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ChroniqueLa séance cannoise: «The Search»

Après le triomphe planétaire de «The Artist», Michel Hazanavicius est revenu présenter sur la Croisette un premier mélodrame, interprété bien entendu par son épouse Bérénice Bejo.

par
Jean-Philippe Bernard

La bande-annonce de «The Search» en version originale sous-titrée.

La foule. Encore et toujours. Ici, en bordure de Méditerranée, le soleil se lève chaque jour sur un nouvel événement. Cette fois, le public se bouscule aux aurores dans l'imposante salle pour assister au retour d'un cinéaste dont le film précédent, «The Artist», est né sur la Croisette avant de s'en aller fasciner le monde entier.

Michel Hazanavicius, roi de la comédie francophone et lauréat d'un Oscar, est désormais perçu comme un auteur d'exception. Une notoriété qui lui a servi pour mener à bien «The Search», un nouveau projet aux allures de mélodrame, remake d'un film éponyme réalisé en 1948 par Fred Zinnemann.

Trois trajectoires

Un sacré défi donc pour l'auteur du diptyque «OSS 117»! Le film démarre par quelques minutes en vidéo durant lesquelles, à l'automne 1999, un soldat filme le massacre d'un couple tchétchène par l'armée russe. La séquence est abominable mais l'on comprend bientôt que le jeune Hadji et son bébé de frère ont échappé à la tuerie. Les 2 enfants partent sur les routes d'un pays en ruines. De son côté, leur sœur Raïssa, après avoir été humiliée par les militaires, se lance à leur recherche. Régulièrement, la caméra va abandonner ces 3 malheureux pour permettre au spectateur de faire connaissance avec Carole, une chargée de mission pour l'Union européenne puis avec Kolia, un jeune russe pacifiste enrôlé de force sous la bannière russe.

Durant près de 2 heures et 30 minutes, tous ces personnages en souffrance vont se frôler, se croiser, pour écrire une histoire poignante sur une terre gorgée de sang et de larmes… Hué tout au long de son générique final, «The Search» n'a pas du tout convaincu les festivaliers, lesquels, à la sortie, le jugeaient «pompeux», «racoleur», voire carrément «putassier». On a beau y repenser, on se demande pourquoi un tel ouvrage peut susciter autant de haine!

Comédiens russes et tchétchènes

«The Search», saga hantée par le visage adorable d'un gamin de 10 ans (Abdul Khalim Mamatsuiev), revendique ouvertement sa fonction de «tire-larmes». Certes, on a connu Bérénice Bejo et Annette Bening plus naturelles et plus inspirées qu'ici, certes Hazanavicius n'est pas David Lean («Docteur Jivago»), certes les scènes guerrières font un peu parodie de «Full Metal Jacket». Pourtant, on ne s'ennuie pas une seconde en suivant la progression des principaux protagonistes au cœur d'une région dévastée. Grâce notamment aux prestations de ses comédiens russes et tchétchènes, peu connus ou amateurs, le long-métrage s'offre un côté réaliste qui colle aux tripes.

Autant de qualités qui ne lui suffiront pas pour décrocher une Palme d'or mais qui devraient lui permettre, lors de sa sortie dans les salles le 26 novembre prochain, de toucher un large public.

La Palme d'or du jour

«Adieu au langage» de Jean-Luc Godard. Excusez, c'est la fatigue.

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