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Solution«La scène ouverte de la drogue aura disparu en 2013»

Les Lausannois sont exaspérés par les dealers, les toxicomanes et autres délinquants qui squattent le centre-ville. Le syndic, Daniel Brélaz, leur répond et expose le plan de la ville pour rétablir l’ordre dans les rues.

par
Dominique Botti
Keystone

Le thème de l’insécurité est le tube de l’été dans la capitale vaudoise. Les Lausannois ne parlent plus que de cela. Ils sont exaspérés par l’explosion des dealers, des toxicomanes et autres délinquants dans les rues du centre-ville. La colère est d’autant plus grande que les Lausannois disent avoir l’impression que leur police est inefficace et que les autorités sont inexistantes. Face à ce ras-le-bol, le syndic Daniel Brélaz sort enfin de son silence pour répondre aux critiques et exposer le plan antidrogue de la Municipalité.

Les habitants du quartier de Riant-Mont, au centre-ville, sont exaspérés par la scène ouverte de la drogue qui squatte leur quartier (lire «Le Matin Dimanche» du 8 juillet). Que leur répondez-vous?

Je comprends leur colère. C’est une situation intolérable. Je tiens à préciser que je ne connaissais pas l’existence de ce problème dans ce quartier. Je l’ai appris en lisant votre journal.

Ces habitants, comme d’autres Lausannois, disent que vous les avez abandonnés. Que faites-vous concrètement pour eux?

Nous ne les avons évidemment pas abandonnés. Sachez que nous agissons. La sécurité est une priorité. Nous avons déjà fait des actions coup-de-poing, mais elles ne résolvent pas le problème sur le long terme. Pour y parvenir, il faut un plan qui implique différents acteurs. Nous sommes en train d’en élaborer un avec le canton. Mais je demande aux Lausannois de la patience. Il est impossible de faire disparaître la scène ouverte de la drogue du jour au lendemain. Mais, dès l’entrée en vigueur de notre plan, les dealers auront disparu des rues lausannoises d’ici à 2013, au plus tard 2014.

Quel est ce plan antidrogue?

Tout part d’un constat. Si nous chassons la scène de la drogue dans un quartier, elle se déplace dans un autre. Cette situation ne changera pas tant que nous n’aurons pas de solution au problème de la toxicomanie, à savoir un lieu d’accueil pour cette population. L’idée est donc, dans un premier temps, de créer une structure d’accueil pour les toxicomanes. Puis, et c’est la contrepartie, la lutte contre les dealers.

Comment se présentera cette structure d’accueil pour toxicomanes?

Ce ne sera ni un local d’injection ni un bistrot social. Mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant. Certains points sont encore à clarifier. Comme son adresse: la rue Saint-Martin a été évoquée, mais il y a d’autres alternatives. Le projet sera certainement finalisé avant la fin de l’année. Et nous collaborons étroitement avec le canton. Sa participation, comme celle d’autres acteurs, est d’ailleurs essentielle à la réussite de notre plan.

C’est-à-dire?

La ville peut chercher des solutions. Et faire sa part du travail: arrêter les dealers. Mais elle ne peut pas tout faire. Dans le domaine de la justice et des prisons notamment. Si tous les dealers arrêtés par la police de Lausanne étaient aujourd’hui derrière les barreaux, il n’y en aurait plus beaucoup dans les rues. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. C’est très démoralisant.

Que doivent faire concrètement les autorités cantonales?

Son appareil de justice est sous-développé. Et il a de la peine à mettre derrière les barreaux ceux qui devraient l’être. Cette réalité est en train de changer, fort heureusement, mais nous remarquons, du coup, que les prisons sont de nouveau saturées. Le canton doit donc aussi augmenter les places dans les pénitenciers. Finalement, j’ai l’impression que le Service cantonal de la population n’a pas envie d’aider à résoudre les problèmes pour lesquels il est compétent. J’espère que cela changera aussi.

Le canton joue-t-il le jeu?

Il n’a pas fait sa part jusqu’à maintenant. Mais les choses ont commencé à changer il y a quelques mois. L’augmentation des moyens de la chaîne pénale et carcérale n’est aujourd’hui plus un tabou. C’est tant mieux. Je ne me prononcerai pas sur les raisons de ce changement qui arrive au moment de l’entrée en fonctions du nouveau Conseil d’Etat. Le passé ne m’intéresse pas. Il faut regarder vers l’avenir.

