La schizophrénie liée à un défaut de communication dans le cerveau
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MédecineLa schizophrénie liée à un défaut de communication dans le cerveau

Des chercheurs genevois ont détecté un dysfonctionnement des ondes cérébrales, même chez des personnes ne présentant pas encore de symptôme. D’où un espoir de traitement.

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Michel Pralong/comm
L’équipe de l’Université de Genève a découvert que plus les ondes gamma du cerveau étaient perturbées, plus les symptômes psychotiques étaient importants.

L’équipe de l’Université de Genève a découvert que plus les ondes gamma du cerveau étaient perturbées, plus les symptômes psychotiques étaient importants.

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Dans le cerveau, nos neurones produisent une activité électrique. Celle-ci est repérable par des ondes, que peuvent enregistrer les encéphalogrammes. Ces différentes ondes permettent notamment de consolider nos souvenirs. Stephan Eliez, professeur au Département de psychiatrie de l’Université de Genève (UNIGE), et Christoph Michel, professeur au Département de neuroscience fondamentale, soupçonnaient que les ondes gamma jouaient un rôle déterminant dans l’apparition des symptômes de la schizophrénie. Cette maladie mentale affecte les perceptions de ceux qui en sont atteints, ainsi que leurs sentiments et leurs pensées et leur comportement. Elle peut se manifester par des épisodes de psychose aiguë.

Les chercheurs avaient en effet constaté une anomalie liée aux ondes gamma dans le cerveau de souris. «Nous devions cependant encore confirmer que cette anomalie de synchronisation des voies de communication neuronale observées chez la souris, existait bien chez l’humain», expliquent-ils. Pour le savoir, ils se sont concentrés sur des personnes présentant un risque génétique d’être atteint de schizophrénie. Les personnes porteuses d’une microdélétion chromosomique 22q11 (rupture d’un chromosome qui produit sa mutation) ont en effet entre 25% et 30% de risques de développer une schizophrénie à l’âge adulte. «Elles constituent donc une population à risque particulièrement pertinente pour étudier le développement cérébral de cette maladie», indique Valentina Mancini, doctorante dans le laboratoire de Stephan Eliez et première auteure de cette étude parue ce 3 mars dans «The American Journal of Psychiatry».

Détection précoce possible

Les personnes schizophrènes ont souvent de la peine à traiter correctement des informations auditives. Les chercheurs ont donc mesuré les ondes gamma dans le cerveau de personnes en les faisant réagir à un son. Ces mesures ont été effectuées chez des gens de tous âges porteurs de cette particularité génétique, ainsi que chez des gens qui ne l’avaient pas. Résultat: les patients déjà atteints de schizophrénie présentaient un schéma de perturbation de ces ondes gamma. Mais les enfants et les adolescents à risque qui n’avaient pourtant aucun symptôme visible de la maladie avaient les mêmes perturbations. Ce qui montre que ce dysfonctionnement apparaît très tôt.

Autre découverte, les personnes sans prédispositions génétiques à la schizophrénie ont une communication entre les différentes aires de leur cerveau qui s’améliore avec l’âge. «Or, cette maturation est absente chez les patients 22q11, quel que soit leur âge, ce qui suggère un développement anormal des circuits sous-tendant les oscillations neuronales durant l’adolescence», souligne Valentina Mancini.

Plus le déficit de l’activation des ondes gamma est important, plus sévères sont les symptômes psychotiques, comme les hallucinations auditives. La maladie connaît donc une progression neurobiologique. Les anomalies observées durant cette étude pourraient constituer un facteur de risque général pour la maladie et être ainsi un moyen précoce de détecter ce risque de devenir schizophrène, même chez une personne sans prédisposition génétique.

Cibler les régions cérébrales concernées

«Reste maintenant à identifier le meilleur moment lors du développement de l’enfant pour intervenir en fonction de ce virage pathologique», expliquent les auteurs. Car, et c’est la bonne nouvelle, des interventions sont possibles. Des traitements neuroleptiques ciblés sont parvenus à corriger des dysfonctions neuronales chez les souris. De plus, on pourrait corriger cette perturbation des ondes gamma grâce à des techniques de neurostimulation non invasives ciblant les régions cérébrales concernées, ouvrant ainsi la voie à de toutes nouvelles perspectives thérapeutiques pour traiter cette maladie souvent dévastatrice.

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