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Répression en SyrieLa Russie condamne et rejette un projet de résolution à l'ONU

Lors de la commémoration du 30e anniversaire du massacre de Hama, les manifestants ont affronté les forces de l'opposition dans des violences faisant au moins 25 morts.

La Russie condamne les nouvelles violences en Syrie.

La Russie condamne les nouvelles violences en Syrie.

Keystone

La Russie a rejeté vendredi un nouveau projet de résolution au Conseil de sécurité de l'ONU condamnant la répression en Syrie, où les troupes loyalistes ont tiré sur des manifestants et affronté les forces de l'opposition dans des violences ayant fait au moins 25 morts.

Des milliers de Syriens ont manifesté dans l'ensemble du pays, notamment à Damas, pour marquer le 30e anniversaire du massacre de Hama (centre), où les forces du régime de Bachar al-Assad ont tiré comme ailleurs pour disperser les manifestants.

«Hafez (al-Assad) est mort, Hama n'est pas morte, Bachar va mourir et la Syrie ne mourra pas», proclamaient des pancartes brandies par des manifestants à Damas, en référence à l'ex-président syrien, père de l'actuel chef de l'Etat selon une vidéo mise en ligne par des militants.

Milliers de personnes tuées en 1982

«La politique de la punition collective ne portera pas ses fruits cette fois-ci», assurait une autre pancarte, alors que la mobilisation ne faiblit pas depuis le début de la révolte contre le régime en mars 2011.

Dans la province de Damas, mais aussi à Deraa et Daël (sud), Idleb (nord-ouest), Lattaquié (ouest) et à Hama même, les habitants sont descendus en masse pour manifester en l'honneur des dizaines de milliers de personnes tuées en 1982 dans cette ville lors de la répression d'un soulèvement des Frères musulmans.

De nombreuses personnes vêtues de noir chantaient et dansaient, criant à la gloire de l'Armée syrienne libre (ASL), composée de déserteurs qui luttent contre le régime. Les manifestants ont subi partout les tirs des forces de sécurité, selon des militants.

Quatorze civils sont morts vendredi, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Un civil a été tué à Hama (centre) et cinq autres à Daraya, dans la province de Damas.

Près de la capitale, deux civils ont été tués à l'aube dans la localité de Rankous, toujours assiégée par l'armée.

Dans la région d'Idleb (nord-ouest), deux enfants ont été tués par l'explosion d'un engin, et un jeune homme a été tué par balle quand les forces de sécurité ont pris d'assaut un village. A Alep (nord), trois civils ont été tués.

6000 morts en dix mois

«Des manifestations massives ont eu lieu dans la capitale, dont l'une a rassemblé 1500 personnes», a indiqué Oussama al-Chami, porte-parole des militants sur le terrain pour Damas et sa province. «Les manifestants ont été la cible de tirs des forces de sécurité présentes en masse à travers la capitale» où elles avaient encerclé toutes les mosquées, a-t-il ajouté.

Ces nouvelles manifestations interviennent alors que la communauté internationale ne parvient pas à s'unir pour mettre fin à la répression qui a fait au moins 6000 morts depuis plus de dix mois selon des militants.

Principal obstacle: la position de la Russie, allié traditionnel de la Syrie qui a de nouveau indiqué ne pas pouvoir soutenir «en l'état» le projet de résolution sur la Syrie qui circule à l'ONU.

Mais la secrétaire d'Etat américaine et son homologue russe Sergueï Lavrov ont eu «une conversation constructive», a annoncé le département d'Etat.Le nouveau texte ne demande plus explicitement le départ du président syrien, ne mentionne pas d'embargo sur les armes ni même de nouvelles sanctions, mais «soutient pleinement (...) la décision de la Ligue arabe du 22 janvier 2012 de faciliter une transition politique conduite par les Syriens eux-mêmes».

Rencontre ce week-end

Hillary Clinton et Sergueï Lavrov «se sont accordés sur le fait que leurs équipes à New York allaient continuer à travailler sur un projet de résolution, a déclaré Mark Toner, porte-parole du département d'Etat, ajoutant que les deux ministres doivent se rencontrer ce week-end lors d'une conférence en Allemagne.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a de son côté appelé »tous ceux qui hésitent encore à comprendre que ces hésitations ne sont plus tolérables pour ceux qui subissent cette violence«.Parallèlement à la mobilisation internationale, les combats se poursuivent en Syrie et l'ASL, bien que largement inférieure en équipements et effectifs, semble marquer des points.»

Onze soldats de l'armée régulière dont un colonel ont été tués dans des affrontements avec des groupes de déserteurs dans les localités de Jassem, Kafarchams et Nawa«, dans les province de Deraa (sud) et Homs (centre), selon l'organisation.Ces affrontements se sont intensifiés ces dernières semaines, donnant à la crise l'allure d'un conflit armé.Selon un porte-parole de l'ASL, l'armée régulière est »proche de l'effondrement«.»Même si l'armée a des capacités militaires énormes, les soldats n'ont plus la volonté de combattre«, a affirmé au téléphone le commandant Maher Nouaimi, basé en Turquie, précisant qu'au »cours des dernières 24 heures, de nombreuses désertions ont été enregistrées«.

Selon Human Rights Watch, les forces gouvernementales se livrent à des tortures y compris sur des enfants âgés d'à peine de 13 ans, qui ont rapporté avoir été »brutalement battus et électrocutés«, ou encore brûlés avec des cigarettes.

(AFP)

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