Formule 1 - La revanche se jouera en piste
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Formule 1La revanche se jouera en piste

Red Bull a tenté une dernière manœuvre juridique qui a échoué. Désormais, Max Verstappen et Lewis Hamilton devront s’expliquer en course, et peut-être déjà ce dimanche au départ du Grand Prix de Hongrie.

par
Luc Domenjoz

Des éléments «nouveaux»

Mardi, à la surprise générale, l’écurie Red Bull a décidé de présenter «des éléments nouveaux» suite à l’accident du premier tour du Grand Prix de Grande-Bretagne entre Lewis Hamilton et Max Verstappen pour demander aux commissaires de remettre en question la pénalité de 10 secondes qu’ils avaient infligé à Lewis Hamilton pendant la course.

Red Bull affirmait que ces éléments nouveaux permettraient aux officiels de mieux juger cet accident et d’alourdir une sanction jugée trop clémente - en espérant que Lewis Hamilton serait suspendu d’une course.

Lewis a freiné 23 mètres trop tard

L’écurie Red Bull a mené diverses simulations informatiques suite à l’accident, et elle a même demandé à son pilote de réserve, Alex Albon, de rouler avec une voiture de 2019 (la RB15, car les essais privés sur une voiture de moins de deux ans ne sont pas autorisés) sur le circuit de Silverstone, et de suivre exactement la trajectoire prise par Lewis Hamilton, à la même vitesse et en freinant au même endroit que le Britannique (chaque écurie disposant des données GPS de toutes les autres voitures).

Ce test a confirmé ce que les simulations montraient: Lewis Hamilton, à cet endroit (à l’intérieur du virage, donc avec un rayon de course plus serré que celui suivi par Max Verstappen), n’aurait pas pu négocier le virage.

Il a donc forcément sous-viré et a heurté pour cette raison la voiture de Max Verstappen. «Avec l’essai d’Alex et nos simulations, nous avons pensé que nous disposions d’éléments qui n’étaient pas en possession des commissaires pendant le Grand Prix de Silverstone, et donc que nous devions leur présenter ces éléments nouveaux, expliquait Christian Horner, le patron de Red Bull. Les officiels nous ont écouté attentivement. Nous avons démontré que Lewis aurait dû freiner 23 mètres plus tôt s’il avait voulu prendre ce virage sans heurter notre voiture.»

Le règlement permettant de remettre en cause une décision est clair (article 14 du code sportif international de la Fédération Internationale de l’Automobile): une équipe doit présenter des éléments «significativement et substantiellement nouveaux découverts alors qu’ils n’étaient pas disponibles aux commissaires au moment de leur prise de décision».

Après de longues délibérations, les commissaires de Silverstone, vus par vidéo conférence, ont jugé que les éléments présentés par Red Bull ne constituaient pas des éléments «significativement nouveaux» qui aurait été «découverts» alors qu’ils n’étaient pas disponibles lors du jugement pendant la course. «Les éléments apportés par Red Bull n’ont pas été «découverts», mais «fabriqués» pour soutenir leur démonstration», ont statué les commissaires. «Et ils ont été fabriqués à partir de données GPS qui étaient alors disponibles à tous.»

Les commissaires ont rejeté l’appel de Red Bull. La victoire de Lewis Hamilton à Silverstone lui reste donc acquise.

Inversions plutôt rares

Dans l’histoire de la F1, il y a extrêmement peu de cas qui virent des pénalités inversées ou accrues après un jugement de commissaires.

Il y eut le cas célèbre du Grand Prix d’Espagne 1976, lorsque James Hunt (vainqueur) fut disqualifié, sa McLaren étant 1.5 cm plus large que le règlement (qui venait de changer) le permettait.
Son écurie a fait appel, en démontrant que ce centimètre et demi n’apportait aucun avantage. Deux mois plus tard, la Fédération a admis ces arguments et a rendu sa victoire à James Hunt au détriment de Niki Lauda.

En 1999, les deux Ferrari de Michael Schumacher et Eddie Irvine venaient de signer le doublé au Grand Prix de Malaisie lorsqu’elles furent disqualifiées après la course, en raison de pontons latéraux non conformes (pour 1 centimètre de trop en projection verticale).

Quelques jours plus tard, lors d’un appel jugé à la Fédération Internationale de l’Automobile (la FIA) à Paris, cette disqualification fut pourtant annulée, l’écurie ayant démontré que la non-conformité de ses pontons venait d’une erreur de fabrication, les pièces ayant été conçues dans le respect du règlement. Ce défaut de fabrication n’avait pas été détecté par le département du contrôle de la qualité des pièces de Ferrari.

