31.01.2013 à 15:44

PolitiqueLa Stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral divise

Pour compenser la sortie du nucléaire, le gouvernement veut davantage de courant vert. Chaque Suisse devra réduire sa consommation, mais la facture continuera de grimper. A gauche comme à droite, cette stratégie est critiquée.

La Stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral mise davantage de courant vert.

La Stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral mise davantage de courant vert.

Keystone

La Stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral divise fortement. La droite et les milieux économiques la rejettent ou la critiquent avec virulence, tandis que la gauche et les organisations environnementales la soutiennent mais jugent qu'elle ne va ni assez loin ni assez vite.

La première étape du projet, en consultation jusqu'à jeudi, contient une vaste panoplie de mesures. En bref, le gouvernement veut davantage de courant vert et d'efficacité énergétique pour compenser l'abandon prévu de l'énergie nucléaire. Chaque Suisse devrait réduire sa consommation d'énergie d'un tiers d'ici 2035, ce qui n'empêchera pas sa facture de grimper.

Pour atteindre cet objectif qu'elle juge «très ambitieux», la ministre de l'énergie Doris Leuthard veut agir sur plusieurs plans. Elle prévoit un soutien à la rénovation écologique des bâtiments - financé notamment par un relèvement de la taxe CO2 sur les combustibles -, des véhicules moins gourmands, l'obligation pour les entreprises de conclure des conventions d'objectifs en matière d'efficacité énergétique, et un soutien accru aux énergies renouvelables.

Ce paquet a entraîné une avalanche exceptionnelle de prises de position. Jeudi, l'Office fédéral de l'environnement en enregistrait 276, et il en attend encore d'autres ces prochains jours.

Partis de droite opposés

Le PLR rejette le projet, estimant que les énergies renouvelables n'empêcheront pas la pénurie électrique. Selon lui, le Conseil fédéral se berce d'illusions. Il vaut mieux se concentrer sur l'efficacité énergétique, mais sans subventions ni impôts. L'opposition de l'UDC est encore plus virulente: elle fustige le dirigisme du projet et son côté idéologique.

Les autres partis bourgeois - PDC, PBD et Vert'libéraux - y sont au contraire favorables, moyennant toutefois certaines corrections.

Economiesuisse tire la sonnette d'alarme: sans découverte de nouvelles technologies, la stratégie du gouvernement risque d'entraîner une baisse de plus de 20% du produit intérieur brut, d'après une étude de l'institut conjoncturel KOF. Quant à l'Union suisse des arts et métiers (usam), elle approuve les grandes lignes mais exige de ne miser que sur des instruments de l'économie de marché.

Swissmem (industrie des machines, des équipements électriques et des métaux) et scienceindustrie (industries chimiques, pharmaceutiques et biotechnologiques) rejettent clairement la stratégie 2050, car elle menace la sécurité d'approvisionnement en électricité et la compétitivité de l'industrie d'exportation.

Votation exigée

L'Action pour une politique énergétique raisonnable n'a pas de mots assez durs: elle dénonce des «mesures bureaucratiques et inconsistantes» et une «économie planifiée». L'Association des entreprises électriques suisses soutient le projet mais exige d'importantes corrections, notamment en matière de sécurité d'approvisionnement, de réseau et de stockage de l'électricité.

Dans le camp des pro-nucléaires et des opposants au projet, plusieurs acteurs refusent de renoncer aux réacteurs nucléaires de nouvelle génération, en raison des risques en matière d'approvisionnement et de perte des compétences. Ils exigent aussi que le peuple puisse se prononcer.

Aller plus loin et plus vite

Les Verts, le PS et les organisations environnementales et anti-nucléaires soutiennent la direction prise, mais il faudrait aller beaucoup plus loin ou plus vite à leurs yeux. Par exemple en passant à 100% d'énergies renouvelables dès 2035 au lieu de 2050 ou en introduisant une taxe CO2 sur les carburants.

Ils fustigent aussi l'absence de délai pour l'arrêt des centrales nucléaires et exigent une date butoir en 2025 ou 2029, un point de vue partagé par les Vert'libéraux. Ce camp refuse en outre catégoriquement l'option des centrales à gaz, tout comme l'usam.

Suisse Eole juge les objectifs trop modestes en matière d'énergie éolienne. Pour l'Association suisse des énergies renouvelables (AEE) et pour la Société suisse pour l'énergie solaire, c'est en matière de photovoltaïque que l'on devrait aller plus loin.

Rénovation des bâtiments

Les associations faîtières des architectes et des ingénieurs conseils soutiennent la rénovation du parc immobilier, mais l'Association suisse des locataires émet des craintes quant au risque de hausses des loyers.

Travail.Suisse se réjouit aussi des investissements dans la rénovation des bâtiments et les technologies propres, qui sont dans l'intérêt des travailleurs. Mais le syndicat estime que le tournant énergétique devrait être mis en place plus rapidement, un avis partagé par l'Union syndicale suisse.

Plusieurs des acteurs consultés ont regretté que la réforme fiscale écologique ne soit prévue que dans une seconde étape. Elle fixera les outils de financement des mesures à prendre.

(ats)

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