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Espace aérien européenLa Russie teste l'Occident comme au temps de la Guerre froide

L'armée russe effectue une démonstration de force impliquant des bombardiers, des avions de chasse et des avions de transport. L'OTAN a dénoncé en une semaine deux séries d'incidents impliquant l'armée de l'air.

Des MiG-29 et des Sukhoi Su-27 russes.

Des MiG-29 et des Sukhoi Su-27 russes.

Reuters

Bombardiers russes dans le ciel européen, brève incursion au-dessus de l'Estonie, traque d'un sous-marin suspect dans les eaux suédoises: la Russie teste l'Occident comme au temps de la Guerre froide, estiment des analystes.

«Depuis le début de l'année, il y a eu plus de 100 interceptions d'avions russes, c'est trois fois plus que l'année dernière. On a donc une hausse substantielle, mais nous faisons ce qu'il faut. Nous interceptons, nous sommes prêts et nous réagissons», a souligné ce samedi 1er novembre le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg, à Athènes.

L'OTAN a dénoncé en une semaine deux séries d'incidents impliquant l'armée de l'air russe. Le 22 octobre, un appareil spécialisé dans la collecte de renseignements est entré dans l'espace aérien estonien, sur 600 mètres et pendant moins d'une minute, dans les environs de l'île de Sarema.

Mardi après-midi et mercredi, des chasseurs alliés - allemands, norvégiens, britanniques, portugais, turcs, danois - mais aussi finlandais et suédois, ont dû décoller pour intercepter quatre groupes d'appareils russes «en manœuvre» au-dessus de l'Atlantique, de la mer Baltique, de la mer du Nord et de la mer Noire.

Une démonstration de force impliquant des bombardiers, des avions de chasse et des avions de transport, révélant selon l'OTAN une activité «à grande échelle» et «inhabituelle».

«Partition plus agressive»

«Ce n'est que le retour à une pratique militaire normale pour un pays qui pense à son potentiel de défense et à la combativité de son armée. Les forces aériennes s'entraînent, font des vols de reconnaissance pour mieux comprendre les intentions de nos collègues de l'OTAN», estime au contraire Igor Korotchenko, membre du Conseil consultatif auprès du ministère russe de la Défense.

«L'Occident a pris l'habitude de nous voir faire profil bas. Mais c'est fini, et désormais nous saurons faire reconnaître nos intérêts légitimes par tout le monde», poursuit-il.

«Ce genre de provocations n'a jamais cessé depuis la fin de la guerre froide, mais cela n'était pas rendu public», fait observer Brooks Tigner, spécialiste de l'OTAN pour IHS Jane's Defence. «Ce qui change, c'est qu'au lieu de survoler le cercle arctique, la Norvège et la Suède, ils descendent vers des zones plus peuplées dans des formations plus complexes», explique-t-il.

«Et les gens peuvent les observer quand ils survolent des îles britanniques ou baltes.» Pour lui, «ce n'est pas une coïncidence». «La Russie joue une partition plus agressive, comme elle le fait en Ukraine depuis le mois de mars» avec l'annexion de la Crimée et le soutien aux rebelles prorusses dans l'Est.

«De plus en plus fréquents»

La Suède avait déployé il y a deux semaines plus de 200 soldats, des bateaux furtifs, des dragueurs de mines et des hélicoptères en mer Baltique pour retrouver un sous-marin étranger aperçu par plusieurs personnes. Cette mobilisation rappelle des opérations lancées dans les années 1980 après des incursions de sous-marins soviétiques.

«Nous sommes revenus aux procédés classiques de la guerre froide», juge Pavel Felguenhauer, un analyste militaire basé à Moscou. «Un jeu d'équilibre au bord de la guerre nucléaire, et comme la guerre nucléaire était inadmissible, la partie opposée faisait des concessions», rappelle-t-il.

«Le but est qu'ils lèvent des sanctions, qu'ils ne se fourrent pas dans notre taïga» et «faire peur aux Européens, leur faire croire que la Russie est prête à tout», poursuit Pavel Felguenhauer, selon lequel «ces cas seront de plus en plus fréquents».

«Les prix du pétrole sont très bas», ce qui pèse sur les recettes de l'Etat russe, et «les sanctions font mal», donc «c'est une urgence pour Vladimir Poutine d'améliorer ses relations avec l'Ouest», affirme Igor Soutiaguine, chercheur à l'institut londonien Rusi.

Mais «le seul moyen de pression qui lui reste est militaire». Le président russe «a averti la semaine dernière que la Russie s'apprêtait à une confrontation avec l'Ouest», souligne le chercheur. «Avec cette diplomatie de la canonnière» et «dans sa perception un peu tordue», Vladimir Poutine «intimide l'Ouest pour lui extorquer une amitié, mais à ses conditions».

(ats)

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