Y a-t-il d’autres acteurs impliqués dans votre plan antidrogue?

La Confédération a aussi son rôle à jouer. Au niveau du Code pénal, qui est devenu beaucoup trop laxiste. Notre Code est un des plus gentils d’Europe et tout le monde le sait. Il faut durcir les peines contre le trafic de drogue et la petite criminalité. Au niveau de la politique sur l’asile, il ne faut pas supprimer l’aide sociale pour les requérants. Cela peut les inciter à la rapine. Je pense, en revanche, que les requérants d’asile qui ont fait la preuve de leur délinquance en Suisse n’ont rien à faire chez nous. Et, si nous n’arrivons pas à les renvoyer, ils doivent aller en prison. Ce qui n’est pas toujours le cas. Le centre d’accueil de Valmont, dans le nord de Lausanne, héberge beaucoup trop de requérants multirécidivistes. Cela ne va pas.

Ne pensez-vous pas que l’augmentation des effectifs de la police lausannoise serait une solution plus simple à mettre en œuvre?

Lausanne met 100 millions de francs pour sa police. Ce qui représente l’équivalent de 22 à 23% du produit des impôts. Je ne suis pas sûr que les gens soient d’accord de payer plus d’impôts pour avoir encore plus de policiers. De toute façon, nous avons déjà engagé 30 policiers supplémentaires. Et nous avons clairement dit que nous sommes prêts, ensuite, à en engager 30 supplémentaires à condition que cela serve à quelque chose. Si la chaîne pénale et carcérale ne suit pas, cela ne sert à rien.

La disparition des dealers supprimera-t-elle l’insécurité dénoncée par les Lausannois?

Je comprends leur colère. Mais il n’y a pas plus d’insécurité aujourd’hui à Lausanne que dans le passé. Il n’y a pas de zone de non-droit comme cela a été le cas à Genève.

La situation est-elle pire à Genève?

La situation a été pire avant dans le quartier des Pâquis, où on avait l’impression qu’il n’y avait plus de police. Ce qui n’a jamais été le cas à Lausanne.

Comment expliquez-vous ce sentiment d’insécurité à Lausanne?

Il y a différents facteurs contre lesquels nous devons lutter. Par exemple la propreté: ma ville est sale, donc elle n’est pas sûre. Nous devons agir aussi contre ceux qui jettent leurs ordures n’importe où. Il y a aussi différentes catégories de personnes. D’abord les dealers. Mais leur disparition n’entraînera pas la suppression du marché de la drogue et ils ne sont pas les plus agressifs. Il y a aussi les vols à la tire, qui peuvent être le fait de personnes issues du Printemps arabe ou de jeunes Suisses désœuvrés. Il y a aussi les rixes violentes entre jeunes. Et enfin la problématique des nuits lausannoises sur laquelle nous devrons nous pencher.

Vous promenez-vous encore la nuit dans les rues du centre-ville?

Je n’ai pas l’habitude de sortir entre 2 et 5?h du matin. Même lorsque j’étais jeune je ne le faisais pas. Mais ce ne sont pas les heures les plus dangereuses. Vous ne sortez pas la nuit. Vous habitez en zone foraine.

N’êtes-vous pas déconnecté de la réalité quotidienne des Lausannois?

J’habite à Montblesson depuis 1998. Bien avant l’arrivée des dealers. Je ne les ai donc pas fuis. Pour le reste, je travaille à Lausanne et traverse au moins trois fois par jour la place de la Riponne, lieu de rassemblement des toxicomanes. Je n’ai donc pas l’impression d’être déconnecté de la réalité lausannoise. Et je m’informe. Il m’arrive même de croiser de vrais dealers. Mais ils ne me proposent rien. Je suis trop connu et ils se disent certainement que le gros bonhomme que je suis doit se shooter à autre chose. La présence des dealers me désole, car elle me rappelle l’existence d’un marché de la drogue. Et que des jeunes peuvent tomber dedans. Non, vraiment, je ne suis pas déconnecté. Lorsque je serai à la retraite, certainement. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

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