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ChroniqueLa séance cannoise: «Foxcatcher»

Dans un rôle dramatique, le comique Steve Carrel tire vers le haut le nouveau film de Bennett Miller.

par
Jean-Philippe Bernard

La bande-annonce en version originale sous-titrée.

A Cannes, depuis quelques jours, les grands films se succèdent sur l'écran du palais à une vitesse affolante. Aussi, la sélection officielle qui, hier encore sur le papier semblait un peu terne au regard des années passées, apparait désormais pour ce qu'elle est : fastueuse.

Après avoir gravi une fois encore le tapis rouge qui mène à la salle, on s'est pris une de ces bonnes grosses claques qui font du bien. «Foxcatcher» donc. Soit le nouveau long-métrage de Bennett Miller, cinéaste dont les 2 premiers films («Capote» en 2005, «Le Stratège» en 2011) témoignent d'une rare subtilité formelle et narrative.

Inspiré d'un fait divers

Inspirée d'un fait divers réel, l'histoire est celle de John du Pont (Steve Carell), le riche héritier d'une famille de marchands d'armes. Personnage solitaire vivant dans une luxueuse demeure de Pennsylvanie, du Pont se rêve en philanthrope. Peu après les jeux de Los Angeles en1984, il invite le champion olympique de lutte Mark Schultz (Channing Tatum) à le rejoindre dans le camp d'entrainement qu'il a fait bâtir au cœur de son immense propriété pour son équipe Foxcatcher.

Colosse aux pieds d'argile, Schultz est d'abord fasciné par du Pont. Il l'investit sans réserve comme un père. Bientôt, grâce aux moyens déployés par le patron de Foxcatcher, Schultz triomphe aux championnats du monde. Las, il s'avère rapidement que du Pont souffre de troubles profonds de la personnalité. En manipulateur expert, il pousse son poulain à opter pour un mode de vie (cocaïne, alcool) incompatible avec le sport de haut niveau. Puis, il attire au sein de Foxcatcher Dave (Mark Ruffalo), le frère ainé de Schultz qui est aussi un lutteur et un coach de premier plan. Réunis pour une ascension vers les sommets, les 3 personnages ne vont pas tarder à perdre leur âme dans l'aventure et, pour l'un d'entre eux, plus encore…

Les leçons des années 70

Drame poignant sur la solitude et surtout sur le besoin d'appartenance et de reconnaissance, «Foxcatcher» propose une immersion totale dans l'univers si particulier de la lutte sans jamais chercher à intégrer la catégorie du film sportif. Au-delà de la mise en scène tendue et racée d'un réalisateur qui a retenu toutes les leçons du grand cinéma américain des années 70, «Foxcatcher» permet d'admirer trois performances artistiques de premier plan.

Dans la peau des frères Schultz, monstres physiques dotés d'une sensibilité à fleur de peau, Channing Tatum et Mark Ruffalo démontrent qu'ils sont d'avantage que deux des plus belles gueules hollywoodiennes du moment. Face à eux , Steve Carell, acteur réputé pour son talent comique hors norme («40 ans toujours puceau», la série «The Office»), s'empare fiévreusement de son rôle.

Méconnaissable

Méconnaissable, reptilien, le comédien se révèle époustouflant dès les premières scènes. Sa démarche lourde, son regard torve, suffisent à dire toute la tragédie de John du Pont. Chaque fois qu'il apparait à l'écran, son personnage, toujours en équilibre au dessus d'un gouffre que l'on devine insondable, prive le spectateur d'air et le scotche au fond de son fauteuil.

Mesdames et messieurs du jury, regardez bien cet homme-là : vous verrez en lui l'incontestable vainqueur du prix d'interprétation masculine.

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