurs reçoivent aussi un programme à exécuter pour les jours suivants tout en ayant la possibilité de dialoguer avec leur préparateur physique.

Le programme d'entraînements des Ajoulots le mercredi.

Le programme d'entraînements des Ajoulots le mercredi.

A Sierre, Dany Gélinas est allé repérer les lieux propices à l’effort qui permettent de respecter les directives sanitaires. «Je peux vous assurer que la montée des marches du funiculaires sont rudes, promet le coach. Plusieurs joueurs y vont.» Tous se sont mis à la technologie du système «Polar Team» développée par Jonathan Lussier en Suisse. «Les gars reçoivent les exercices à effectuer par l'intermédiaire d’une application. Une ceinture enregistre les données et nous pouvons ajuster le programme en fonction des résultats et des différents profils.»

Tout est sur l'appli

Une méthode qui s’apparente à celle qui est professée à FR Gottéron par Simon Holdener, qui est aussi le préparateur de physique des arrières bernois des Prédateurs de Nashville Roman Josi et Yannick Weber. «Nous essayons de reproduire ce qui avait été réalisé l’an dernier même si le cadre n’est plus le même, explique Christian Dubé. Les joueurs savent ce qu’ils ont à faire via une application sur leur téléphone portable.»

A GE Servette, les pros se sont mis au travail il y a un mois déjà. «Notre préparateur physique leur a concocté un programme, détaille Patrick Emond. On ne doute pas de leur sérieux, mais on a hâte de pouvoir les retrouver pour des séances en petits groupes dès que le Conseil fédéral le permettra. Travailler à plusieurs, c'est toujours plus motivant, plus incitatif à dépasser ses limites.»

La Chaux-de-Fonds, lui, a autorisé les entraînements collectifs par groupe de quatre, tout en respectant la distanciation sociale. «Les joueurs s’inscrivent sur Doodle et se retrouvent un terrain de football pour travailler leur cardio», explique Loïc Burkhalter, le directeur sportif.

Le cadre mis en place par les clubs ne semble cependant pas suffire à tous les joueurs. En effet, comme en témoigne Doug Boulanger, entraîneur privé de skills, la demande pour des séances particulières par écrans interposés a explosé: «Ces dernières semaines, j’ai organisé plusieurs cours à distance pour différentes catégories d’âges. A chaque fois, sept ou huit professionnels de National League y ont pris part.»

Le Québécois basé à Lausanne mesure aussi le besoin des hockeyeurs en consultant la liste d’attente pour l’utilisation de sa patinoire synthétique. «Dès qu’on pourra la rouvrir, dit-il, je peux vous garantir que la surface sera très très occupée.»

Emmanuel Favre

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