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PORTRAITLa Suisse a son diplomate chantant

Conseiller d'ambassade à Manille, le Valaisan Raoul Imbach détonne dans le monde feutré de la diplomatie. Il tombe régulièrement le costume pour donner des concerts.

par
Renaud Michiels

 Un diplomate, croit-on, est obligatoirement un être discret et mesuré évoluant dans un monde feutré. Puis on découvre Raoul Imbach, ses paillettes, ses chansons, ses albums, son énergie. Ou sa version d'une chanson de Joe Dassin en tagalog, la langue des Philippines. Lui mène de front deux vies: diplomate le jour, chanteur le soir.

Depuis sept mois, le Sédunois de 56 ans est en poste à Manille en tant que conseiller d'ambassade – le No 2 derrière l'ambassadeur. Dimanche, il a donné son premier concert solo aux Philippines devant plus de 1500 personnes. Avec son groupe, The Wild Tortillas: les tortillas sauvages… Mais il n'a rien d'un débutant, ni professionnellement ni comme crooner. Ses trente ans de carrière diplomatique l'ont mené de Vienne à Los Angeles en passant par la Bolivie, la Corée du Sud ou le Vietnam. «Où l'on me considère comme le père de la salsa. Ce qui est un peu étrange pour un Suisse, mais c'est vrai que je l'ai fait connaître là-bas», sourit-il.

«Je suis deux fois sérieux»

Raoul Imbach reconnaît être un parfait inconnu en Suisse. Mais il a acquis une belle notoriété au Vietnam ou en Corée. Au fil de ses affectations, il a écumé d'innombrables scènes et déjà pondu plus de dix albums.

Tout cela ne manquerait-il pas un brin de dignité et de sérieux? «Au contraire, je suis deux fois sérieux», rétorque-t-il. «Je ne cacherai pas que mon style peu diplomatique a pu susciter quelques critiques et grincements de dents à l'interne. Mais c'est à moi de prouver que je peux mener mon métier avec professionnalisme. Tout comme ma passion. Ce sont deux mondes différents dans lesquels je peux exprimer deux facettes de ma personnalité. Je pense être réfléchi et pondéré dans mon travail. Et tout à fait spontané et hyperactif sur scène. Où je manque clairement de retenue…»

Le Valaisan s'est longtemps montré discret sur sa vie d'entertainer. Fini: il joue aujourd'hui lui-même du contraste entre son travail et son dada. Raoul le chanteur se présente sous la bannière «The Singing Diplomat». Et se duplique sur ses affiches, se montrant tour à tour en costard et en bête de scène. «Ça provoque la surprise, donc de l'intérêt», note-t-il.

La Suisse sort gagnante

Le diplomate se produit – bénévolement – avec l'accord du Département fédéral des affaires étrangères. Et estime au final que sa double casquette sert tout le monde. «Lorsque je chante, je propose une image gaie, ouverte et sympathique de la Suisse. Les retours sont en tout cas extrêmement positifs. Et ma passion me permet de pénétrer dans toutes les classes de la société. Elle facilite et accélère mon adaptation dans un pays.»

Compris, les ambassadeurs? Tous sur scène! Le bien du pays en dépend.

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