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LittératureLa romancière genevoise Yvette Z'Graggen s'est éteinte

La romancière Yvette Z'Graggen est morte lundi à Genève des suites d'une longue maladie, ont indiqué ses proches. Elle avait 92 ans.

Yvette Z'Ggraggen, ici en 2008.

Yvette Z'Ggraggen, ici en 2008.

Keystone

L'oeuvre de cette Genevoise questionne avec tact la condition féminine, les inégalités sociales ou les zones d'ombre de l'histoire suisse durant la deuxième Guerre mondiale.

Figure de proue des éditions de l'Aire, elle s'est beaucoup interrogée sur le passé ou l'attitude de la Suisse avec les réfugiés. Elle a aussi souvent traité de problèmes de société et utilisé l'autobiographie pour brasser des mythologies helvétiques.

Narratrice subtile, soucieuse du mot juste, Yvette Z'Graggen cite Gide dans son journal «La Nuit n'est jamais complète» paru en 2001. Elle y écrit: «C'est consentant que j'approche la mort».

Elle laisse maintes nouvelles, récits et quelques pièces destinées à la radio. Parmi ses romans figurent «L'Herbe d'octobre» (1950), «Filet de l'oiseleur» (1957), «Cornelia» (1985), «Un étang sous la glace» (2003) et «Juste avant la pluie» sorti l'an passé. Lauréate de plusieurs récompenses, la Genevoise a obtenu en 1996 le Prix Schiller pour l'ensemble de son oeuvre.

Succès de librairie

Yvette Z'Graggen a connu plusieurs succès de librairie, dont «La Punta» (1992). Ce roman social expose la situation difficile d'un couple de rentiers exilés en Espagne. La politique d'asile durant la guerre ou la responsablilité des individus face aux génocides l'ont passionné. Ces thèmes lui inspirent «Les Années silencieuses» en 1982, «Matthias Berg» en 1995 et «Ciel d'Allemagne» en 1996.

«C'est une grande Dame qui s'en va», a commenté Michel Moret, directeur des éditions de l'Aire. «Heureusement, il nous reste ses livres écrits avec limpidité et toujours empreints d'une grande fraternité», dit-il, cité dans un communiqué.

Enfant unique

Née à Genève en 1920, enfant unique d'un dentiste uranais et d'une Autrichienne, la fillette est élevée dans un milieu bourgeois. Sa vocation littéraire se révèle très tôt. «Vers l'âge de vingt ans, ses histoires sont devenues une espèce de substitut à la monotonie de la vie», écrit Françoise Fornerod dans Histoire de la littérature de Suisse romande.

Parallèlement, elle suit un cours de secrétariat et travaille quelques années à la Croix-Rouge qui lui confie des missions notamment en Italie et en ex- Tchécoslovaquie. Premier roman

Durant la Guerre, elle se lance dans ce qui sera son premier roman: «La Vie attendait». Ce récit publié en 1944 retient l'attention pour la qualité de sa narration.

La romancière y raconte comment des jeunes filles se libèrent de la morale bien-pensante et leurs désillusions face aux réalités de l'amour. Ce questionnement des relations hommes-femmes, via le récit de destinées féminines, reviendra dans d'autres textes.

Traductrice appréciée

Embauchée à la fin des années 40 par les organisateurs des Rencontres internationales de Genève, elle côtoie maints intellectuels. La Radio romande l'engage dès 1952. Durant trente ans, elle y produit des émissions culturelles et contribue au rayonnement de la littérature suisse.

Elle oeuvre ensuite pour le compte de la Comédie de Genève, ce qui lui permet de collaborer avec le metteur en scène de théâtre Benno Besson en tant que rédactrice-documentaliste. La page radio tournée, elle consacre une partie de son temps à la traduction en français d'ouvrages de littérature allemande ou italienne.

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(ats)

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