21.04.2020 à 16:06

Football«La reprise oui, avec les mêmes règles pour tous»

L’Association suisse des joueurs veut uniformiser les règles en cas de reprise. Entretien avec son président, Lucien Valloni.

Le stade de la Maladière de Neuchâtel accueillera-t-il encore des matches de Super League cette saison?

Le stade de la Maladière de Neuchâtel accueillera-t-il encore des matches de Super League cette saison?

Keystone

Le football suisse professionnel navigue à vue. On évoque une reprise sans savoir quand. Sans savoir comment, surtout. Dans quelles circonstances, sous quelle forme, avec quelles précautions pour les joueurs? Tout cela interpelle au premier chef Lucien Valloni (photo), le président de l’Association suisse des footballeurs, soit le syndicat des joueurs pros (SAFP).

Ce syndicat représente «plus de 80% des joueurs pros de Suisse», comme le souligne le président, répartis en Super League et en Challenge League. Il y a un représentant par club, dont Lucien Valloni ne veut pas dévoiler les noms, afin que la parole des joueurs reste libre, y compris quand il y a un problème avec l’employeur.

Lucien Valloni, quels retours avez-vous des joueurs suisses quant à cette possible reprise du championnat fin mai ou début juin?

Il y a plusieurs paramètres qui interpellent les joueurs. Le fait de se préparer à cette possible reprise en est un important. Nous sommes d’avis qu’il faut trois semaines de préparation pour retrouver le niveau. Il s’agit aussi de définir les conditions. Et surtout qu’elles soient les mêmes pour tous les clubs et qu’elles soient scrupuleusement respectées par tous, afin que certains n’en tirent pas avantage d’une manière ou d’une autre. La reprise, oui, mais avec les mêmes règles pour tous.

On imagine aussi d’autres mesures pour la reprise elle-même, non?

Oui, évidemment. Nous n’avons pas attendu le Conseil fédéral pour alerter les joueurs et les clubs, avec une batterie de mesures proposées le 8 mars déjà. Maintenant, si l’on parle reprise du championnat, il faudra encore s’adapter. Je parle là de tests pour tous les joueurs et tous les membres des staffs, de règles pour les matches à huis clos, de règles visant à éviter la surcharge pour les joueurs puisque les rencontres devraient s’enchaîner, de pause à prévoir avant la reprise de la saison suivante. Il y a beaucoup de questions à régler.

Les joueurs ont-ils peur à l’idée de rejouer prochainement, si cela devait être le cas?

Non, je ne parlerai pas de peur. Nous parlons de jeunes hommes qui ne figurent pas d’emblée dans la population à risque. Cela dit, il y a des interrogations, qui touchent à leurs familles, leurs parents, leurs grands-parents. Et puis il existe d’autres questionnements. On sait par exemple que l’entraînement intensif chez les sportifs est de nature à fragiliser momentanément le système immunitaire. Cela ferait-il d’eux un nouveau groupe à risque? Là aussi il faudrait en parler et prendre des précautions. Nous avons demandé dimanche à faire partie du groupe de réflexion qui doit se pencher sur la question de la pratique sportive, au niveau fédéral. J’attends une réponse.

Dans l’idéal, il faudrait que la saison se termine, avec toutes les mesures accompagnatrices nécessaires, c’est cela?

Oui, nous sommes de cet avis. Avec des règles à respecter, des conditions à discuter. À ce moment, le plus important, pour les clubs et donc pour les joueurs, c’est effectivement de terminer la saison. Après, il faudra corriger les erreurs qui ont été commises.

Lesquelles?

Je constate que la Swiss Football League ne s’est pas assurée contre un tel risque, un championnat qui ne peut aller à sa fin à cause d’une pandémie. Pour moi, il s’agit d’une faute très grave. On peut bien me dire que cela coûte cher, trop cher peut-être? Ce que je sais, c’est que ce sont les joueurs qui en paient le prix aujourd’hui, en devant baisser leurs salaires. Pour le reste, il faudrait aussi qu’un article du règlement parle de ce que l’on fait si un championnat est arrêté avant la fin et ne reprend pas. Pour l’instant, rien n’est prévu.

Que préconisez-vous personnellement, si jouer à huis clos devenait impossible et que l’on devait en rester là?

Que l’on se base sur le classement au moment de l’interruption. Le premier est champion, les places européennes sont déterminées selon le classement. Le dernier est relégué.

Mais une équipe pourrait attaquer la ligue en justice pour avoir été reléguée alors qu’elle avait encore des chances de se sauver, puisqu’il restait des matches. Idem pour le titre…

Oui, peut-être que cela arriverait. Mais ce n’est pas mon problème. C’est celui de la SFL. Qui ne s’est pas assurée contre le risque.

Daniel Visentini

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