En général, ce sont les écuries pénalisées qui déposent appel contre la sanction qui les a affecté. Le cas de l’écurie Red Bull demandant de revoir la sanction d’un autre pilote, comme c’est le cas ce week-end, est extrêmement rare.

L’an dernier, cinq écuries avaient fait appel contre une décision jugée trop clémente envers l’écurie Racing Point, accusée de rouler avec une voiture copiée sur la Mercedes de 2019. Cet appel a conduit à une amende de 400'000 Euros pour Racing Point et la perte de 15 points au championnat.

Lewis a appelé Max

La semaine dernière, Lewis Hamilton a appelé Max Verstappen pour évoquer leur accident. «Il était assez surpris de mon appel, je crois», s’amusait le Britannique jeudi en racontant son coup de fil. «C’était une bonne conversation, mais nous sommes très différents l’un de l’autre, Max et moi. Pour ma part, je continuerai de piloter comme j’ai toujours piloté. Et je referais la même chose qu’à Silverstone au même virage. La course continue. Je suis impatient de rouler sur ce circuit de Budapest. Je ne peux pas dire pourquoi, mais c’est comme si j’étais à la maison. J’adore. Il n’y a pas beaucoup d’endroits pour se reposer derrière le volant, il y a de gros freinages, mais j’aime.»

Max ne changera rien non plus

A Budapest, Max Verstappen semble d’accord avec Lewis Hamilton sur au moins un point: ils sont très différents l’un de l’autre!

Pour ce qui concerne l’accident de Silverstone, le Néerlandais ne veut pas trop en parler: «Je ne suis pas très heureux de ce qui s’est passé à Silverstone, évidemment, et surtout de perdre autant de points au championnat, mais on ne peut rien y faire. Et je ne vais pas changer mon approche de la course et des virages. Les jours qui ont suivi l’accident, j’avais mal partout, mais là c’est bon, je suis en pleine forme.»

Il l’était déjà le week-end dernier: à l’usine Red Bull de Milton Keynes, Max Verstappen a mené un test d’endurance sur le simulateur de l’équipe: huit heures et demi derrière le volant entre samedi et dimanche! «C’était pour voir quelle serait la concentration sur une longue période, explique le pilote. Une expérience intéressante.»

Max Verstappen, toutefois, continuait de juger les célébrations de Lewis Hamilton après sa victoire de Silverstone comme «manquant de respect» alors que lui était à l’hôpital - ce que le Britannique affirme ne pas avoir eu à sa connaissance à ce moment-là. «La célébration de Lewis après la course manquait de respect. Cela montre quelle personne il est vraiment.»

Le ton n’est visiblement pas revenu à la normale entre les deux pilotes.

Un crash à 1.8 million de dollars

Selon l’écurie Red Bull, les dommages subis par la RB16B de Max Verstappen à Silverstone s’élèvent à 1.8 million de dollars. «C’est un sérieux problème dans le cas de la limitation du budget des équipes», explique Christian Horner, le patron de l’équipe - cette saison, les écuries ne peuvent dépasser 145 millions de dollars de budget, hors salaires des pilotes, des patrons, du moteur, du marketing, etc.

Contre toute attente, le moteur Honda de la monoplace du Néerlandais n’a pas été abîmé et a pu être conservé - ce qui lui évitera une pénalité de 10 places sur la grille de départ plus tard dans la saison.

Schumacher héros d’une série Netflix

La famille Schumacher est connue pour bloquer toute tentative de connaître l’état de santé de Michael Schumacher depuis son accident de ski, en décembre 2013. Elle a parfois été jusqu’à menacer de poursuites ceux qui dévoilaient les dessous de la situation.

La famille Schumacher a pourtant accepté qu’une série documentaire soit créée et tournée par Netflix au sujet du septuple champion du monde allemand. Comme l’a admis Vanessa Nocker, la réalisatrice allemande de la série, le défi a été «de trouver l’équilibre entre parler de la vie du champion et respecter l’intimité de la famille.»

Ce qui veut dire, en clair, qu’il ne faut pas s’attendre à des révélations fracassantes au sujet de son accident de ski et ses conséquences actuelles.

La série proposera des interviews des enfants de Michael Schumacher, Mick et Gina, ainsi que de son épouse, Corinna. A voir sur Netflix à partir du 15 septembre.

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