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FuturLa science-fiction se rapproche

De nombreux robots ont été présentés ces dernières semaines. Tôt ou tard, ils vont envahir notre quotidien. Décodage.

par
Fabien Feissli
Au Japon, Nestlé a déjà engagé un millier de ces petits engins pour assister ses vendeurs de machines à café.

Au Japon, Nestlé a déjà engagé un millier de ces petits engins pour assister ses vendeurs de machines à café.

Yoshikazu Tsuno, AFP

Vendeur, hôtelier, aide-soignant, soldat, de nombreux robots ont été présentés ces dernières semaines. Certains sont prêts à l'emploi, d'autres ne sont que des projets, mais tous risquent de chambouler notre quotidien. En février, un rapport établi par les Universités de Boston et Columbia soulignait que les robots pouvaient «signifier la misère à long terme de tous». A l'inverse, Junji Tsuda, président de Yaskawa, l'un des leaders japonais de l'industrie robotique, s'est montré rassurant: «Ils ne vont pas se développer selon une courbe exponentielle comme les ordinateurs. Leur croissance sera linéaire et stable.»

Ils en veulent à notre job

Les robots vont-ils prendre notre travail? Cette hypothèse a déjà été évoquée par de nombreux spécialistes. Elle ne doit pas nous inquiéter pour autant, selon Jean-Daniel Dessimoz, président de l'association Robot-CH et professeur de robotique à la HEIG-VD. «Personne n'est intéressé par le travail en soi, si les robots peuvent faire mieux, autant les laisser faire», assure-t-il. Pour lui, le véritable défi est celui de la redistribution des richesses.

Un point également mis en avant par le conseiller national (PS/VD) Jean Christophe Schwaab: «Il va falloir renforcer les mesures d'accompagnement comme la formation continue et l'assurance-chômage.» Il pointe également l'importance de prévoir des plans sociaux en cas de licenciements liés à l'évolution technologique. «Pour autant, je n'ai pas peur que l'emploi disparaisse. A chaque évolution, on s'est rendu compte qu'on avait toujours besoin d'humains.»

Francesco Mondada, professeur de robotique à l'EPFL, reconnaît que l'automatisation est toujours plus grande, mais il invite à ne pas tomber dans la science-fiction. «Actuellement, on ne peut faire que des robots qui réalisent des tâches simples. Il nous manque encore beaucoup de briques en intelligence artificielle.»

Des lois robotiques

Pour Jean Christophe Schwaab, il est impensable qu'un robot soit capable de faire du mal à quelqu'un. «Le destin d'un être humain ne doit jamais se retrouver entre les mains d'une machine», souligne-t-il. Le conseiller national est donc favorable à la mise en place d'une loi dans ce sens-là, notamment en ce qui concerne les robots de combat. «Il est illusoire de vouloir réduire la complexité de la réalité à une loi. Par exemple, la protection de quelqu'un peut justifier qu'un robot blesse un être humain», nuance le président de Robot-CH. Jean-Daniel Dessimoz affirme d'ailleurs ne pas avoir peur du robot tueur mais de l'homme qui se tient derrière.

«Pour le moment, la machine est considérée comme un simple outil, on peut donc imputer ses actes à celui qui le contrôle. Le problème se posera quand les robots auront acquis une certaine autonomie de décision», détaille l'avocat Nicolas Capt. Et, dans ce cas-là, un changement de législation pourrait se révéler nécessaire, notamment en ce qui concerne les sanctions. «On ne pourra pas les mettre à Champ-Dollon», sourit-il.

La Suisse face aux robots

«Pour le moment, la Suisse n'est pas prête. Personne ne réfléchit sérieusement à la question», assure le conseiller national Jean Christophe Schwaab. Selon lui, la société helvétique va s'adapter assez vite car elle a l'habitude des innovations. En revanche, c'est le cadre législatif qui va manquer. «Aujourd'hui, l'argument de préparer la société au changement technologique ne fait pas mouche», explique-t-il.

Pour l'avocat Nicolas Capt, aucun doute, l'avènement des robots nécessitera une régulation importante. Avant tout sur la question de l'imputabilité des choix des robots aux personnes humaines qui les ont conçus ou qui les contrôlent. «Pour le moment, on n'en est qu'aux balbutiements, mais il faut encourager les études prospectives. On doit déjà y réfléchir», assure-t-il.

Le professeur Francesco Mondada souligne que l'évolution de la robotique ne sera pas aussi fulgurante que celle d'Internet. «Cela va se passer plus en douceur, mais il est important que la population ait une meilleure compréhension de ces enjeux pour ne pas tomber dans le fantasme s'il faut un jour voter sur la question.» Le spécialiste met en avant une manière à disposition de chaque consommateur pour influencer l'évolution du domaine. Utiliser ou non les caisses automatiques des magasins. «Les gens ont le choix. Tant qu'ils se satisferont d'un automate plutôt que d'un humain, les entreprises vont continuer à les remplacer», explique-t-il.

Réfléchissons aux robots avant qu'ils ne le fassent pour nous

Les robots arrivent. De nombreuses innovations ont été présentées depuis le début de l'année. Soldat, vendeur, aide-soignant, hôtelier: ils sont prêts à tout pour nous remplacer. En réalité, ils font déjà partie de notre quotidien. Exemple flagrant: les caisses automatiques des magasins.

Il ne s'agit pas de science-fiction. Simples projets ou déjà au point, ces robots existent bel et bien. Halte aux fantasmes, aucun d'eux n'est assez intelligent pour songer à se révolter contre nous et à conquérir le monde.

Ne sous-estimons pas le problème pour autant. Leur arrivée, boulon par boulon, dans notre société doit servir de base à une réflexion à leur sujet. Car, tôt ou tard, ils vont acquérir une certaine autonomie, qui présentera autant d'avantages que d'inconvénients.

On s'est déjà raté une fois. Personne n'a anticipé le virage du Web. A force de dérapages, il s'est transformé en sortie de route. Vingt ans après, on commence seulement à prendre les mesures qui s'imposent. Apprenons de nos erreurs.

Les robots sont loin d'être une menace. C'est même un progrès épatant. Finis les boulots pénibles ou répétitifs. Ils les feront mieux que nous et sans se plaindre. Charge à nous de répartir les richesses équitablement ensuite.

Car il faudra savoir gérer cette source de bien-être. Et, à choisir, autant commencer à y réfléchir tout de suite. Les experts assurent que les scénarios catastrophe des films de science-fiction sont improbables. Ce n'est pas une raison pour les laisser se réaliser.

Fabien Feissli, journaliste.

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