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Une enquête de Camille Krafft
29.06.2017 à 07:29

La société mène grand train malgré l’absence d’investisseurs

Chapitre 3

Mais «grands noms» ne rime pas forcément avec «argent». Pour réaliser ses projets, Swiss Space Systems doit acquérir un Airbus d’occasion. Avec cet avion, elle déclarera par la suite vouloir organiser des vols ZeroG, soit des vols en apesanteur au sein de l’atmosphère terrestre, afin de générer des revenus.

Seulement voilà: acheter un avion n’est pas une mince affaire. Côté financement, c’est le grand flou: la société n’a pas d’investisseurs, alors qu’elle annonce un budget total de développement de 250 millions de francs suisses. «Par la suite, on a revu ce budget et on est arrivé à des chiffres bien supérieurs, de l’ordre d’un milliard, explique aujourd’hui un ancien membre de l’équipe dirigeante. Rien qu’un moteur de fusée coûte une fortune.»

On jongle avec les millions

Le 7 mars 2013, l’entreprise de Pascal Jaussi a signé un contrat de sponsoring avec le fabricant de montres Breitling, désigné comme son «sponsor principal», avec 1,5 million de francs par année. Il est en outre prévu que les clients des vols ZeroG reçoivent des montres spécialement conçues pour l’occasion, ce qui sera fait pour certains. Une limite de crédit de 1,2 million de francs est obtenue auprès d’UBS sur la base de ce contrat.

La start-up lève plus de 20 millions de francs de prêts et de sponsoring au total.

Swiss Space Systems peut également compter sur un cautionnement de 5 millions de francs, qui passera plus tard à 10 millions, de la part d’AXA assurances, laquelle se porte garante auprès d’établissements bancaires. Un engagement inhabituel pour un assureur.

La start-up trouvera par la suite quelques prêts, en Suisse et à l’étranger, mais n’aura jamais de véritables investisseurs pour assurer sa pérennité. Elle «lèvera» plus de 20 millions de francs de prêts et de sponsoring au total.

De manière surprenante, comme Swiss Space Systems avait moins de 10 employés à plein temps lors de sa création en octobre 2012, elle a renoncé à un contrôle restreint de sa comptabilité. Cette spécificité a perduré jusqu’à la fin.

Les cadres sont chouchoutés

Malgré sa précarité de départ, la start-up mène grand train. À Payerne, Swiss Space Systems a emménagé au deuxième étage d’un immeuble situé dans la zone industrielle La Palaz, au-dessus d’un fitness et non loin de la base aérienne. Quelque 1700 m2 de locaux et bureaux, pour un loyer total de 17 700 francs par mois.

Dès le début, certains cadres sont chouchoutés. Le 1er mai 2013, Swiss Space Systems signe des contrats avec un loueur de BMW pour huit de ses responsables – Pascal Jaussi n’en fait pas partie. Coût total de la «flotte»: 17 000 francs par mois. Ces véhicules seront toujours à disposition des directeurs concernés en janvier 2016, quand bien même la société a demandé un ajournement de faillite. Le loueur réclame alors 250 000 francs d’impayés. «Les cinq premiers millions ont été investis dans les bureaux, les salons et les bagnoles», déplore un ancien cadre. Folie des grandeurs, au cœur de la Broye vaudoise.

Des revenus confortables

Une liste du personnel datant de mai 2014 – la société compte alors une cinquantaine de collaborateurs – révèle que les revenus des directeurs étaient confortables pour une start-up, du moins sur le papier: quelque 160 000 francs par année en moyenne, et jusqu’à 210 000 francs (davantage que le salaire du CEO) pour un pilote… qui n’aura pas beaucoup volé, sauf pour emmener les dirigeants et soutiens de S3 en jet à des réunions à l’étranger. En effet, Swiss Space Systems collabore avec une compagnie de jets privés.

Dans les médias, du «rêve» et des «étoiles» dans les yeux

Les comptes non audités révèlent en outre quelque 280 000 francs de frais de déplacement durant la seule année 2013. Tout au long de l’histoire de la société, l’équipe dirigeante multiplie les voyages pour négocier avec des investisseurs potentiels. Outre les États-Unis, Swiss Space Systems ouvre des filiales en Espagne et en Croatie, tout en annonçant des partenariats en Malaisie et au Canada.

À la fin de l’année 2013, les dettes se montent déjà à 8 millions de francs, selon le bilan financier.

Dans les titres des médias, on ne compte plus le nombre de fois où les mots «rêve» et «étoiles» apparaissent.

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